Aboubacar M Zinder en Studio d’enregistrement
Dans les ruelles animées de Zinder, berceau du Damagaram, une voix s’impose peu à peu sur la scène musicale locale. C’est celle d’Aboubacar Moutari, plus connu sous le nom d’artiste Aboubacar M Zinder, jeune chanteur et compositeur en langue Hausa. Cette nouvelle star des cérémonies traditionnelles, surtout des mariages, affiche des ambitions pour l’avenir.
À moins de 30 ans, ce jeune autodidacte symbolise une nouvelle génération d’artistes nigériens qui réinventent leur culture à travers la musique. Loin des grands studios, Aboubacar compose dans sa chambre. Un espace modeste, mais suffisant pour faire naître des refrains qui circulent désormais de cérémonie en cérémonie dans son Damagaram natal.
Avant d’embrasser la musique, Aboubacar suivait un chemin très différent. « J’ai quitté l’école classique assez tôt pour l’enseignement coranique », explique-t-il. Puis, en 2012, il se tourne vers le petit commerce pour subvenir à ses besoins. Il passa ainsi cinq (O5) années à apprendre les lois du marché, sans jamais soupçonner qu’il allait bientôt changer de registre, au sens propre du terme.
Le déclic se produit en 2017 lorsqu’il découvre les musiques populaires du nord du Nigéria, en particulier les chansons hausa avec leurs mélodies entraînantes et leurs textes qui touchent les âmes. « J’ai commencé à écouter intensément, puis j’ai ressenti l’envie d’écrire moi-même », souligne-t-il. Un processus lent, introspectif, qui marque le début de sa mue artistique.
Aujourd’hui, Aboubacar M Zinder est devenu une référence locale dans la musique de mariage, un genre prisé au Niger, mêlant poésie, rythmes traditionnels et messages personnalisés. Sa particularité est d’écrire des chansons sur mesure qui racontent l’histoire des couples et des familles. « Chaque demande est un défi créatif. Je dois capter l’essence des gens, créer une chanson qui leur ressemble », dit-il.
Ce service sur mesure rencontre un succès croissant, selon ses propres dires. De nombreuses familles font appel à lui, non seulement pour animer leurs fêtes, mais aussi pour donner une voix musicale à leur histoire. Pour Aboubacar, c’est là que la musique prend tout son sens. « Ce ne sont pas que des refrains, ce sont des émotions qu’on grave dans la mémoire collective des fans qui m’écoutent et qui m’invitent aussi », se réjouit-il.
Malgré les encouragements du public, le chemin reste semé d’obstacles. « Quand tu te lances dans un domaine artistique, l’incompréhension vient souvent de ceux qui te connaissent le mieux », confie-t-il. Mais, il peut compter sur un soutien précieux, celui de ses parents. « Leur acceptation a tout changé. Elle m’a permis d’avancer », nous confie-t-il.
Avec ses moyens limités, il continue pourtant à investir dans ses clips, conscient que l’image compte autant que la voix pour toucher un public plus large. La production est artisanale, mais l’ambition, elle, est continentale. « Mon objectif, c’est que la musique hausa ne s’arrête pas aux frontières. Elle mérite d’être entendue à Dakar, à Nairobi, à Johannesburg », affirme-t-il. Pour Aboubacar M Zinder, la musique n’est pas seulement un divertissement, mais un vecteur culturel, un outil d’expression identitaire, et même un passeport pour l’Afrique.
Abdoul Nasser Ibrahim (stagiaire) ONEP Zinder
