Dans son message, le Président Abdelmadjid Tebboune a rappelé que les massacres du 8 mai 1945 marquèrent un tournant décisif dans l’histoire de l’Algérie
Le 8 mai 1945 demeure l’une des dates les plus tragiques et symboliques de l’histoire contemporaine de l’Algérie. Alors que le monde célébrait la victoire des Alliés sur le nazisme et la fin de la Seconde Guerre mondiale, des milliers d’Algériens furent massacrés par l’administration coloniale française pour avoir revendiqué pacifiquement leur liberté et leur droit à l’indépendance.
Dans les villes de Sétif, Guelma, Kherrata et ailleurs, des manifestations organisées par les militants nationalistes du Parti du Peuple Algérien (PPA) furent violemment réprimées par l’armée coloniale française. Les protestataires, qui arboraient des pancartes et des drapeaux algériens tout en célébrant la victoire des Alliés, réclamaient avant tout la liberté, la dignité et la reconnaissance des droits du peuple algérien.
À Sétif, la répression prit rapidement une dimension militaire. Sous les ordres du général Duval, l’armée française mobilisa près de 10 000 soldats, appuyés par l’aviation. Des bombardements furent menés contre des populations civiles. Selon plusieurs historiens et sources algériennes, le bilan réel dépasserait les 45 000 morts, voire 80 000 victimes selon certains documents historiques.
À Kherrata, la nouvelle des tueries de Sétif provoqua une mobilisation populaire massive. Tandis que les autorités coloniales tentaient d’imposer un couvre-feu, des appels à la résistance furent lancés dans les villages environnants. À Guelma, une marche pacifique fut également réprimée dans le sang après que les autorités coloniales eurent exigé le retrait des drapeaux et banderoles nationalistes.
Ces massacres marquèrent un tournant décisif dans l’histoire de l’Algérie. Pour de nombreux historiens, ils constituèrent les véritables prémices de la Guerre de libération nationale déclenchée en novembre 1954. La brutalité coloniale révéla au peuple algérien qu’aucune réforme ne pouvait être obtenue sans un combat total pour la souveraineté nationale.
Quatre-vingt-un ans après ces massacres, qualifiés par les spécialistes du droit international humanitaire de « génocide », de « crimes de guerre » et de « crimes contre l’humanité », l’Algérie continue d’honorer la mémoire de ses martyrs à travers la Journée nationale de la Mémoire, instituée en 2020 par le président Abdelmadjid Tebboune.
Dans un message solennel adressé à la nation, le président Abdelmadjid Tebboune a rappelé que le 8 mai 1945 fut une étape décisive ayant ouvert la voie à la lutte armée contre un colonialisme sanglant. Il a également insisté sur le devoir de préserver la mémoire nationale et de transmettre aux générations futures les valeurs de résistance, de dignité et de souveraineté.
Au-delà de la mémoire historique, cette commémoration trouve aujourd’hui un écho particulier dans les relations entre l’Algérie et le Niger. Les deux nations partagent une histoire profondément marquée par la lutte contre la domination extérieure, la défense de leur souveraineté et la volonté d’affirmer une indépendance politique réelle face aux logiques impérialistes.
Comme l’Algérie hier face au colonialisme français, le Niger mène aujourd’hui un combat qu’il présente comme une reconquête de sa souveraineté politique, économique et sécuritaire. Les autorités nigériennes multiplient les discours en faveur d’une indépendance stratégique et d’une coopération fondée sur le respect mutuel entre les peuples africains.
Dans ce contexte, la coopération entre Alger et Niamey s’est considérablement renforcée ces dernières années. Les deux États affichent une convergence de vues sur plusieurs questions essentielles, la lutte contre les ingérences étrangères, la sécurisation du Sahel, le respect de la souveraineté des États africains et la promotion d’un partenariat Sud-Sud plus équilibré.
Cette proximité politique et diplomatique repose également sur une mémoire commune des résistances africaines.
L’Algérie, forte de son expérience révolutionnaire et de son héritage anticolonial, apparaît pour de nombreux peuples africains comme un symbole historique de libération. Quant au Niger, il entend inscrire sa trajectoire actuelle dans une dynamique de réaffirmation nationale et de maîtrise de son destin.
Ainsi, la commémoration des massacres du 8 mai 1945 dépasse aujourd’hui le simple devoir de mémoire. Elle rappelle que les combats pour la dignité, l’émancipation et la souveraineté demeurent des aspirations toujours actuelles sur le continent africain. Les deux pays partagent une même conviction, transmise de génération en génération : aucun peuple ne peut construire son avenir sans liberté, sans mémoire et sans souveraineté.
Pour rappel, du 30 novembre au 1er décembre 2025, Alger avait accueilli la Conférence internationale sur les crimes coloniaux en Afrique.
Dans la Déclaration d’Alger, entérinée par l’Union africaine en février 2026 et adoptée lors de cette conférence, les participants avaient officiellement appelé à l’institution d’une Journée africaine d’hommage aux victimes de la traite transatlantique, du colonialisme et de l’apartheid.
Seini Seydou Zakaria (ONEP)
