La mobilisation des femmes dans la société est un enjeu majeur dans la vie socio-économique, culturelle et politique. Aujourd’hui, la promotion de la femme inclut des combats pour l’égalité, la lutte contre les violences basées sur le genre et la représentation politique. Ainsi, on remarque la présence des femmes dans plusieurs domaines, notamment dans le secteur artistique, plus précisément le slam, où des artistes féminines utilisent cet art pour s’exprimer, instruire, informer et former, tout en s’engageant dans une dynamique de mobilisation et de promotion des valeurs sociétales positives.
Le slam n’est pas seulement un art réservé aux hommes. De nombreuses jeunes filles s’en servent pour promouvoir les valeurs féminines, mais aussi pour démontrer l’engagement des femmes dans la construction d’un édifice social fondé sur la solidarité, la paix, la cohésion sociale et l’amour du travail au service du développement des communautés. Les jeunes « slameuses » nigériennes ont cette capacité d’utiliser cet art comme une véritable libération de la parole, offrant une tribune pour dénoncer les injustices, les incivilités et les maux sociaux, tout en encourageant une prise de conscience collective.

« J’ai choisi le slam parce que c’est une parole directe, accessible, sans filtre. Il m’a offert la possibilité de porter la voix des femmes, de parler de leurs réalités, de leurs luttes, mais aussi de leur force. Dans un contexte comme celui du Niger où certaines thématiques restent sensibles, le slam devient un outil puissant pour questionner, sensibiliser et faire réfléchir », explique Nouratou Oumarou Hega, artiste slameuse nigérienne qui a débuté en 2015. Elle a participé à plusieurs spectacles et festivals nationaux et internationaux et a sorti un album intitulé Debbo’sland en 2024. Elle a également été récompensée comme meilleur clip en 2022 et meilleure performance artistique en 2023.
Cette réalité montre l’importance que les femmes artistes nigériennes accordent à ce moyen d’expression pour promouvoir les valeurs socio-culturelles et porter l’engagement des femmes dans une dynamique de mobilisation générale. À travers le slam, elles abordent des thématiques qui touchent particulièrement les jeunes, notamment la promotion de la paix. Elles contribuent à renforcer le rôle des jeunes en tant qu’acteurs de paix, de résilience et de cohésion sociale, surtout dans les zones affectées par des problèmes sécuritaires. Les artistes sont de véritables artisans de la paix. Leur rôle est essentiel dans la promotion de la coexistence pacifique, d’autant plus que le Niger dispose d’un élément culturel important, le cousinage à plaisanterie. Cet élément fédérateur est souvent utilisé pour faire passer des messages d’éveil civique, d’éducation citoyenne et de promotion de la paix.
Pour Nouratou, la paix est une condition préalable au développement d’une nation. Elle estime que la paix est l’affaire de tous, hommes, femmes, jeunes, travailleurs ou non, forces de défense et de sécurité, artistes et journalistes. Malheureusement, cette paix est aujourd’hui menacée. Et c’est ensemble que la société peut la préserver. Selon elle, les femmes ne sont pas seulement des victimes, mais aussi des actrices du changement. À travers leurs initiatives, leur engagement et leur résilience, elles contribuent chaque jour à maintenir la cohésion sociale et à faire avancer les droits. « Dans nos initiatives, nous prônons la paix, le dialogue et surtout l’implication des femmes. Elles sont des vectrices de paix malgré leur sous-représentation dans les processus de paix. Lorsqu’elles s’impliquent, elles sont souvent de grandes artisanes de la paix », affirme-t-elle.
« Mon engagement se traduit par plusieurs actions concrètes, l’organisation et la participation à des ateliers d’écriture et d’expression pour les jeunes, notamment les filles, des performances engagées lors d’événements communautaires et humanitaires, des collaborations avec des organisations pour sensibiliser sur la cohésion sociale, la non-violence et les droits des femmes, ainsi que l’utilisation des réseaux sociaux pour diffuser des messages de paix, de tolérance et de vivre-ensemble », confie la jeune slameuse.
Pour Mme Amadou Hassane Nawal, slameuse et étudiante en master en communication de crise à l’ESSCOM, lauréate du 3e prix de la catégorie slam lors de l’édition 2026 du « 72h de l’étudiant en communication et journalisme » à Ouagadougou, le slam féminin au Niger va bien au-delà d’un simple engagement social. Il s’agit aussi d’un outil d’éducation et de sensibilisation.
Dans un contexte où les femmes slameuses sont de plus en plus nombreuses, elles s’imposent avec talent. Elles captivent le public par leur présence scénique et leur capacité à transmettre des messages forts. « Aujourd’hui, le slam dépasse les genres, et elles en sont une preuve », souligne-t-elle, en insistant sur le rôle essentiel des femmes dans ce combat. « En tant que femmes, elles portent la voix d’autres femmes et participent activement à leur valorisation. Elles contribuent à sensibiliser la société sur l’importance de l’intégration des femmes dans la prise de décision. Peu à peu, les mentalités évoluent, et on comprend que la mise en avant des femmes est indispensable au développement socio-économique du pays », ajoute-t-elle.

Selon Mme Nawal, le slam féminin est aujourd’hui en pleine évolution, porté par des jeunes femmes engagées. Elles ont compris que le combat des femmes commence aussi par elles-mêmes. À travers leurs textes, elles sensibilisent, interpellent et touchent un large public.
« Les femmes slameuses abordent des thématiques fortes et éveillent les consciences, notamment auprès des décideurs, afin de donner aux femmes la place qu’elles méritent dans le développement du Niger, surtout en cette période où le pays a besoin de tous ses fils et filles », rappelle-t-elle.
Cependant, malgré cet engouement, les femmes slameuses font face à plusieurs défis. Bien qu’elles disposent d’outils puissants pour transmettre leurs messages, leur efficacité reste liée à l’existence de soutiens et d’accompagnements. La journée du 13 mai représente pour les femmes une occasion de réflexion sur leur situation. Elles aspirent à une société où la femme est en paix avec elle-même, où elle peut s’exprimer sans crainte, et où ses droits sont respectés et ses voix entendues.
Selon Nouratou, être une femme slameuse au Niger, c’est relever de nombreux défis. Il y a d’abord les stéréotypes liés à la place de la femme dans l’espace public et artistique. Prendre la parole et s’exposer peut parfois être mal perçu. À cela s’ajoutent le manque de structures de soutien dans le milieu artistique, l’accès limité aux opportunités, ainsi que des défis personnels.
Par Aissa Abdoulaye Alfary et Aichatou Moumouni (Stagiaire)
