Dr Mato Roufaye Sanoussi
Souvent considérées comme un sujet tabou, les hémorroïdes touchent pourtant de nombreuses personnes. Douleurs, saignements ou gêne au moment d’aller à la selle sont autant de signes qui peuvent révéler cette affection. Entre explications médicales et perceptions traditionnelles.
« Les hémorroïdes sont des formations vasculaires normales situées au niveau de la marge anale et du canal anal », explique Dr Sanoussi, médecin généraliste et secrétaire général de l’Association vigilance Santé du Niger. La maladie hémorroïdaire apparaît lorsque ces vaisseaux se dilatent, c’est-à-dire qu’ils gonflent de manière anormale.
Dans les langues locales, cette affection est connue sous différentes appellations. En Haousa, elle est appelée « Cutar Zafi », tandis qu’en zarma, on parle de « Waïno dori ». Selon les spécialistes de la médecine moderne, il existe deux types d’hémorroïdes. Les hémorroïdes externes apparaissent à l’extérieur de l’anale, tandis que les hémorroïdes internes se développent à l’intérieur du rectum, la dernière partie de l’intestin avant l’anale.
« Plusieurs facteurs peuvent favoriser l’apparition de la maladie », précise Dr Sanoussi. Parmi les plus fréquents figurent les troubles digestifs, notamment la constipation ou la diarrhée. L’alternance entre ces deux situations, ajoute-t-il, peut également favoriser leur apparition. On note également une alimentation épicée ou encore l’excès ponctuel des boissons alcoolisées.
La grossesse constitue aussi un facteur de risque important, en particulier au troisième trimestre et après l’accouchement. À cela s’ajoutent d’autres facteurs comme la consommation d’alcool ou une alimentation pauvre en fibres, c’est-à-dire un manque d’aliments comme les fruits, les légumes ou les céréales complètes qui facilitent le transit intestinal.
Des signes à ne pas négliger
La maladie hémorroïdaire peut se manifester de différentes manières. « Les principaux signes sont les douleurs, les saignements au moment d’aller à la selle et parfois le prolapsus », indique Dr Sanoussi.
Les saignements, appelés médicalement rectorragies, correspondent à l’écoulement de sang par l’anus pendant ou après la défécation. Le prolapsus, quant à lui, se produit lorsque les hémorroïdes sortent ou apparaissent à l’extérieur de l’anale. Face à ces symptômes, les spécialistes recommandent de consulter un professionnel de santé afin d’éviter l’aggravation de la maladie.
La prise en charge dépend généralement du niveau de gravité de la maladie. Selon Dr Sanoussi, le traitement peut inclure des antalgiques, c’est-à-dire des médicaments pour soulager la douleur, ainsi que des anti-inflammatoires destinés à réduire l’inflammation. D’autres médicaments peuvent également être prescrits, notamment des laxatifs pour faciliter l’évacuation des selles et des traitements locaux, comme des crèmes, pommades ou suppositoires appliqués directement sur la zone concernée.
Dans certains cas, des veinotoniques, des médicaments qui renforcent les veines et améliorent la circulation sanguine, peuvent être utilisés pendant une courte durée pour soulager les éventuelles douleurs, le traitement instrumental, etc. Pour les formes plus avancées, les médecins peuvent recourir à des techniques médicales spécifiques, voire à une intervention chirurgicale.
Entre médecine moderne et pratiques traditionnelles
Au Niger, comme dans plusieurs pays africains, de plus en plus de personnes se tournent vers des traitements traditionnels pour soulager les symptômes des hémorroïdes. Dans les marchés ou les quartiers, des vendeurs proposent différentes plantes ou préparations présentées comme des remèdes contre la maladie.
Pour ces praticiens, la compréhension de l’hémorroïdes ne se limite pas toujours à la définition donnée par la médecine moderne. Selon M. Ayouba Soumana, un tradipraticien, dans la culture populaire la maladie est parfois considérée comme une affection présente à différents degrés chez la plupart des personnes. « Dans la culture, certains disent même que si quelqu’un n’a pas au moins un peu d’hémorroïdes, il ne peut pas enfanter », explique-t-il. Cette perception conduit certaines les gens à penser que l’on peut naître avec cette maladie, ou qu’elle fait partie du fonctionnement normal du corps.

Selon le jeune prestataire, plusieurs signes sont souvent associés aux hémorroïdes dans la compréhension populaire. Il s’agit notamment des difficultés lors de la miction, le changement de couleur de l’urine, le manque d’appétit dans certains cas, les douleurs au dos ou aux genoux, la fatigue générale, la mauvaise haleine ou la difficulté à rester assis longtemps.
D’après lui, lorsque ces signes apparaissent et qu’ils ne sont pas traités, la maladie peut évoluer vers un stade avancé communément appelé « cutar zafi ». A ce niveau, la partie anale peut prendre du volume et devenir douloureux, notamment au moment d’aller aux toilettes ; des gouttes de sang peuvent également apparaitre lors de la défécation. Selon cette interprétation, ce stade avancé peut conduire certains patients à se rendre à l’hôpital pour subir une intervention chirurgicale. Toutefois, assure le tradipraticien, les praticiens traditionnels proposent également des méthodes de traitement pour soulager ces formes jugées plus graves.
M. Ayouba Soumana évoque également des liens entre l’hémorroïde avancée et d’autres troubles de santé qui dérangent beaucoup de personnes. « Dans la compréhension populaire, l’évolution de l’hémorroïde pourrait entrainer d’autres maladies comme l’ulcère ou provoquer un jaunissement des yeux », explique-t-il.
Yacouba Moumouni
(Stagiaire)
