Feu Harouna Coulibaly
Il est des départs qui laissent un silence plus profond que les autres. Celui d’Harouna Coulibaly, appartient à cette catégorie d’absences qui pèsent et qui enseignent en même temps. Harouna s’en est allé, mais il laisse derrière lui une empreinte lumineuse, faite de rigueur, de courage, de culture, de création et d’engagement.
Né le 2 août 1962 à Magaria, Harouna Coulibaly a grandi sous le regard bienveillant d’une mère dont l’affection et l’humilité ont forgé en lui ce mélange rare de douceur, d’intégrité et de détermination.
Élève de la Médersa de Magaria, puis du CEG V de Niamey, il fut rapidement confronté à la dure réalité de l’absence d’un lycée franco-arabe qui aurait permis la continuité de son parcours. Mais Dan Maman ne renonçait jamais : il transforma chaque obstacle en tremplin.
Il intègre ainsi l’École Nationale d’Administration, en option Fiscalité et Domaines, et deviendra plus tard Chef du Service des Relations Publiques à la Direction Générale des Impôts. Fiscaliste rigoureux, professionnel irréprochable, il croyait profondément que la citoyenneté commence par le devoir fiscal, non pas comme contrainte, mais comme acte de responsabilité collective.
Le Niger a perdu un homme de culture, un fiscaliste rigoureux, un cinéaste engagé, un patriote discret. Magaria a pleuré l’un de ses fils les plus illustres. Mais au-delà des titres et des fonctions, Harouna Coulibaly, affectueusement appelé Dan Maman, laisse surtout l’héritage rare de valeurs vécues et transmises.
Son dernier voyage vers sa demeure éternelle n’a pas été un simple adieu. Il a été une leçon de vie, à l’image de celle qu’il n’a cessé d’enseigner par ses écrits, ses films, ses prises de position et son comportement quotidien.
Magaria, fidèle au fils qu’elle a formé
Ils étaient nombreux, profondément émus, venus de près et de loin. Parmi eux, les amis d’enfance et promotionnaires de la Médersa Malam Issoufou de Magaria, cette école fondatrice qui a façonné les premières briques de son caractère. Une présence massive, digne, silencieuse parfois, mais éloquente par sa force symbolique.
À leur tête, le Magistrat Ibrahim Malam Moussa, compagnon de la première heure, frère d’école et de valeurs. Cette promotion, aujourd’hui unie plus que jamais, incarne ce que leur maître, Malam Issoufou, fondateur de la Médersa qui porte aujourd’hui son nom, leur a transmis : la rigueur morale, l’amour du savoir, le respect de la chose publique, le sens de l’intérêt général.
En les voyants accompagner Harouna à sa dernière demeure, c’est toute une génération qui témoignait, non par des discours, mais par sa présence, de la justesse du chemin parcouru.
Autour de Roufai Idi, l’école informelle du patriotisme
Il y avait aussi ces frères de réflexion et de conviction, ceux qui se réunissaient autour de Roufai Idi, pour écouter religieusement Harouna Coulibaly.
Là, pas de tribune officielle, pas de projecteurs. Juste des échanges francs, profonds, souvent passionnés, autour du patriotisme, du civisme, de la responsabilité citoyenne, de la dignité de l’État et du devoir de chacun envers la nation.
Dan Maman y parlait comme il écrivait et comme il filmait : avec clarté, courage et humanité. Il croyait que le changement durable ne vient ni du bruit ni de la colère, mais de la conscience éclairée.
Un militant du livre, de la culture et de la conscience
Membre actif du Club des Amis du Livre du CCFN Jean Rouch, dont il fut président en 1989, premier coordonnateur de l’APROCULT en 1990, il a été un artisan majeur de l’éveil culturel à Niamey.
Militant panafricaniste convaincu, il a porté haut les couleurs du Niger au sein de l’Organisation des Jeunesses Panafricaines.
Entre 1986 et 1995, il publie poèmes, nouvelles, pièces de théâtre, articles de fond. Il reçoit des prix nationaux, impose sa voix dans les journaux Sahel Dimanche, Haské, Tribune du Peuple… C’est dans cette période qu’il écrit Le Devoir (1995), pièce satirique, lucide et incisive, qui deviendra plus tard son premier film.
Un cinéaste du réel, un moraliste du social
Au milieu des années 1990, Dan Maman emprunte le chemin du 7ᵉ art, convaincu que l’image peut toucher là où l’écrit ne suffit pas. Réalisateur audacieux, autodidacte talentueux, il adapte ses œuvres à l’écran et filme l’Afrique avec vérité, sensibilité et engagement.
Parmi ses réalisations marquantes :
- Wadjibi (1996), adaptation du Devoir, succès national et continental ;
- Awa, le prix d’une erreur (2000, Bamako) ;
- Les architectes du verbe (Dakar) ;
- L’île de Gorée (2002) ;
- Un rendez-vous humanitaire ;
- Ziga (2007) ;
- L’étoile filante du cinéma nigérien, documentaire hommage à Oumarou Ganda (2012) ;
- Awa, la consécration (2012), adaptation de Barira ;
- Le droit chemin (2013), œuvre majeure sur le civisme fiscal.
Le droit chemin, son dernier film, incarne mieux que tout son message central : « L’État ne peut vivre sans citoyens responsables. L’impôt accepté est la première pierre d’une nation debout. »
Son regard sur la corruption était clair : il en dénonçait les causes structurelles, plaidant avec courage pour la dignité des fonctionnaires, rappelant que « quand le ventre a faim, la morale agonise ».
Un hommage qui dépasse les mots pour pérenniser les valeurs
Cet hommage est symbolique. Symbolique de ce que Harouna Coulibaly représentait pour ses promotionnaires, mais aussi pour nous, ses jeunes frères et ses neveux, qui avons appris à l’écouter, à l’observer, à nous inspirer de son parcours.
Comme l’a si justement résumé le Magistrat Ibrahim Malam Moussa : « Il n’y a pas plus bel hommage que ce que tu as écrit et laissé comme valeurs. ». Ces mots disent tout. Car Dan Maman n’a pas seulement laissé des œuvres. Il a laissé une ligne de conduite, une éthique, une exigence envers soi-même et envers la société.
Fiscaliste convaincu que l’impôt est un acte de citoyenneté. Écrivain et cinéaste persuadé que la culture est une arme pacifique de transformation sociale. Militant panafricaniste fidèle à l’idée d’une Afrique debout par ses propres efforts. Homme humble, accessible, profondément humain.
Harouna Coulibaly n’a jamais cherché la facilité. Il a choisi le droit chemin, celui qu’il a montré, expliqué et incarné jusqu’au bout.
Condoléances et gratitude à sa famille, au sens africain du terme, large, solidaire et enracinée, nous adressons nos sincères condoléances. Que la douleur de la séparation soit apaisée par la fierté légitime d’avoir compté un homme de cette trempe parmi les siens.
Dan Maman s’en est allé. Mais il continue de nous parler, dans ses livres, dans ses films, et surtout dans les valeurs qu’il a semées.
Repose en paix, l’ami, l’aîné, le tonton.
Au nom de la FAMILLE KITARY, dont tu as perpétué le symbole, tes promotionnaires, tes jeunes frères, tes neveux, amis d’enfants, nous te rendons cet hommage
Le chemin que tu as tracé reste éclairé.
Harouna Maman Psychologue clinicien
