mercredi 28 octobre 2026

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Santé communautaire à Fabidji : Au CSI Fabidji, soigner, prévenir et sensibiliser malgré l’insuffisance de moyens

· ONEP NIGER
Ibrahim Moussa Djibo, major du CSI de Fabidji
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Dans la commune rurale de Fabidji, située à 30 Km au sud de Birni’N Gaouré, le Centre de Santé Intégré (CSI) reste la première référence pour de nombreuses familles face à la maladie. Consultation des enfants, suivi des femmes enceintes, accouchements, vaccination ou encore prise en charge des urgences, tout passe par ce centre de santé. Malgré le manque de personnel et de moyens, les agents de santé accomplissent chaque jour leur mission d’administration des soins et autres services médicaux à la population.

Il est un peu plus de 8 heures lorsque nous arrivons au CSI Fabidji. La cour est calme, presque silencieuse. Deux à trois malades en observation dans une salle et le personnel médical déjà à pied d’œuvre.  Ce calme matinal intrigue. Mais très vite, l’explication tombe. « Nous sommes vendredi, jour de marché. Les gens vont venir tout à l’heure », nous lance un agent de santé avec assurance. À côté, une femme enceinte éclate de rire avant d’ajouter avec ironie « personne ne veut tomber malade le vendredi et aucune femme ne veut accoucher ce jour-là. Tout le monde préfère aller chercher de l’argent au marché ». La remarque fait rire tout le monde, y compris le personnel soignant. L’ambiance se détend. Mais, derrière cette plaisanterie, se cache une réalité ; les habitudes sociales influencent souvent la fréquentation des structures sanitaires.

Les locaux du CSI

Lorsque nous revenons vers 10 heures, le décor n’est plus le même. La cour du CSI était remplie de femmes et d’enfants. Certaines sont venues pour une consultation médicale, d’autres pour la vaccination de leurs nourrissons. Des bébés au dos, des enfants qui pleurent, des mères qui discutent à l’ombre des arbres, des agents de santé qui appellent les noms,  le centre a retrouvé son rythme habituel.

Assise à même le sol à l’ombre d’un neem, Aïssata administre doucement du sirop à l’un de ses bébés ; à ses côtés, une jeune fille garde le deuxième bébé.  « Ce sont des jumelles » précise-t-elle le sourire aux lèvres. Originaire d’un village éloigné de Fabidji, elle explique que venir au CSI n’est jamais facile. Il faut attendre une charrette ou éventuellement une voiture se rendant au marché hebdomadaire. « Je suis venue pour le contrôle de mes filles jumelles. Elles étaient malades la dernière fois et on m’avait demandé de revenir. Ce matin, j’ai attendu longtemps avant de trouver une charrette pour venir. Souvent, ce n’est pas facile, surtout quand on a des enfants de bas âge », confie-t-elle. Elle raconte que, malgré la distance et les difficultés de transport, elle préfère venir au centre plutôt que de rester au village sans soins.

Un centre de santé au service de 38 000 habitants

Le CSI Fabidji couvre une aire de santé de 38 000 habitants répartis dans 17 villages. La commune rurale compte 5 CSI et dix cases de santé dont une qui n’est pas fonctionnelle.

Selon Ibrahim Moussa Djibo, major du CSI Fabidji, le centre assure toutes les activités essentielles de santé. « Nous faisons les activités curatives, préventives. Pour le curatif, nous prenons en charge les enfants et les adultes. Pour la prévention, nous faisons la vaccination, les consultations prénatales et la surveillance. Nous intervenons aussi sur la planification familiale et d’autres activités de sensibilisation », a-t-il indiqué. Chaque jour, le centre reçoit en moyenne près de 70 patients. Les cas les plus fréquents restent le paludisme, les infections respiratoires ainsi que les diarrhées, surtout chez les enfants.

Consultation et vaccination des enfants dans la cour du centre de santé

Sur le plan financier, l’accès aux soins reste relativement abordable. La population ne paie que 50 % des frais. « Pour un adulte non mis en observation, la consultation coûte 800 FCFA. En cas de mise en observation, elle passe à 1 100 FCFA. Pour les enfants de 0 à 5 ans, les soins sont gratuits, tout comme certains examens comme le TDR pour le paludisme ou les tests liés à la tuberculose » a-t-il expliqué. Lorsque les cas deviennent trop compliqués pour le CSI, les patients sont évacués vers le district sanitaire de Birni’N Gaouré. «Pour cela, nous avons une ambulance dont la mairie prend en charge l’entretien ainsi que le paiement des ambulanciers et des manœuvres », a-t-il dit.

Manque de personnel et difficultés d’accès à certaines zones

Malgré l’importance de la population couverte, le CSI Fabidji fonctionne avec un personnel insuffisant. Pour les 38 000 habitants des 17 villages, les agents de santé font face à une forte demande avec des moyens limités. La maternité, par exemple, ne dispose que d’une seule salle d’accouchement avec quatre lits et d’une seule sage-femme appelée du service civique. « Nous manquons de personnel. Pour une population aussi importante, ce n’est pas suffisant », reconnaît le major Ibrahim Moussa Djibo. À cette insuffisance s’ajoutent les difficultés liées à l’accès à certains villages.  Nous avons une moto, mais elle est en état passable. Pour les sorties foraines, il faut vraiment des moyens de déplacement adaptés », dit-il. Pour renforcer certaines activités, le CSI bénéficie de l’appui de quelques partenaires. World Vision intervient notamment dans la prise en charge de la malnutrition, tandis que le projet Garkua accompagne les actions de prévention et de sensibilisation auprès des communautés.

Avant de quitter les lieux, nous sommes invités à assister à une causerie éducative organisée avec les femmes présentes. Assises en cercle, attentives, elles écoutent le major et le représentant du projet Garkua parler de nutrition et de santé infantile. L’objectif de cette rencontre est la mise en place des groupes ANJE (Alimentation du Nourrisson et du Jeune Enfant). À travers cette sensibilisation, les agents expliquent l’importance de la vaccination, de l’allaitement, de la bonne alimentation des enfants et du suivi des grossesses. Polio, tétanos, malnutrition, vaccination des nourrissons, etc., chaque sujet est abordé simplement pour permettre aux femmes de mieux comprendre les risques et l’importance de la prévention.

Aminatou Seydou Harouna (ONEP), Envoyée Spéciale