Sans nul doute, le secteur de l’énergie dans notre pays passe pour être un véritable casse-tête chinois, susceptible de donner les pires insomnies à ceux qui sont sensés le gérer. Dans un pays où le thermomètre oscille autour de 40°c, 10 mois sur 12, et où la survie du tissu économique est intimement liée au précieux courant électrique, l’indépendance énergétique sonne comme un impératif majeur. Les actions menées depuis l’avènement du CNSP au pouvoir dans ce domaine sont appréciables et salutaires. De même tous les atermoiements autour du « célébrissime » barrage de Kandadji sont en train de laisser la place à un réalisme de bon aloi.
L’État, dans l’exécution de sa mission régalienne, veille avec responsabilité sur une couverture durable de l’énergie électrique et sur l’accès à l’électricité à tous les citoyens. Cependant la ministre en charge de l’énergie, Pr Amadou Haoua, dans un entretien bilan de ses 26 mois de magistère, reconnait qu’il y a un gap. La ministre a indiqué que des actions concrètes sont engagées pour des capacités supplémentaires de 218 MW. « Au total, ça fait 118 MW installés et 100 autres en cours de finalisation. Il s’agit de 30 MW de la centrale Qatari, 30 MW de la centrale Goudel qui est entièrement financée sur fonds propres de l’État, les 20 mégawatts de la centrale solaire de Maradi, 10 MW de la centrale solaire de Dosso, 10 autres MW de la centrale de Diffa dans le cadre du projet RANA », disait-elle.
Des projets sont en cours et en perspective avec pour première ambition la connexion des quatre zones du secteur dans l’optique de renforcer l’intégration, mais aussi pour une meilleure qualité du système électrique national en modernisant le réseau électrique de la Ville de Niamey et en renforçant la boucle haute tension qui permettra une meilleure capacité de transit de l’énergie, pour passer de 70 MW à plus de 200 MW. Il y a aussi l’interconnexion de la zone fleuve et la zone centre-est qui est en cours dans le cadre du projet Haské. Le projet WAP qui relie le Niger, le Bénin, le Nigéria et le Burkina Faso est en construction. En termes de perspectives, il y a l’interconnexion Agadez-Zinder, l’interconnexion transsaharienne qui relie la Mauritanie, le Tchad, le Niger, le Mali et le Burkina Faso. Au niveau de la distribution, le Niger dispose de manière globale d’infrastructures importantes en matière de desserte électrique. Le réseau moyenne tension cumule environ 9 000 kilomètres de lignes, le réseau basse tension s’élève à environ 17 000 kilomètres de lignes et environ 4 400 transformateurs sont actuellement en service. L’Agence nationale d’électrification rurale prend en compte les zones rurales à travers l’installation de mini réseaux mais aussi des kits solaires. Selon la ministre de l’énergie, « en 2026, nous projetons d’installer 76 mini réseaux qui vont couvrir 106 localités ». A en croire les explications du Ministère en charge de l’Energie, les bases de transformation structurelle du secteur de l’électricité sont en cours de consolidation. Dans cette dynamique, les ambitions sont de porter l’accès à l’électricité de 21,9 % à 60 % d’ici l’horizon 2030. Le taux est actuellement de 24%. Des réformes sont prévues, notamment l’adoption d’un nouveau code d’électricité, la redynamisation du document de politique nationale et d’autres structures et réformes structurelles destinées à renforcer la souveraineté et l’acceptabilité du secteur. « Nous travaillons à développer nos propres capacités pour qu’en cas d’interruption de la ligne nous arrivions à subvenir à nos besoins. Et nous sommes sur cette voie à travers nos projets qui ont déjà des financements acquis et d’autres projets dont les DAO sont lancés », dixit Pr Amadou Haoua.
Les défis du secteur
Le premier défi est la sécurisation de l’approvisionnement en produisant plus localement. Le deuxième, c’est d’avoir d’ici 2030 une capacité de plus de 3 000 MW. Le troisième défi concerne l’accès universel à l’électricité car, certaines zones restent encore non électrifiées, d’où l’installation de mini-réseaux et de kits solaires. Le quatrième défi est celui de la modernisation et du renforcement du réseau de transport pour non seulement une bonne qualité de service, mais aussi pour avoir moins de pertes dans le système national. Le dernier défi, c’est le financement du secteur qui peine à cause, soit des contraintes liées au budget, soit les exigences des partenaires. « C’est pourquoi l’enjeu ici, je pense, c’est de mettre en place des mécanismes de financement innovants et durables permettant d’y faire face comme le fonds de souveraineté énergétique car, c’est possible », soutient la ministre de l’Energie.
Le projet Salkadamna qui est un des plus grands espoirs du secteur a un gisement estimé à 150 millions de tonnes de charbon limite. « Nous pouvons déjà installer une centrale de 600 MW et c’est un projet que nous prévoyons à 5 200 MW » a dit la ministre de l’Energie.

En ce qui concerne le projet de la dorsale nord du WAP, il consiste à renforcer le transfert d’énergie entre le Niger, le Bénin, le Nigeria et le Burkina Faso à travers la construction d’une ligne de transport à haute tension. Cette ligne a une longueur de 875 km et traverse notre territoire sur 420 km. Ensuite, il y a la bretelle Zabori-Bénin, avec 33 km, et une tension de 225 kilovolts également. En plus de ces lignes, il y a la construction et l’extension des postes électriques. Et mieux encore au Niger, nous avons 432 localités qui seront électrifiées suivant le corridor. « Cette ligne permet une capacité de transit de plus de 600 MW. Mais, nous avons eu avant le 15 juillet 2025 un incident au niveau de la construction. Avant cette date, nous avons un taux d’exécution de 52,2%, soit 150 pylônes déjà implantés, 174 fondations faites sur les 900 prévues et le poste de Gorou Banda avec un taux d’exécution de 70%. Pour le poste de Niamey 2 et Gazaoua, les essais sont en cours et celui de Zabori a un taux d’exécution de 41% », annonce la ministre. « Ma vision pour la Nigelec, c’est un opérateur performant, un opérateur modèle, un opérateur de référence qui va accompagner l’électrification de notre pays, qui pourra soutenir l’industrialisation et répondre aux besoins de notre population », ajoute-t-elle.
L’état des lieux du projet Kandadji
Il s’agit d’un programme qui comporte plusieurs volets, énergie, eau, environnement et agriculture. En ce qui concerne le secteur de l’énergie, il y a la construction de la centrale hydraulique de 130 mégawatts ; la construction d’une ligne électrique de haute tension ; l’électrification des sites réinstallés ; la construction d’une centrale solaire de 70 mégawatts dans la zone. Les états généraux sur la mise en œuvre du Programme Kandadji se sont tenus du 8 au 10 Juillet 2026 à Niamey. L’une des missions de ce projet aussi ambitieux que stratégique est de renforcer la souveraineté alimentaire et énergétique du Niger. Au cours de ces assises, les participants se sont donnés pour but d’identifier les blocages qui freinent l’avancement du Programme, d’analyser leurs causes profondes et de proposer des solutions réalistes permettant de parachever cet ouvrage. Pour le Premier ministre, Ali Mahaman Lamine Zeine, cette situation oblige les acteurs à trouver les bonnes réponses ; « celles qui puissent nous permettre de solutionner les questions essentielles sur la pertinence des approches retenues, l’efficacité du dispositif de mise en œuvre, la maîtrise des coûts, la soutenabilité financière du Programme ainsi que la gouvernance institutionnelle mise en place ». Il a ajouté que ces états généraux doivent être un moment de vérité, de réflexion collective, de responsabilité partagée et de patriotisme. Après trois jours d’intenses réflexions, les participants ont formulé plusieurs recommandations dont la restructuration des interventions avec les partenaires techniques et financiers, la proposition du recours au génie militaire, le réaménagement budgétaire pour créer une ligne de prise en charge par phase, la contribution des populations et des experts et enfin la mise en place d’un mécanisme de coordination intégrée de sécurisation des activités du Programme Kandadji.
Le Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine a indiqué que durant ces assises, les participants ont posé un diagnostic sans complaisance de ce projet qui, depuis près de 60 ans, porte l’espoir de tout un peuple. « Ce projet s’inscrit dans la vision de la refondation nationale portée par son Excellence le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, Président de la République, Chef de l’État. C’est la sécurité alimentaire, c’est l’irrigation de notre terre, c’est l’emploi pour nos jeunes, c’est la dignité pour nos populations », a-t-il souligné. Il a ajouté que ces assises ont permis d’analyser les causes profondes des différents blocages, un taux d’avancement de 30,5% du génie civil, les travaux suspendus depuis des mois, les difficultés récurrentes avec l’entreprise qui exécute les travaux, etc. « Ce projet a survécu à l’épreuve du temps, mais il a aussi souffert de nos hésitations », a-t-il conclu.
Oumarou Moussa (ONEP)
