Editorial : Liberté de la presse et responsabilité journalistique

Edito
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Le monde de la presse nigérienne, organes publics comme privés, vient de commémorer, le 30 novembre 2021, la huitième édition de la Journée Nationale de la

liberté de la presse. Autorités politiques et administratives, responsables de médias, partenaires

sociaux, bref, tout ce beau monde s’était retrouvé à la Maison de la Presse pour une petite escapade confraternelle en vue de faire le tour d’horizon de la profession de journaliste depuis la signature, en   novembre 2011, de la ‘’Déclaration de la Montagne de la Table’’, par le Président de la République de l’époque, Issoufou Mahamadou. Faut-il le rappeler brièvement, cette charte, élaborée par des promoteurs de la presse libre et indépendante, était révolutionnaire en Afrique et particulièrement au Niger, car elle invitait l’Etat du Niger à adopter un régime juridique dérogatoire au droit commun en ce qui concerne les infractions commises par voie de presse, par le biais de la dépénalisation. Il faut ici rendre un vibrant hommage au Président Issoufou Mahamadou pour cette avancée démocratique majeure dans notre pays, pour avoir consacré, par des dispositions légales et réglementaires, cette

dépénalisation des délits commis par voie de presse.

Désormais, tout journaliste poursuivi en justice pour une infraction commise par voie de presse ne sera plus emprisonné, comme c’était le cas auparavant, mais seulement, il pourra être condamné, en cas de tort, au plan civil, c’est-à-

dire le versement de dommages-intérêts à la victime. A l’époque de la signature de cette Déclaration, beaucoup s’étaient réjouis de ce pas important franchi par le Niger dans la consolidation de la liberté de la presse, car le droit à l’information fait partie du bloc des droits fondamentaux de la personne humaine tels que reconnus par toutes les conventions internationales.

Appelée, de manière informelle, le ‘’quatrième pouvoir’’, la presse joue un rôle majeur dans le raffermissement des principes démocratiques dans le monde, et par conséquent, la liberté des journalistes doit être rigoureusement protégée contre les excès de pouvoir de toutes sortes et autres pressions politiques et sociales auxquelles ils sont souvent exposés dans l’exercice de leur profession. La liberté de la presse n’est pas un nouveau combat, mais bien une perpétuelle quête inséparable de l’Histoire du combat pour la liberté d’expression et de pensée mené par les humanistes et les progressistes depuis le Siècle des Lumières, à travers la figure tutélaire d’un Voltaire qui préfigurait déjà l’esprit universaliste à la base de la création des organisations internationales promotrices de cette liberté de parole, telle que ‘’Reporters sans frontières’’, aujourd’hui.

Comme vous le savez déjà, ce combat pour l’émancipation citoyenne ne fut guère ce fleuve tranquille, calme, doux, loin s’en faut, mais fut perpétuellement aux prises avec les velléités des tenants du pouvoir suprême, à toutes les époques et dans toutes les aires de civilisation, qui cherchaient toujours à étouffer cette liberté afin de maintenir les citoyens dans l’unanimisme le plus béat, lorsque les informations ne servaient pas leurs intérêts personnels. Voyez-vous, le métier de journaliste était né à partir de convictions et d’engagement de la part de personnes désireuses de participer à l’édification d’une société juste, démocratique, égalitaire dans  laquelle la transparence dans la gestion des affaires publiques occupe une place cardinale. Le journalisme, aux origines, était une âme, un feu sacré, comme l’écrivait le grand philosophe autrichien Karl Popper. Au Niger, il faut reconnaitre que la presse libre et indépendante a joué un grand rôle dans les conquêtes démocratiques de la fin des années 80, mieux, elle était à l’avant-garde du processus démocratique qui aboutira aux premières expériences démocratiques dans le pays. C’était alors une presse conquérante, pluraliste, de très bonne facture que les lecteurs nigériens s’arrachaient dès la parution des éditions. Elle croisait régulièrement le fer avec les

tenants du pouvoir politique qui cherchaient à la domestiquer.

C’était l’âge d’or de la presse écrite indépendante incarné par des manchettes historiques comme ‘’Tribune du Peuple’’ d’Ibrahim Hamidou, ‘’ Le Démocrate’’ de Bori Seyni, et ‘’Le Républicain’’ du tandem feu Maman Abou/Lalo Keïta. Ces journaux indépendants historiques avaient marqué de leur empreinte les premiers balbutiements de la presse libre au Niger et avaient ouvert la voie aux autres organes qui naitront par la suite. Mais malheureusement pour nous, la relève ne fut point assurée, car, de nos jours, la presse indépendante n’est plus cet épouvantail qu’elle avait été à ses débuts qui faisait peur aux politiques, car entre-temps, l’opportunisme, le mercenariat éditorial, la perte qualitative des contenus rédactionnels en seront devenus le lot quotidien.

Pire, depuis la signature de la fameuse ‘’Déclaration de la Montagne de la Table’’, une charte qui était censée promouvoir cette liberté de la presse, au contraire, la situation de la presse indépendante nigérienne s’est nettement dégradée, passant de la 26ème place dans le classement mondial établi par ‘’Reporters sans frontières’’, pour

tutoyer, aujourd’hui, le 66ème rang dans ce classement ! Quel paradoxe ! Cette dégringolade spectaculaire de la presse nigérienne était plus le fait des journalistes eux-mêmes que du fait de la volonté des tenants du pouvoir

politique, dans la mesure où, beaucoup de nos confrères n’ont pas su faire toujours un bon exercice de cette nouvelle liberté qui avait toutes les apparences d’un cadeau empoisonné. C’est ainsi que les procès se sont multipliés contre un mauvais usage de cette liberté de presse. Rendons une fois encore un hommage appuyé au Président Issoufou Mahamadou qui avait juré de ne plus poursuivre un journaliste en justice et il avait tenu parole à cet effet !

Après cette étape décisive franchie avec la dépénalisation des délits commis par voie de presse, sous le régime de la Renaissance Acte I et II, voici une autre nouvelle étape amorcée sous le magistère du Président Mohamed Bazoum, matérialisée par la signature récente de la Convention collective pour régir désormais le monde des médias au Niger. C’est là, assurément, un grand pas accompli dans la professionnalisation et la sécurisation du métier de journaliste au Niger. C’est là un grand pari que notre pays vient de faire afin de soustraire la profession de journaliste aux aléas de l’amateurisme et de l’irresponsabilité sociale.

Comme on le voit, l’ancien Président de la République Issoufou a déjà posé le harnais de la monture, avec cette loi de dépénalisation ; aujourd’hui, le

Président Bazoum a parachevé cette œuvre nationale en faisant adopter une Convention collective historique. A présent, la balle se trouve dans le camp du monde de la presse. Aux journalistes d’en faire le meilleur usage possible pour l’avènement d’une presse véritable libre, indépendante et surtout entièrement responsable ! 

Par Zakari Alzouma Coulibaly(onep)