Dr Zakaria Mamadou, Chef du service neurologie à l’Hôpital Général de Référence de Niamey : « Nous portons un projet pilote de création d’une filière de prise en charge des AVC »

Société
Spread the love

Sharing is caring!

Un accident vasculaire cérébral (AVC) est la conséquence de l’interruption de la circulation sanguine vers le cerveau. Il se produit soit lorsqu’un vaisseau sanguin est obstrué (AVC ischémique), soit par déchirure d’un vaisseau sanguin provoquant une hémorragie (AVC hémorragique). Environ 60 % des AVC sont ischémiques en Afrique subsaharienne.

Selon Dr Zakaria Mamadou, médecin neurologue à l’Hôpital Général de Référence de Niamey, la sévérité́́ d’un AVC est variable, allant des accidents ischémiques transitoires (AIT) qui régressent en quelques minutes à quelques heures sans laisser de séquelles à des AVC conduisant au décès.

Pour améliorer la prise en charge des AVC au Niger, Dr Zakaria Mamadou a annoncé la création d’une filière de prise en charge autour d’une unité de soins intensifs  neurovasculaire à l’Hôpital Général de Référence de Niamey.

Docteur, quelle est la prévalence des AVC ?

Il s’agit du premier motif d’hospitalisation en neurologie. Un AVC se produit toutes les 5 secondes dans le monde. L’OMS parle de pandémie et projette une augmentation de l’incidence des AVC passant de 16 millions en 2005 à 23 millions en 2030. Les AVC sont graves  car c’est la première cause de handicap moteur de l’adulte jeune et deuxième cause de démence dans le monde, et aussi  deuxième  cause de mortalité́ selon l’OMS. La conséquence d’un AVC est que les cellules du cerveau ne reçoivent plus l’oxygène et les nutriments dont elles ont besoin pour fonctionner normalement. Certaines sont endommagées et d’autres meurent.

Quels sont les  facteurs de  risques de la survenue d’un AVC ?

Les facteurs de risques permettent d’identifier les patients à risques de développer un AVC. Ils sont divisés en facteurs non modifiables et modifiables. Parmi les facteurs non modifiables, l’on peut retenir l’âge. En effet,  après 55 ans, le risque d’AVC double chaque décennie. L’antécédent familial d’AVC constitue un facteur de risque d’accident vasculaire cérébral. L’appartenance à la race noire est aussi un facteur. L’incidence d’un AVC est deux fois plus élevée chez les individus d’origine africaine et hispanique que chez les caucasiens. Le sexe masculin est également un autre facteur de risque.

S’agissant des facteurs modifiables, le facteur de risque le plus puissant est l’hypertension artérielle. Il faut noter que l’augmentation de la pression artérielle (PA) systolique de 20 mmHg ou de la PA diastolique de 10 mmHg est associée à un doublement du risque d’AVC. L’hypercholestérolémie, c’est-à-dire l’élévation du mauvais cholestérol appelé LDL, est associée à une augmentation du risque des AVC ischémiques.

Le diabète de type 2 multiplie le risque d’AVC allant de 1.8 à 6.0 fois. Le tabac multiplie 2 fois le risque de survenue d’AVC. L’alcool, la drogue, l’obésité, la ménopause et le traitement hormonal substitutif sont des facteurs de risques d’AVC. Aussi, le manque d’activité physique est un facteur de la survenue d’AVC.

 À ces facteurs s’ajoutent d’autres appelés facteurs précipitants. Ce sont des facteurs qui précipitent la survenue d’AVC chez des patients avec ou non des facteurs de risques.

La prise aiguë d’alcool, l’accès de colère-stress, les évènements de vie sévère, la pollution atmosphérique, la variation importante de la température extérieure, l’arrêt de l’aspirine chez un patient avec un antécédent d’AVC sous aspirine.

Quels sont les  signes d’alerte d’un AVC ?

D’abord, il faut savoir que l’apparition des symptômes est brutale sans prodrome en général. Devant l’installation brutale des signes suivants, il faut penser à un AVC et conduire rapidement le patient dans un hôpital, car chaque minute qui passe compte car il s’agit de la mort de deux millions des neurones d’où le slogan ‘’time is brain’’.

 Les signes suivants doivent alerter. Il s’agit de la paralysie ou trouble de la sensibilité d’une moitié du visage, paralysie du corps, faiblesse ou trouble sensitif, le plus souvent d’un côté du corps. Trouble de la parole, c’est à dire difficulté à parler ou à comprendre ce qui est dit. Trouble de la vue. Perte de la vision (d’un œil ou d’un côté) ou vision double. Des vertiges, maux de tête soudains et/ou vertiges violents avec déséquilibre.

Comment se fait la prise  en charge d’un AVC ?

En cas d’accident vasculaire cérébral ischémique, le traitement réalisé en milieu hospitalier consiste à dissoudre le caillot qui bouche l’artère cérébrale en perfusant un médicament par intraveineuse, la thrombolyse. En l’absence de contre-indications, la thrombolyse doit être réalisée dans les 4h 30 suivant l’apparition des premiers symptômes. Elle permet de rétablir la circulation du sang et l’apport en oxygène au cerveau, et donc de limiter la lésion cérébrale et ses séquelles. Plus ce traitement est mis en place rapidement, moins les séquelles de l’accident vasculaire ischémique seront importantes.

Depuis 2015, un second traitement est possible lorsque l’obstruction concerne une grosse artère. Il s’agit de la thrombectomie. C’est un acte réalisé́ dans un bloc de neuroradiologie interventionnelle qui consiste à extraire le caillot de façon mécanique avec un dispositif médical spécifique, par voie endovasculaire. La thrombectomie peut être pratiquée dans un délai plus étendu que celui de la thrombolyse  dans les 6 à 24 heures suivant le début des symptômes avec une efficacité́ certaine.  En cas d’AVC hémorragique, la prise en charge est basée surtout sur la baisse intensive des chiffres tensionnels dans l’heure qui suit l’hospitalisation et d’autres soins plus spécifiques selon les cas.

Quelles sont les causes des  AVC ?

Les causes sont multiples ; il faut surtout retenir les causes selon le type d’AVC. Connaitre la cause de l’AVC permettra de mieux adapter le traitement pour prévenir les récidives.  Nous avons les causes d’origines cardiaques- arythmie cardiaque type fibrillation atriale, certaines insuffisances cardiaques tels que les cardiomyopathies dilatées, atteintes des valves cardiaques, valvulopathies mitrales, les tumeurs cardiaques, sans oublier une malformation congénitale cardiaque appelée foramen ovale perméable (FOP). Il y’ a aussi les causes artérielles-dissection des artères à destinées encéphalique, le rétrécissement des artères par le mauvais cholestérol appelé sténose athéromateuse…et les causes sanguines -élévation du taux de l’hémoglobine ou des plaquettes, la drépanocytose.

Les AVC hémorragiques dans 80% des cas sont liés à une complication chronique de l’hypertension artérielle appelée maladie des petites artères. Nous pouvons rapidement citer les causes vasculaires comme les malformations artério-veineuses et thromboses veineuses cérébrales.   

Que penser des croyances selon lesquelles l’AVC est d’origine mystique ?

À ce sujet, j’aimerai dire  qu’il s’agit d’une maladie neurologique et qu’elle n’a rien de mystique. 

Quels sont les moyens de prévention contre la survenue d’un AVC ?

Une proportion importante des accidents vasculaires cérébraux pourrait être évitée grâce au contrôle des cinq principaux facteurs de risque modifiables : l’hypertension artérielle, le tabagisme, le diabète, la sédentarité́ et une alimentation défavorable à la santé.

Si dans la majorité́ des cas, les patients souffrant de diabète ou d’un problème cardiaque sont suivis par un médecin, la moitié des hypertendus ignore qu’ils le sont alors même que l’hypertension est le principal facteur de risque d’AVC. Donc il est nécessaire de faire un contrôle strict de l’HTA, du diabète, d’avoir une alimentation saine,  et de faire une activité physique régulière.

En perspectives,  quoi faire  pour améliorer la prise en charge des AVC au Niger ?

Pour améliorer la prise en charge des AVC au Niger, c’est d’abord la sensibilisation de la population sur les mesures préventives et aussi faire connaître les signes d’alerte et quoi faire devant ces signes. C’est pour ça  que nous portons un projet pilote de création d’une filière de prise en charge des AVC autour d’une unité de soins intensifs neurovasculaire. Il s’agit  d’une unité spécialisée dans la prise en charge des AVC avec des médecins neurologues et des paramédicaux bien formés. Ce projet pilote va être réalisé à l’Hôpital Général de Référence de Niamey.

Réalisé par Oumar Issoufou(onep)