Gouvernance et lutte contre la corruption : Des paroles et des actes

Société
Spread the love

Sharing is caring!

En prêtant serment le 2 avril 2021, le Président Mohamed Bazoum avait une claire conscience des défis qui l’attendaient et surtout des attentes des citoyens. Outre, les défis sécuritaires et humanitaires, le Niger fait en effet face à de très gros défis de gouvernance. Crise de l’école publique, détournement de deniers publics, corruption et impunité ont atteint leur paroxysme. «Le défi de la gouvernance est d’autant plus grand chez nous que prévaut une mentalité pas toujours en harmonie avec les valeurs de l’Etat de droit et ses exigences relatives à la primauté de la loi ainsi qu’à l’égalité de tous les citoyens», déclarait le Chef de l’Etat dans son discours d’investiture.

Et c’est pourquoi, le Président Bazoum a, par la même occasion, annoncé ce que va être sa gouvernance. «Quiconque a une responsabilité dans l’administration publique répondra désormais tout seul et entièrement de ses actes. Son parti politique, sa « base », sa famille, sa communauté ne lui seront d’aucun secours au cas où son comportement devrait commander une mesure coercitive à son encontre. Je serai implacable contre les délinquants», avait-il déclaré.

Mais, il ne s’est pas limité aux paroles. Des actes sont aussi posés tenant  compte de ‘’la pédagogie de l’exemple’’, un principe qui lui est cher. Ainsi au niveau de la gouvernance politique et économique, l’un des aspects qui préoccupait les citoyens était le train de vie de l’Etat induit par un gouvernement pléthorique (avec une quarantaine de ministres) et d’autres postes non moins superflus comme ceux des multiples conseillers avec rang de ministres et autres directeurs de cabinet des ministres. Des postes qui grèvent le budget de fonctionnement de l’Etat alors  qu’au même moment il est demandé aux citoyens de se serrer la ceinture. Face à cette situation, le Président de la République a considérablement réduit la taille du gouvernement avec la suppression d’une dizaine de départements ministériels, celle des directeurs de cabinet des ministres et des conseillers avec rang de ministres.

Mais c’est surtout dans la lutte contre la corruption et l’impunité que les attentes des citoyens sont grandes. Le Chef de l’Etat en avait une claire perception du phénomène. «Le deuxième grand problème de notre gouvernance réside dans la prévalence de pratiques de concussion et de corruption au sein de l’administration. La corruption prend diverses formes : pots-de-vin, surfacturations, dépenses inopportunes, commandes fictives, commandes partiellement livrées, etc. De telles pratiques ont cours malgré tous les dispositifs administratifs et juridiques mis en place pour les prévenir et les punir. C’est pourquoi la meilleure façon de lutter contre la corruption est de sévir contre ceux qui s’en rendent coupables. Mon credo sera de miser principalement sur la pédagogie de l’exemple en ne tolérant d’aucune façon le principe de l’impunité», déclarait-il dans son discours d’investiture.

Pour traduire en actes cette volonté, le Président Bazoum a reçu le 4 mai 2021, les responsables de la Haute autorité de lutte contre la corruption et les infractions assimilées (HALCIA), bras armé de l’Etat dans la lutte contre le phénomène de la corruption. Et depuis cette rencontre, on constate une montée en puissance des activités de la HALCIA qui traquent d’abord tous les manquements de gestion au sein des administrations et des entreprises aussi bien publiques que privées. L’une des formes du détournement des deniers publics est le nom paiement des impôts et taxes d’une part, et d’autre, le non reversement au Trésor public, des taxes collectées par certaines entreprises.

D’après la HALCIA, plus de 3.000 contribuables dont 200 sociétés en situation irrégulière vis-à-vis de l’Etat ont été identifiés. Le montant à recouvrer auprès de ces contribuables s’élèverait à quelque 234 milliards de FCFA selon l’annonce faite par le président de ladite institution lors d’un point de presse en juin dernier. Sur ce montant la HALCIA a déjà recouvré plus d’un milliard de FCFA à la date du 25 juin 2021. Pour ce travail, la HALCIA déploie 14 équipes.

L’exécution des marchés publics étant l’un des domaines de prédilection de la concussion, la HALCIA s’intéresse fortement à cet aspect. Pour l’instant, les marchés publics de cinq (5) ministères sont passés à la loupe par les inspecteurs de la HALCIA. Il s’agit des ministères de l’Hydraulique et Assainissement ; Environnement ; Santé publique ; Agriculture ; Intérieur et Décentralisation.

Mais, l’acte ‘’symbole’’ de cette volonté de combattre la corruption et le détournement des deniers publics est sans conteste l’arrestation d’un fonctionnaire de la Présidence de la République suspecté d’user des manœuvres frauduleuses pour soutirer des fonds du Trésor public. Une arrestation qui fait suite à un rapport de l’Inspection Générale d’Etat. A cela, il faut ajouter la suspension pour ne pas dire l’annulation de certains contrats comme celui du pipeline intérieur dont les montants laissent à douter.

C’est dire que ces 100 premiers jours du Président Bazoum à la tête du pays, semblent faire renaître la confiance des citoyens vis-à-vis de l’Etat et donner espoir pour l’application de la loi et la justice contre tous ceux qui se rendraient coupables de détournement des deniers publics. Mais, ce n’est qu’un début, il faut attendre le bilan de l’An 1 pour voir si cette dynamique positive sera maintenue.

En attendant, il faut noter que l’utilisation non rationnelle des deniers publics ne se limite pas seulement aux détournements. Des voies, certes légales, méritent aussi qu’on s’y attarde si l’on veut tendre vers une utilisation rationnelle des maigres ressources de l’Etat surtout en ces temps de crises multiples qui assaillent le monde. C’est notamment ce que d’aucuns qualifient d’«Inflation institutionnelle» qui consiste à la création de ces innombrables institutions dont le seul impact demeure l’accentuation du train de vie de l’Etat au détriment des investissements plus utiles dans les secteurs sociaux. En effet, il est difficile à ce jour, d’énumérer avec exactitude, le nombre de ces Hauts commissariats, Commissariats, Hautes Autorités, Autorités, Agences, Conseils, Observatoires, etc que compte le Niger. Outre le fait que ces institutions ont, le plus souvent, des profils politiques à leurs têtes avec tout ce que cela implique en termes de clientélisme, il est rarement fait une évaluation réelle de l’impact de ces institutions dans leurs secteurs. Sans compter, la confusion des rôles et une difficulté de délimitation des compétences des unes et des autres.

Par Siradji Sanda(onep)