A quelques jours de la fête de Tabaski, l’attention des chefs de famille est focalisée sur le précieux animal de sacrifice. Une véritable torture morale pour les chefs des ménages à revenus modestes. L’enthousiasme et l’attente impatiente des enfants, avec souvent des épouses peu compréhensives, ajoutent à cette atmosphère stressante. Lorsqu’on y ajoute les autres accessoires de la fête comme l’habillement des enfants et de leurs mères, l’on comprend aisément que les pères de familles ne sont pas au bout de leurs peines.
Il faut souligner que, dans le souci d’assurer l’approvisionnement régulier des marchés et la disponibilité des animaux, l’Etat a, depuis bientôt deux ans pris la décision d’interdire l’exportation du bétail, sauf sous certaines conditions bien encadrées. Une mesure qui n’est pas du goût de certains acteurs de la filière bétail, notamment les intermédiaires et les commerçants qui disent enregistrer un manque à gagner important sur leurs chiffres d’affaires.
Un tour dans les différents marchés du pays permet de constater que la disponibilité y est. Les animaux de bon embonpoint sont là. Mais, les prix sont presque prohibitifs. En effet, aujourd’hui, un mouton de Tabaski qui répond aux prescriptions islamiques en la matière ne coûte pas moins de 100 000 FCFA, soit deux fois et demi le SMIG.
Une situation incompréhensible dans un pays d’élevage qui approvisionnait même d’autres pays de la sous-région. Aussi, la saison d’hivernage passée n’a pas enregistré de déficit fourrager structurant. La seule explication que tentent de donner certains acteurs est la hausse des prix des aliments bétail. Difficile à avaler pour les consommateurs, mais ils n’ont pas le choix.
En fait, on a comme l’impression que certains acteurs de la filière bétail se sont presque entendus pour se venger de la décision du gouvernement sur les consommateurs.
Toujours dans le souci de permettre aux ménages de fêter dans des bonnes conditions, le gouvernement a commencé à payer les salaires par anticipation. Une mesure certes sociale, mais qui va aussi apporter de l’eau au moulin des spéculateurs en raison de la forte demande qui s’en suivra. Malheureusement, c’est la loi du marché.
Ce qu’il faut regretter dans cette situation, c’est que les éleveurs ne sont pas les bénéficiaires directs de cette surenchère. En effet, ce sont les intermédiaires qui écument les villages et hameaux pour collecter l’essentiel du bétail qu’ils acheminent dans les différents marchés pour ensuite imposer leurs prix.
C’est pourquoi, un consensus doit être cherché par les différents acteurs pour le bien de la filière elle-même et surtout pour les éleveurs et les consommateurs.
Siradji Sanda (ONEP)
