Mme Moussa Zeinabou Seyni, DG
Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de vos missions en tant que Directrice Générale de l’ARCEP Niger ?
Je vous remercie beaucoup de me donner l’occasion de m’exprimer à travers votre journal pour relater mon parcours professionnel et les missions de l’ARCEP, l’institution que le Président du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie m’a fait l’insigne honneur de diriger, depuis ma prestation de serment le 25 février 2026.
Pour ce qui est de mon parcours académique, je suis titulaire d’un diplôme de niveau 3 de l’ENAM option Finances et Trésor.
Avant l’ARCEP, j’avais évolué dans l’Administration Publique, au Ministère des Finances. Au moment de ma nomination à la tête de l’ARCEP, j’occupais les fonctions d’Agent Comptable Chargé des Dépôts.
Auparavant, j’avais exercé en qualité de comptable publique et occupé plusieurs postes de responsabilité notamment :
- Chef de service des recettes fiscales à la Direction Générale du Trésor et de la Comptabilité Publique
- Chef de service Centralisation Comptable
- Conseillère Technique au Département des Affaires Economiques et Financières à la Présidence du Conseil Supreme pour la restauration de la Démocratie
- Contrôleur des marchés publics et des engagements financiers de l’INRAN, l’ONAHA, l’IPDR de Kollo, le Ministère de la Jeunesse
- Fondé de pouvoirs à l’Agence Comptable chargée des dépôts et de l’ACCT
- Intérim de l’ACCD et après Agent Comptable chargé des dépôts.
Ces différentes fonctions m’ont permis de développer une culture de rigueur, de transparence et de responsabilité dans la gestion des affaires publiques.
En ce qui concerne les missions assignées à notre institution, il faut noter que celles-ci sont édictées par la loi n° 2018-47 du 12 juillet 2018 modifiée et complétée par l’ordonnance 2024-02 du 8 février 2024. Il s’agit notamment de :
– Veiller à l’application stricte des textes législatifs et règlementaires,
– Veiller à la protection des intérêts de l’Etat, des utilisateurs et des opérateurs,
– Promouvoir le développement des secteurs régulés,
– Collecter les ressources financières de l’Etat.
Comme vous le constatez, l’ARCEP apparait comme une institution quasi juridictionnelle et en tant que Directrice Générale de l’ARCEP, ma mission est de veiller à une régulation efficace des secteurs des communications électroniques et de la poste. Cela passe notamment par la promotion d’une concurrence saine entre les opérateurs, la protection des consommateurs et de l’Etat, l’amélioration de la qualité de service et l’accompagnement de la transformation numérique de notre pays.
Le secteur des télécommunications est au cœur de la souveraineté et de la sécurité. Comment votre institution contribue-t-elle à la défense de la patrie à travers la régulation ?
C’est une excellente question. Dans ce contexte, les télécommunications se doivent d’être au cœur de la souveraineté et de la sécurité. Le secteur des télécommunications constitue un levier essentiel de l’économie de notre pays. En effet, de par sa position géographique, le Niger accorde une importance particulière à ce secteur, qui assure la connectivité avec le reste du monde et offre de l’emploi à une frange importante de la jeunesse.
C’est donc tout à fait logique qu’à la faveur des évènements historiques du 26 juillet 2023, les plus hautes autorités de notre pays fassent des télécommunications, un tremplin stratégique de souveraineté et de sécurité nationale, en veillant à la transparence des tarifs et à une qualité de services acceptable.
S’agissant de la mobilisation des ressources, l’ARCEP figure parmi les premières structures partenaires du FSSP, à travers la collecte qu’elle effectue auprès des opérateurs des secteurs régulés pour le compte du fonds.
En outre, en veillant à une régulation efficace et en contribuant à une extension de la connectivité aux zones rurales, notre institution s’est dotée des moyens nécessaires pour protéger les citoyens, les institutions et assurer l’avenir numérique du pays.
A travers les engagements des opérateurs que l’ARCEP se doit de respecter, nous veillons à ce que les questions de souveraineté et de sécurité soient respectées par tous les acteurs.
Depuis votre prise de fonction, quelles avancées ou transformations majeures avez-vous impulsées au sein de l’ARCEP Niger ?
Comme je le disais tantôt, c’est le 26 février 2026 que j’ai prêté serment, soit un peu moins de 3 mois. Il n’est pas aisé de s’apprécier soi-même, mais reconnaissez quand même qu’en l’espace de trois mois, il parait prématuré de dresser un bilan.
Depuis ma prise de fonction, j’ai recentré les activités de l’ARCEP sur celles à fort impact de régulation, en conformité avec les attentes des acteurs cités plus haut à savoir l’Etat, les consommateurs et les opérateurs.
Ainsi, j’ai orienté mes efforts sur le recouvrement pour le compte de l’Etat. Des performances appréciables sont en train d’être enregistrées avec un taux de recouvrement de 45,9 % à fin avril 2026 contre 45,6 % pour l’année 2025
En ce qui concerne la protection des consommateurs, l’ARCEP a renforcé les contrôles de la qualité de service offerte par les opérateurs, particulièrement au niveau de la ville de Niamey dans un premier temps, puis dans tout le pays.
Fort des équipements de dernière génération que nous avons acquis et dont les derniers paramétrages sont en cours d’achèvement, les contrôles s’effectuent de façon continue, pour le bien être des utilisateurs nigériens.
L’ARCEP travaille avec les opérateurs en toute transparence et de manière non discriminatoire.
Dans le cadre de la Journée Nationale de la femme nigérienne du 13 mai, pouvez-vous nous dire quelle place occupent les femmes au sein de l’ARCEP ? Sont-elles suffisamment représentées dans les postes techniques et décisionnels ?
Je dois d’abord rappeler que le 13 mai commémore la marche des femmes nigériennes en 1991, ce qui a conduit à leur intégration dans la Conférence nationale souveraine. Depuis 1992, cette journée est inscrite au calendrier national comme un repère annuel pour mesurer les avancées en matière de droits et de participation des femmes dans le développement de notre pays.
En termes de ressources humaines, la composante féminine représente 21%, de l’effectif de l’ARCEP dont plus de la moitié est constituée de cadres supérieurs. Il faut relever que deux dames occupent des postes de directrice.
En outre, notre institution dénombre une majorité de jeunes femmes techniciennes et Ingénieurs. Il faudrait se féliciter du fait que ces jeunes dames pourront accomplir une longue carrière professionnelle à la régulation. Du reste, il faut souligner que la structure est dirigée par une femme.
C’est donc le lieu d’affirmer que la journée du 13 mai occupe une place de choix à l’ARCEP.
Selon vous, comment les femmes peuvent-elles se mobiliser davantage notamment à travers le numérique et les télécommunications, pour contribuer à la défense et à la résilience nationale ?
Depuis le 26 juillet 2023, toutes les franges de la population nigérienne se sont mobilisées pour apporter leur soutien indéfectible aux nouvelles autorités dans le cadre de la souveraineté et du développement de la patrie. Les femmes occupent une place de choix dans la lutte pour l’émancipation de nos populations.
Cependant, quelque que soit la couche de la population nigérienne, elle ne peut pas contribuer à la défense et à résilience nationale sans accès au numérique C’est à travers cet outil que l’on nous combat à travers les réseaux sociaux et les médias. Et donc, je pense que les femmes se doivent de se l’approprier pour participer à cette défense. Le taux de numérique est faible dans nos pays particulièrement pour les femmes.
En termes de développement du numérique, les femmes, particulièrement celles de l’ARCEP participent de façon continue à la surveillance des secteurs régulés, garantissant la transparence et la lutte contre la fraude. A ce titre, elles jouent un rôle crucial pour assurer la sécurité des communications, un enjeu majeur dans un contexte régional marqué par l’insécurité.
Le 13 mai, Journée nationale de la femme nigérienne, est l’occasion de célébrer leurs parcours, de renforcer leur visibilité et de rappeler que l’avenir numérique du Niger ne peut se construire sans elles
Votre engagement en tant que femme à un poste de responsabilité inspire beaucoup. Qu’est-ce qui nourrit cette passion pour le leadership féminin et l’inclusion dans un secteur encore largement masculin ?
Nous devons toujours garder en mémoire l’engagement des pionnières, celles qui, ont « battu le pavé », en 1991. Certaines sont aujourd’hui encore, malgré le poids de l’âge et des responsabilités, très actives, en cette ère décisive de la vie de notre nation.
Cet engagement traduit, s’il en est besoin, la volonté de promouvoir l’égalité et de donner aux femmes une place centrale dans les instances de décision.
Cela, le CNSP et le Gouvernement l’ont manifesté à travers les nominations de nombreuses femmes à des postes stratégiques et hautement techniques, comme l’ARCEP. Et, vous conviendrez avec moi que lorsque les autorités politiques vous confient une mission d’envergure, vous vous devez de réussir, pour accompagner le Niger vers une souveraineté numérique.
Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes filles nigériennes qui aspirent à faire carrière dans les domaines technologiques et stratégiques ?
Les groupements féminins sont très actifs dans la lutte pour la souveraineté de notre pays. Mais, il faut relever qu’au plan mondial, les femmes sont sous représentées dans le domaine du numérique, seulement 24 %. Je ne peux donc que soutenir mes sœurs nigériennes à s’investir davantage dans ces métiers du numérique qui dessine l’avenir de nos économies.
Aussi, les jeunes filles nigériennes et au-delà, celles de l’espace AES doivent s’impliquer davantage dans ces luttes. C’est à nous, leaders d’aujourd’hui de bien les encadrer pour qu’elles puissent assurer la relève.
Les jeunes filles nigériennes doivent saisir les opportunités qu’offre l’élan de solidarité suscité par la lutte menée par toutes les franges de notre société pour l’affirmation de l’intégrité de notre pays, en s’investissant beaucoup plus dans les études et en prenant exemple sur leurs sœurs et mères d’aujourd’hui. L’affirmation de soi, n’est certes pas facile, mais tout se résume dans la détermination et l’envie de réussir.
Dans le cadre de la responsabilité sociale de notre institution, nous accompagnons certaines initiatives visant à renforcer les capacités de la jeune fille dans la culture de l’excellence lorsque que les moyens nous le permettent.
Enfin, quelles sont vos ambitions ou projets futurs pour renforcer le rôle de l’ARCEP dans le développement du pays.
Comme indiqué plus haut, je suis en train de recentrer les activités de l’ARCEP sur celles qui sont à fort potentiel de régulation. Mon ambition est que notre économie tire profit des activités de régulation. Il s’agit notamment de renforcer la digitalisation de l’ensemble des procédures de l’ARCEP (entrée sur le marché, facturation etc.) afin d’offrir de meilleures qualités de services aux utilisateurs et aux entreprises, pousser les opérateurs à l’innovation en veillant à une concurrence saine et loyale et à promouvoir le développement des infrastructures, gage de l’accès de tous aux services des communications électroniques.
Il s’agit pour moi de m’investir pleinement à l’atteinte des missions assignées à l’Institution que je dirige, notamment en ce qui concerne la garantie d’une bonne qualité de services aux abonnés, d’une large desserte du pays et d’une tarification transparente.
Je saisis l’opportunité que vous m’offrez pour rassurer les consommateurs nigériens de l’engagement de l’ARCEP à œuvrer pour une régulation dynamique, visant à l’amélioration des prestations des opérateurs des secteurs régulés et à la protection des intérêts de toutes les parties.
A l’endroit de mes sœurs qui évoluent en milieu rural, nous œuvrons en permanence pour une réduction sensible de la fracture numérique afin de leur assurer ainsi une véritable autonomie financière.
Je souhaite à tous, une bonne fête de la femme nigérienne.
Propos recueillis par Aminatou Seydou Harouna (ONEP)
