Des femmes s’activant lors d’une foire pour présenter des produits céréaliers locaux transformés
De nos jours, la transformation agro-alimentaire des céréales locales est devenue une activité très répandue chez les femmes. De plus en plus de Nigériennes profitent désormais des foires organisées à travers le pays pour présenter leurs savoir-faire et les innovations qu’elles ont apportées dans la transformation des céréales en divers produits précuits ou non, comme le couscous, la farine, le dégué, du toukoudi et même le spaghetti et le biscuit de niébé.
Mme Maman Sani Mariam, présidente du groupement Gaskia, est une transformatrice de produits céréaliers avec plus de 10 ans. Elle transforme le haricot, très apprécié au Niger, en farine de danwaké et de beignet. Le danwaké, un de ses produits phares, se fait à partir du haricot, du manioc, du natron et des feuilles de baobab, explique-t-elle. « Pour obtenir ce mélange très riche en vitamines, on amène ça au moulin. Ensuite, on le met dans les plastiques qu’on revend à 1 000FCFA l’unité sur le marché », a-t-elle indiqué.
S’agissant du beignet et du Toubani, la transformatrice indique qu’il faut d’abord bien laver le haricot pour lui enlever la pellicule et le faire sécher. « Une fois séché, tu l’apportes au moulin pour obtenir de la farine. Tu viens le mettre dans un sachet de plastique et le sceller. Et tout ce que je te raconte est irréalisable sans la propreté. … Le sachet que nous vendons, c’est à 1 000 FCFA et pour ceux qui achètent en gros, nous les vendons à 900 FCFA », a-t-elle fait savoir. Ce travail, bien qu’il soit pénible, est une fierté pour Mariam. « Depuis que j’étais enfant, ma mère faisait ce travail. Nous remercions Dieu pour ça. Maintenant les gens nous appellent même pour leur achat. On expédie partout au Niger », a-t-elle affirmé.
La plus grande difficulté, selon cette transformatrice, est le manque de moyens adéquat pour le stockage de leurs produits. « Vous savez que le haricot, si ce n’est pas sa saison, il devient cher. On a commencé avec de mesures, maintenant nous achetons des sacs. Si aujourd’hui tu achètes un sac à 30 000 FCFA, tu retournes demain, on te dit 40 000 FCFA et tu retournes encore, on te dit 50 000 FCFA. Et quand tu réduis dans la mesure, les gens vont voir que tu es devenu cher », a- t-elle indiqué.

Mme Khadîdja Salé, directrice de l’entreprise Mangou production, transforme quant à elle le niébé, la variété locale de haricot, en spaghetti et biscuit. « J’ai décidé d’innover parce que je suis maouri et tout le monde sait comment nous apprécions le niébé. C’est même la raison du nom Mangou pour mon entreprise », a-t-elle dit. Cette transformatrice appelle la population à s’intéresser aux produits locaux transformés pour soutenir les transformatrices, mais aussi pour bénéficier des bienfaits des produits locaux sur la santé.
Le maïs et le riz au cœur de l’innovation
Le maïs est un aliment très consommé par la population. Elle est transformée avec soin par les femmes pour nourrir les familles et dynamiser l’économie locale. Ramatou Abdou, promotrice de Rama Agro, est l’une de ces femmes actives qui transforment le maïs depuis 27 ans de cela. « Du couscous de maïs, du pop-corn, des biscuits jusqu’à la farine de maïs, il n’y’a pas quelque chose que je ne peux pas réaliser avec le maïs. Pour vous dire, je peux même faire du jus de maltina à base de maïs », a-t-elle précisé avec fierté. Elle a mentionné qu’elles offrent aussi des séances de formation aux jeunes et aux femmes voulant s’intégrer dans ces genres d’activités. « Nous sommes fiers de transmettre notre savoir-faire à ces jeunes que nous considérons comme nos enfants et à ces femmes indépendantes. Elles progressent et évoluent avec le temps », a-t-elle exprimé avec émotion.
Ramatou Abdou a souligné qu’elle utilise le maïs local pour la production de leur produit, mais que le pop-corn est fait à base du maïs importé. Selon elle, les prix de leurs produits varient en fonction de la quantité demandée. « Je fais des sacs de 5kg, 20 kg et plus. Le sac de 15kg était vendu à 22 500fcfa au moment de la cherté du maïs, mais maintenant que c’est moins cher c’est le sac de 20kg qui est vendu seulement à 13 000, le 10 kg à 6 500 et le 5kg à 4 000 », a-t-elle dit.

Toutefois, Mme Ramatou déplore le manque de soutien pour les personnes âgées, comme elle. « Nous sommes en manque de matériel nécessaire pour la transformation de nos produits et aussi des emballages afin d’avoir des produits encore plus présentables », a-t-elle annoncé.
Dans le même élan, Madame Ibrahim Azima, promotrice de l’entreprise INES, fait savoir qu’elle fait partie des pionnières de la transformation des céréales. Elle explique qu’avec le riz, l’entreprise produit du couscous précuit préparé de manière traditionnelle puis séché et conditionné dans des emballages. Pour l’utiliser, évoque-t-elle, il suffit d’y ajouter de l’eau chaude et de laisser reposer juste cinq minutes. Son groupe fabrique également de la farine de galette de riz déjà prête. « Pour la préparation, il suffit de la mélanger avec de l’eau et d’attendre cinq, voire huit minutes, puis la cuire pour obtenir de la bonne galette », a-t-elle notifié. Ces produits sont proposés à des prix allant de 1 000 à 2 000 francs CFA selon la matière première et la quantité voulue par le client.
Pour assurer une bonne santé aux clients, elle annonce que son entreprise propose également des farines adaptées pour les personnes qui souffrent de diabète. L’objectif principal de cette transformation, exprime M. Ibrahim Azima, est de faciliter la vie des femmes et des personnes actives, notamment celles qui travaillent au bureau et disposent de peu de temps pour cuisiner. « Les céréales locales demandent souvent beaucoup de nettoyage et de préparation, car elles contiennent du sable ou des impuretés. Grâce aux produits précuits et prêts à l’emploi, le repas est prêt sans avoir besoin de longues préparations ou de cuisson prolongée », a-t-elle développé. Depuis sa création, poursuit-elle, l’entreprise progresse grâce au soutien de la diaspora nigérienne.
En outre, Madame Ibrahim Azima lance un appel aux citoyens à consommer local et à soutenir les productrices nationales. Elle souligne que tous ses produits sont bios et issus de céréales cultivées au Niger. Selon elle, soutenir ces initiatives locales contribue non seulement à la valorisation des produits du terroir, mais aussi au développement de l’ensemble de la chaîne de production et de transformation agro-alimentaire au Niger.
Le mil, un aliment aux multiples dérivés
Madame Khadîdja Amadou, une transformatrice agroalimentaire passionnée, a fait du mil le cœur de son activité, fabriquant des produits locaux innovants et savoureux. « On fait des grumeaux, de la farine pour la bouillie et le couscous de mil appelé bassi. Tous ces produits se font à base du mil cultivé ici dans notre pays. Son travail est très pénible car, pour le faire, on doit toujours arranger bien le mil pour lui enlever toute impureté. Mais, vu que nous travaillons en groupement, cela renforce la solidarité et l’entraide », a-t-elle dit. Dans le futur, l’objectif de cette jeune dame est de faire prospérer le Niger à travers les produits locaux. « Cela n’est possible qu’avec le travail », a-t-elle conclu.
Mme Inoussa, une cliente rencontrée à la dernière foire 100% Made in Niger, explique qu’elle adore les produits 100% nigériens. Elle affirme cibler la tenue des foires pour se ravitailler en produits locaux précuits. « Avec ces produits, tu ne te fatigues pas dans la cuisine : tout est immédiat », a-t-elle confié avec un léger sourire.
Salima H.Mounkaila (ONEP)
