Lors de la visite
Présents à Filingué pour assister à la 9è édition du Festival Dokin Iska Dan Hilingué, le ministre de la Santé et de l’Hygiène Publique, le médecin Colonel-major Garba Hakimi, des membres du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) et des membres du gouvernement ainsi que de ceux du Conseil Consultatif de la Refondation (CCR), ont visité l’Hôpital de Filingué, pour constater de visu les réalités du système sanitaire local. Loin des tribunes et des discours officiels, cette visite s’inscrit dans une dynamique de proximité avec les services publics sanitaires de base.
Accueilli par les autorités administratives, les responsables sanitaires et le personnel médical, le ministre a entamé, juste après le lancement des festivités de Dokin iska dan Hilingué, sa visite par une séance de travail avec une équipe de chirurgie tropicale lancée depuis le 10 février 2026, qui se terminera le 18 du même mois. Au cœur des échanges figurent plusieurs difficultés auxquelles ils font face.
Ainsi, dans la cour de l’hôpital, l’ambiance est inhabituelle. Des patients, assis à l’ombre des arbres, attendent leur tour pour les consultations et traitements. Certains d’entre eux viennent de villages reculés. D’autres ont parcouru plusieurs kilomètres à moto, en charrette ou à pied. Tous espèrent bénéficier de la campagne de chirurgie foraine.
Selon le médecin-chef de l’hôpital de Filingué, Dr Garba Boubacar, cette campagne de chirurgie est composée d’une équipe de neuf spécialistes dont un traumatologue, un chirurgien généraliste, un gynécologue-obstétricien, un anesthésiste-réanimateur et un personnel d’appui qui enchaînent les consultations et les interventions. « Les blocs opératoires fonctionnent presque sans répit », a-t-il précisé.
Il a également rappelé qu’au lendemain de la visite du ministre, le bilan provisoire donne la mesure de l’ampleur. Ainsi, selon lui, 333 patients sont consultés dont 72 sont déjà opérés, avant d’expliquer que les pathologies dont ces malades souffrent sont diverses, souvent anciennes, parfois négligées faute de moyens. « Parmi ces malades que nous avons ici, il y a ceux qui ont la hernie ombilicale et inguinale, l’hydrocèle, des tumeurs, des cas de traumatologie, des chirurgies pédiatriques, etc. », a-t-il souligné. À cela s’ajoute la campagne gratuite de chirurgie de la cataracte qui attire elle aussi de nombreux patients âgés, venus avec l’espoir d’une vue améliorée.
Dans les couloirs, le ministre s’arrête, écoute, observe, discute avec le personnel de l’hôpital. A la maternité, il échange brièvement avec eux. Aux urgences, le Colonel-major Garba Hakimi s’est dit inquiet du fonctionnement du service en période de pic. Au laboratoire, il pose des questions techniques sur les capacités de diagnostic et plusieurs autres.
Plus loin, l’appareil de radiologie, hors service depuis plusieurs années, symbolise à lui seul les limites du plateau technique. La question de la conformité du local destiné à la radiologie, notamment en matière de protection contre les rayons X, est également soulevée. Ces défaillances pèsent lourdement sur la capacité de prise en charge, surtout dans un contexte d’affluence exceptionnelle liée à la campagne gratuite.
Le ministre de la Santé et de l’Hygiène Publique, le médecin Colonel-major Garba Hakimi, a pris note et insiste sur la gestion rigoureuse des ressources existantes, tout en promettant un accompagnement progressif en équipements et renforcement du personnel. « Quand vous avez des problèmes, n’hésitez pas de nous les faire prévenir », lance-t-il dans les discussions.
Il faut noter que, dans la salle de réveil post-opératoire, certains patients se reposent encore, perfusion au bras, d’autres s’apprêtent à sortir, médicaments en main, après une intervention qu’ils n’auraient sans doute pas pu financer sans cette campagne gratuite. Pour beaucoup d’entre eux, la satisfaction se lit sur leurs visages, car cette campagne représente pour eux bien plus qu’un simple acte médical, elle est une opportunité rare. Dr Garba Baoubacar a rappelé qu’après le 16 février 2026, l’équipe chirurgicale poursuivra ses activités dans un centre de santé intégré afin d’achever la mission le 18 février, élargissant ainsi l’accès aux soins au-delà de l’hôpital.
Si cette visite s’inscrit officiellement dans le cadre des activités connexes du Festival Dokin Iska dan Hilingué, elle revêt également une portée plus stratégique, puisqu’elle fait partie d’une série de missions de supervision destinées à rapprocher l’administration centrale des réalités des structures sanitaires de base. Mais, derrière le protocole, une évidence s’impose : le système sanitaire départemental fonctionne grâce à l’engagement d’une équipe déterminée, souvent confrontée à des moyens limités. Dans l’ombre des festivités culturelles, une autre bataille se joue: celle de l’accès aux soins pour tous.
Adamou I. Nazirou, ONEP Tillabéri
