M. Djibo Daouda Gazibo
Au Niger, la restauration a presque toujours été une affaire de femmes. Et pourtant, il y a des hommes qui y excellent et tirent des revenus substantiels à même de subvenir à leurs besoins quotidiens. Activité économique majeure, elle permet pour bon nombre de personnes, notamment les femmes, de s’assurer une autonomie financière. Cependant, si pour certains, elle n’est qu’une activité économique, pour d’autres, cuisiner, c’est l’expression d’une passion qui permet de partager des émotions et des saveurs. C’est le cas de Djibo Daouda Gazibo, entrepreneur, expert autodidacte en gastronomie écosystémique et innovation alimentaire qui évolue dans le domaine de la restauration et de la transformation agroalimentaire depuis 2015.
Ingénieur de formation option marketing stratégique, Djibo Daouda Gazibo est l’un de ces rares nigériens qui ont une forte passion pour la cuisine. Employé dans une banque de la place, il a vite abandonné son poste de responsabilité pour se consacrer à ce qu’il aime le plus faire : cuisiner.
En effet, Daouda Gazibo nourrit depuis très longtemps une fascination pour la cuisine. « Cette passion est née depuis mon plus jeune âge. Quand on retrace l’enfance jusqu’au cadre estudiantin, il y avait vraiment cette envie de présenter chaque fois des trucs pour que les gens goûtent, donnent leur point de vue et c’est parti de ce moment-là. Je me suis donc demandé pourquoi ne pas mettre en pratique, en œuvre et en bonne qualité pour que les gens en profitent aussi », a-t-il confié.
Cependant, pour vivre pleinement sa passion et faire accepter son choix, Daouda a affronté de nombreuses batailles. « Comme vous le savez, on est en Afrique. Souvent, quand les gens voient que vous êtes derrière le bureau et que c’est l’intellect qui marche, on se dit que voilà, c’est la réussite totale. J’ai entendu pas mal de remarques et de critiques. La phrase la plus récurrente dans ces prétendues remarques est la suivante : tu as une famille, comment tu peux démissionner de ton travail ? Ils ont trouvé que j’ai mal choisi ma voie. J’ai toujours mis mes idées en avant. Pour que je sois heureux, je me jette à l’eau. Tant que ça va me faire plaisir et que ça va aider l’autre, je me jette à l’eau », a-t-il confié, le regard lointain. Daouda a su au moins compter sur le soutien indéfectible de ses parents et de sa femme qui l’ont accompagné dans son parcours depuis le début. Ainsi, en 2016, il ouvre son fast-food nommé « Nomade Food ».
Aujourd’hui, à force de persévérance et d’apprentissage autodidacte, il se perfectionne du jour au lendemain dans le domaine. La particularité de Djibo Gazibo Daouda est son intérêt pour les produits locaux. Il s’est en réalité spécialisé dans la préparation de mets avec uniquement des produits du terroir. « Je me suis spécialisé dans les mets locaux pour valoriser la consommation locale. Je ne me contente pas de reproduire des plats classiques, mais j’innove en apportant ma propre touche culinaire. J’aime surtout transformer le moringa, le manioc ou encore la patate douce à ma guise », a-t-il souligné.
Parmi les spécialités du terroir qu’il propose, on retrouve des plats comme le sauté de manioc aux petits légumes et capitaine pané, la mousseline de patate douce, le riz cantonais à la nigérienne (composé de feuille de moringa, épinards, petits pois, viande hachée et œuf), le foutou de taro accompagné d’une sauce gombo à la pâte d’arachide, le massa burger et les cookies à base de sorgho.
Le talent de Djibo Daouda Gazibo est reconnu par son entourage et tous ceux qui ont eu la chance de déguster ses plats aux saveurs exquises. « Quand j’ai pris ce flambeau de restauration, je ne sais pas si c’est un coup de chance mais quand même, les gens ont apprécié et continuent d’apprécier ce que je leur fais découvrir. Pour vous dire sincèrement, je n’ai pas eu de problème en ce qui concerne ce cadre. Les gens viennent consommer ce que je prépare » a-t-il dit, la voix empreinte d’émotion.
Pour ce passionné de cuisine, de la préparation à la présentation du plat, chaque étape est une invitation à découvrir de nouvelles saveurs et à créer des liens avec l’entourage. Djibo Daouda Gazibo cuisine ces plats avec soin et hygiène. Derrière chaque plat qu’il réalise, se cache un désir de faire la promotion des produits locaux et du consommer local.
Le chef Gusteau nigérien a initié plusieurs projets visant à faire connaitre l’art culinaire local. Mais, malheureusement, par manque de soutien et moyens financiers ces projets sont restés sur papier. Toutefois, malgré cet état de fait, il reste déterminé et envisage d’organiser une soirée « projection-dîner » qui aura lieu le 20 mars 2026. « Une façon de réunir les gens et de leur montrer ce que nous sommes en train de préparer », a-t-il dit. Outre cet événement, Djibo Gazibo Daouda compte également organiser un festival culinaire de Smart Food, « AlBarka Goona ». Et pour ce grand événement, le chef nigérien est accompagné par d’éminents cuisiniers (ambassadeurs dans leurs pays) comme la cheffe Olivia De Souza du Togo, le chef Rummel du Gabon, et la cheffe Aicha Balo du Burkina Faso. « Pour cette première édition, c’est eux qui ont compris et ont bien voulu me soutenir. C’est d’ailleurs ce qui m’a vraiment vexé. Que d’autres personnes qui ne sont pas du pays comprennent ce que tu es en train de faire et t’apportent leur soutien alors que chez toi, on ne te connait même pas. Tu bouscules les choses pour que ça aille mais en vain », a déploré M. Djibo Gazibo.
Outre la restauration, le passionné de cuisine s’est également spécialisé dans la transformation agroalimentaire. Ainsi, avec toujours les produits locaux, il a fabriqué une tisane aux vertus apaisantes et un arôme bio aux épices conçues spécialement pour la restauration.
De l’innovation, Djibo Daouda Gazibo s’évertue chaque jour à en apporter dans le domaine de la cuisine. Cependant, si dans la restauration le chef n’a pas de difficulté, il en n’est pas le cas pour la transformation. « Au niveau de la transformation, c’est là où vraiment il y a un sérieux problème, notamment celui du manque de matériel. Il faut le matériel pour tester la qualité de ce qu’on propose aux consommateurs et le matériel pour le conditionnement. Et tout cela tourne autour de la finance. Et quand on n’a pas de partenaire pour comprendre ce genre de projet, c’est difficile. Je tourne avec ce que j’ai à mettre en place pour pouvoir finaliser ce projet », a-t-il expliqué. Toutefois, il faut préciser que les deux produits ne sont pas encore sur le marché, car Daouda attend la certification du laboratoire avant de les mettre à la disposition des Nigériens et au-delà des frontières aussi. « C’est juste les échantillons que j’ai eu à proposer à quelques foires que les gens ont appréciés. Et d’ailleurs, j’ai un répertoire de personnes hormis cette certification qui en commandent. elles savent très bien les vertus qui sont dedans », fait-il savoir fièrement.
A la question de savoir quelle a été sa plus grande fierté depuis qu’il s’est pleinement investi dans la restauration, cette activité pour laquelle il a abandonné son bureau et son fauteuil douillet de responsabilité, le Gusteau nigérien répond en ces termes : « C’est bien, je suis fier vraiment d’arriver à ce stade de transformation. Mais, pour être complet de cette fierté, c’est conditionner avec ce festival. Et c’est quand j’aurais réussi à organiser ce roi que ma fierté sera au summum », a-t-il dit, les yeux brillants d’espoir. Les plats de Chef Daouda Gazibo, se vendent entre 1 500 FCFA et 2 500 FCFA, des prix qui prennent en compte la situation économique du pays.
Malgré les contraintes économiques, Djibo Daouda Gazibo continue de s’améliorer et de créer des plats les uns les plus exquis que les autres, et cela avec uniquement des produits locaux. Dans son fast-food, il continue d’éveiller les papilles de ceux qui s’y rendent. Dans le futur, le talentueux cuisinier se projette promoteur des produits locaux nigériens à travers une cuisine sophistiquée et raffinée.
Rahila Tagou (ONEP)
