Lors de la réunion de la Commission de conciliation à Karma
Situé dans la région de Tillabéri, département de Kollo, commune rurale de Karma, le village d’Aboka est à environ sept kilomètres de la mairie de Karma. Pour y accéder, il faut quitter la RN1 et emprunter une voie secondaire. Le site destiné à accueillir le futur barrage se découvre au milieu d’un relief fait de pierres et de roches, à proximité de parcelles agricoles et de jardins exploités par la population locale. En cette période d’hivernage, les cultures y poussent, les manguiers et les plantations bordent les parcelles et des puits cimentés témoignent des investissements réalisés par les exploitants. Mais, ce paysage agricole est appelé à changer avec le projet de reconstruction du barrage d’Aboka, financé conjointement par la Banque africaine de développement (BAD) et l’État du Niger, à travers le PIDACC. Après l’indemnisation des 60 personnes affectées, pour un montant global de 91 582 000 FCFA, le chantier est désormais annoncé pour octobre 2026.
Sur les terrains concernés par la future emprise, des jardins sont actuellement exploités. Dans quelques mois, une partie de ces espaces devrait laisser place au chantier. Pour les producteurs qui les exploitent aujourd’hui, cette transformation a d’abord nécessité de régler la question des pertes liées au projet. Au total, 60 personnes ont été identifiées comme affectées par le projet. Les pertes concernent notamment des terres, des cultures, des jardins, des arbres, des plantations et des puits cimentés. Ces différents biens ont fait l’objet d’une évaluation afin de déterminer les compensations dues à chaque personne concernée.

Une Commission administrative de conciliation composée de douze membres a été mise en place pour accompagner cette opération. Présidée par Mme Aïssata Harouna Faran Maïga, préfète du département de Kollo, la commission a procédé aux vérifications des informations relatives aux personnes affectées et à leurs biens. Sur le terrain, les membres de la commission ont notamment confronté les données disponibles aux réalités observées dans les parcelles. Cette étape a permis de vérifier les biens recensés et de prendre en compte les situations constatées avant la validation des montants. À l’issue de cette procédure, les indemnisations ont été effectuées. Au total, 91 582 000 FCFA ont été mobilisés au profit des 60 personnes affectées. Les bénéficiaires ont également reçu leurs actes d’indemnisation, documents officialisant les droits correspondant aux compensations arrêtées.
Une indemnisation juste des personnes impactées
Pour le Coordinateur national du PIDACC, M. Labo Yaya, l’indemnisation juste des personnes impactées par la reconstruction du barrage constitue une condition essentielle à la poursuite du projet. « Le projet veille, tout comme la BAD, à ce que l’investissement réalisé, même s’il est destiné à bénéficier aux populations, ne porte préjudice à personne, ni à ses biens ni à l’environnement », a-t-il expliqué.
Pour les bénéficiaires, l’achèvement de cette opération constitue un soulagement. Plusieurs personnes rencontrées indiquent que leurs principales préoccupations ont été prises en compte. Pour certains, les sommes reçues doivent désormais servir à développer d’autres activités ou à maintenir les revenus des ménages.
La présidente de la Commission administrative de conciliation, Mme Aïssata Harouna Faran Maïga, considère cette étape comme l’aboutissement d’un processus qui a nécessité du temps et des échanges avec les personnes concernées. « Nous sommes à la dernière étape. Malgré toutes les souffrances, lorsqu’on vous dit de venir récupérer votre argent, c’est une très bonne nouvelle », a-t-elle déclaré. Avec la fin des indemnisations, la prochaine étape concerne désormais la libération des emprises afin de permettre la préparation du chantier. Pour la communauté de Karma, la reconstruction du barrage d’Aboka représente l’aboutissement d’une attente qui remonte à plusieurs années.

L’administrateur délégué de la commune rurale de Karma, M. Issoufou Hamadou, rappelle l’importance accordée à ce projet par les producteurs. « Ce n’est pas seulement leur dossier phare, c’est surtout le dossier phare de la communauté de Karma », affirme-t-il rappelant que le projet avait été soumis depuis cinq à six ans. Plusieurs initiatives avaient auparavant suscité l’espoir de voir l’ouvrage réalisé, sans parvenir à leur terme. L’avancement actuel est donc perçu comme une évolution concrète après une longue période d’attente. Les attentes placées dans le futur ouvrage dépassent la seule question de l’accès à l’eau. Les populations espèrent pouvoir développer davantage les cultures de contre-saison, l’élevage, l’aviculture, la pêche et d’autres activités génératrices de revenus.
Le barrage d’Aboka, un ouvrage destiné à booster la production alimentaire
Dans une zone où l’agriculture reste fortement dépendante du calendrier des pluies, une meilleure maîtrise de l’eau pourrait permettre d’élargir les périodes de production et de diversifier les activités économiques. Pour les ménages, cette perspective représente une possibilité de renforcer et de diversifier leurs sources de revenus.
La commune de Karma attend également du barrage une contribution au renforcement de la production agricole locale et, plus largement, aux efforts en faveur de l’autosuffisance alimentaire.
Le projet s’inscrit dans les objectifs du PIDACC, notamment en matière de résilience des populations et de gestion durable des ressources du bassin du Niger. Le barrage d’Aboka est présenté par les responsables du programme comme une infrastructure majeure, avec un investissement de plus d’un milliard de francs CFA.
À terme, les activités agricoles, pastorales et halieutiques devraient pouvoir bénéficier des possibilités offertes par l’ouvrage. L’enjeu sera donc de transformer cette infrastructure en un véritable espace de production et de diversification économique au profit des populations riveraines.
Sur le site d’Aboka, rien ne laisse encore pleinement deviner le changement qui se prépare. Les jardins sont toujours exploités, les cultures d’hivernage poussent et les arbres continuent de produire. Mais, l’achèvement de l’indemnisation marque désormais une étape décisive vers la transformation du site.
Pour les soixante (60) personnes affectées, la question de la compensation est désormais réglée. Pour les responsables du projet, il reste à poursuivre les dispositions nécessaires à la libération des emprises et au démarrage effectif des travaux. Selon le calendrier annoncé, le chantier doit démarrer en octobre 2026. Cette échéance est particulièrement attendue à Karma. Après plusieurs années d’attente, la communauté veut désormais voir le projet passer de l’indemnisation à la réalisation concrète de l’ouvrage.
Ainsi, le barrage d’Aboka est appelé à soutenir la production agricole, favoriser la diversification des activités économiques et renforcer les moyens de subsistance des populations. Pour les habitants de Karma, le véritable rendez-vous sera donc celui du chantier, lorsque les premières opérations de reconstruction viendront donner une réalité visible à un projet attendu depuis plusieurs années.
Adamou I. Nazirou
ONEP Tillabéri
