Chaque soir, ces jeunes s’installent ...
À Zinder, chaque soir pendant le Ramadan, un spectacle singulier s’offre aux passants devant les boulangeries. Bien plus qu’un simple attroupement de jeunes vendeurs, c’est une véritable dynamique entrepreneuriale qui prend vie sur les trottoirs. Âgés de 14 à 20 ans, ces adolescents transforment l’affluence précédant la rupture du jeûne en opportunité économique, tout en apportant un réel soulagement à une clientèle pressée.
Dès 16 heures, le dispositif est en place. Devant la boulangerie Joleena, à Al-Hayyat et dans d’autres boulangeries de la capitale du Damagaram, des dizaines de jeunes s’installent stratégiquement à la sortie. Leur modèle économique est simple, efficace et parfaitement maîtrisé : acheter la baguette à 175 F CFA à la caisse et la revendre immédiatement à 200 F CFA à l’extérieur. Soulemane Hadi, fidèle au poste, détaille son calcul.
« On gagne 25 F par baguette. Si tu vends 50 baguettes dans l’après-midi, ça fait déjà un bon bénéfice », dit-il avec fierté. Derrière cette marge modeste se cache une logique commerciale bien pensée : rotation rapide du produit, faible risque de perte et forte demande concentrée sur une tranche horaire précise.

Mais pourquoi les clients acceptent-ils de payer plus cher à l’extérieur ? La réponse tient à la valeur ajoutée du service rendu. À l’intérieur des boulangeries, les files d’attente s’allongent à l’approche de la prière de maghrib. Sur le trottoir, le pain est accessible immédiatement.
Chouaibou, un jeune rencontré sur place, justifie son choix. « Je suis pressé pour la rupture. Avec eux, je gagne du temps », dit-il. Dans ce contexte, les 25 F supplémentaires représentent le prix de la rapidité et du confort. Les jeunes revendeurs comblent ainsi un besoin précis, fluidifier l’accès au produit à l’heure de forte demande.
Bachir Issaka Hachimou confirme cette réalité : « Certains viennent chez nous pour éviter les queues, d’autres pour nous encourager ». Cette proximité crée un lien direct entre vendeurs et clients, renforçant un climat de solidarité propre au mois de Ramadan.
Au-delà du gain financier, cette activité devient une véritable école d’initiation à l’entrepreneuriat. Entre gestion du stock, calcul des marges, anticipation de la demande, concurrence directe entre vendeurs, les jeunes apprennent sur le terrain les bases du commerce.
À la boulangerie, le jeune Al-Hayyat Adamou affiche fièrement ses performances. « Je peux vendre jusqu’à 50 baguettes par jour », a-t-il fait savoir. Ce chiffre traduit non seulement la vitalité du marché, mais aussi la capacité d’organisation de ces adolescents qui savent adapter leur stratégie selon l’affluence.
Pour beaucoup, les revenus ont un objectif précis, préparer la fête sans peser sur le budget familial. Mouhammad Falalou l’explique avec maturité, « Je fais ça pour éviter de tout demander à mes parents. Avec mon argent, je vais acheter mes habits pour la fête », témoigne-t-il. Cette démarche qui montre un sens précoce de responsabilité et d’autonomie.
Certes, la concurrence est rude. Les vendeurs se partagent un espace restreint et doivent convaincre une clientèle parfois méfiante. Ibrahim Mourtala confie. « Le plus difficile, c’est quand les gens passent devant nous pour aller acheter à l’intérieur », se plaint le jeune vendeur. Mais cette compétition stimule leur créativité commerciale et renforce leur persévérance.
À Zinder, le Ramadan demeure un mois de spiritualité et de partage. Il est aussi, pour une frange de la jeunesse, un laboratoire d’initiatives économiques. Sur les trottoirs animés de la ville, le pain de la débrouille n’est pas seulement une source de revenus, il incarne l’esprit d’entreprise d’une génération qui choisit d’agir, d’innover et de rendre service.
Abdoul Nasser Ibrahim (stagiaire)
ONEP Zinder
