Après ses déboires au Sahel, la France tente par tous les moyens de reprendre place en Afrique. Avant 2021, l’on a coutume des fameux sommets France-Afrique où le Chef de l’Etat français convoque les Chefs d’Etat africains en France ou dans l’un des pays africains généralement francophones. Mais, face l’émergence d’une jeunesse africaine totalement décomplexée et critique vis-à-vis de ce format de rencontre qui rabaisse les Chefs d’Etat africains, Macron, sentant le vent tourner et constatant la perte de crédibilité des Chefs d’Etat qui répondent à ses convocations, a changé de fusil d’épaule.
Ainsi, en 2021, en lieu et place des Chefs d’Etat, le président français convoqua des jeunes africains à un sommet. Là encore, échec et mat. Les jeunes africains invités à ce sommet ne lui ont pas fait de cadeau. Ils lui ont craché des vérités, qu’il n’aurait certainement jamais entendues des Chefs d’Etat africains, sur la politique africaine de la France et la perception qu’ont les jeunes des relations franco-africaines. Et, depuis lors, les choses ne se sont pas arrangées pour Macron avec notamment l’expulsion des troupes françaises du Sahel notamment du Mali, du Burkina Faso et du Niger. De nouveaux partenaires plus crédibles, plus honnêtes comme la Russie, la Chine, la Türkiye, l’Inde, l’Iran l’ont remplacée. A cela, il faut ajouter le dégoût de plus en plus grandissant que suscite la politique française en Afrique y compris dans les pays où la France tente de maintenir son influence à travers des Chefs d’Etat qui lui sont totalement assujéttis.
C’est alors que Macron s’est tourné vers les pays anglophones et les influenceurs africains pour l’aider à redorer le blason de la France en Afrique. On a vu beaucoup de ces influenceurs invités à l’Elysée pour recevoir les instructions et ‘’leur feuille de route’’. Ces mêmes influenceurs ont été invités au fameux sommet ‘’Africa Forwards’’ tenu à Nairobi au Kenya le 11 et 12 mai 2026. Mais, ce pari de Paris est loin d’être un ticket gagnant. En effet, que peuvent faire des influenceurs face à l’évidence et à des faits corroborés et établis par l’histoire?
Quand on a une triste réputation, un passé et une histoire chargés négativement, il est difficile voire impossible de se faire peau neuve en Afrique. Et, autant le dire clairement, la France a une mauvaise réputation en Afrique. L’histoire est là pour le rappeler. Outre le fait colonial, on peut rappeler le pillage systématique et programmé des ressources de nos pays à travers les multinationales françaises comme Bollore, Elf, Total, Areva, Orano, Veolia, des partenariats déséquilibrés ; l’assassinat de Thomas Sankara,du Guide libyen et de bien d’autres leaders nationalistes et panafricains ; la guerre d’Algérie et ses millions de morts ; le génocide au Rwanda ; les coups d’Etat et autres rebellions suscités, le terrorisme actuel au Sahel, sans oublier les massacres de population lors de la conquête coloniale.
Ce n’est pas quelques millions d’euros d’investissement, des éléments de langage ou les balivernes que véhiculeront quelques influenceurs marginaux et inconscients qui permettront de cicatriser les plaies béantes, ni même d’effacer les cicatrices de plusieurs décennies de condescendance, d’ingérence, de pillage et de perfidie ayant caractérisé la politique africaine de la France. Les peuples ont une mémoire, la jeunesse africaine actuelle a tout compris. L’avenir de l’Afrique n’est pas nécessairement lié à la France, même si le contraire est une évidence. Macron peut se tourner vers les pays anglophones et les influenceurs, cela ne changera en rien l’image tenue de la France en Afrique. Il évoluera d’échec en échec jusqu’à l’effondrement total de la France.
Siradji Sanda (ONEP)
