La délégation ministérielle à la maison d’arrêt de Zinder
En visite de travail à Zinder, le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux, chargé des Relations avec les Institutions, M. Alio Daouda, a visité le 3 juillet 2026 la maison d’arrêt de Zinder avant de rencontrer les responsables de l’appareil judiciaire des tribunaux de grande instance de Zinder, Mirriah et Damagaram Takaya. Cette mission s’inscrit dans le cadre des tournées de proximité entreprises par le ministère afin d’évaluer le fonctionnement des services judiciaires et pénitentiaires, identifier les difficultés auxquelles ils sont confrontés et rechercher des solutions durables.
À la maison d’arrêt de Zinder, le régisseur de l’établissement a présenté un état des lieux marqué par une forte surpopulation carcérale. Construite en 1945 avec une capacité initiale de 500 détenus, la prison accueille aujourd’hui 792 pensionnaires, soit 151 % de sa capacité d’accueil. Selon le régisseur, la majorité des détenus est constituée de prévenus, tandis que l’administration pénitentiaire poursuit des efforts pour assurer la sécurité, améliorer les infrastructures et renforcer les conditions d’hygiène.
Toutefois, plusieurs difficultés persistent. Parmi les besoins exprimés figurent la construction d’un bloc d’isolement pour les détenus atteints de maladies contagieuses, la réalisation d’un forage, l’installation de lampadaires, l’acquisition de moyens roulants, d’équipements de sécurité et d’identification ainsi que la création d’ateliers de formation et d’apprentissage destinés à favoriser la réinsertion socioprofessionnelle des détenus.
À l’issue de cette visite, le ministre de la Justice a rencontré les magistrats et responsables des juridictions de Zinder, Mirriah et Damagaram Takaya. S’appuyant sur les statistiques présentées à la prison, il a exprimé sa vive préoccupation face à l’importance du nombre de détenus placés en détention préventive. « Je tire la sonnette d’alarme. Une lenteur qui ne dit pas son nom est perceptible à travers le nombre très élevé de détenus préventifs. Dans certaines juridictions, 90 à 95 % des détenus sont des prévenus, dont plusieurs n’ont encore fait l’objet d’aucun jugement. C’est inadmissible », a-t-il déclaré. Pour le Garde des Sceaux, cette situation traduit la nécessité d’accélérer le traitement des procédures judiciaires afin de réduire la surpopulation carcérale.
Le ministre a rappelé qu’un arrêté portant régime intérieur type des établissements pénitentiaires a récemment été adopté. Ce texte, a-t-il expliqué, constitue un outil essentiel de gestion des prisons et prévoit notamment la mise en place de commissions de surveillance chargées d’associer les autorités administratives, judiciaires, les forces de défense et de sécurité, les représentants de la chefferie traditionnelle, les organisations de la société civile ainsi que les médias au suivi du fonctionnement des établissements pénitentiaires. « La gestion de la prison n’est pas l’affaire de la justice seule. C’est une responsabilité de toute la communauté », a-t-il souligné. Le ministre a également insisté sur la politique de réinsertion sociale des personnes privées de liberté, rappelant que son département travaille à promouvoir la production pénitentiaire et la formation professionnelle des détenus.
Concernant les doléances formulées par le régisseur, le ministre a reconnu leur caractère prioritaire. « Il vaut mieux construire des espaces d’isolement que d’avoir à prendre en charge toute une communauté contaminée. Les détenus sont entièrement pris en charge par l’État ; il est donc préférable de prévenir que de guérir », a-t-il expliqué. Il a toutefois rappelé que les dépenses liées au fonctionnement des établissements pénitentiaires absorbent une part importante des ressources allouées. Il a néanmoins assuré que les besoins les plus urgents pourront être examinés rapidement tandis que les autres projets feront l’objet d’une programmation progressive.
Enfin, le ministre a appelé les magistrats à recourir davantage aux mesures alternatives à la détention lorsque la loi le permet et à traiter les dossiers avec plus de célérité afin d’accompagner la politique nationale de désengorgement des prisons. Il a soutenu que l’État poursuivra ses efforts pour améliorer les conditions de détention et préserver la dignité des détenus dans les établissements pénitentiaires du pays.
Rabiou Dogo
ONEP Zinder
