Transformation artisanale de l’arachide par les femmes du groupement
Dans le village de Moussa Dey Béri relevant de la commune rurale de Sokorbé, l’union des groupements « Mai Bida Ba ya Rachi », qui veut littéralement dire : « celui qui cherche ne vit pas dans le dénuement », est une organisation composée de 11 groupements féminins du village. Elle compte au total 147 membres dirigés par Mme Salamatou Bouhari dite A’i-Gna. Ces femmes réunies pour les mêmes objectifs, la lutte contre la pauvreté et l’autonomie financière de la femme rurale, se distinguent par leur maitrise du processus de transformation des produits agricoles, notamment l’arachide en divers sous-produits, mais aussi et surtout par leur constance et la longévité de leur association.
Dans une ruelle de ce village situé sur le tronçon Loga-Sokorbé-Dosso, à côté d’un moulin à grain public, en ce jour du vendredi 27 mars 2026, nous faisons la rencontre de la présidente de l’union des groupements venue à notre recherche après un appel téléphonique pour le rendez-vous avec son équipe. Quelques pas plus loin, nous voyons trois jeunes femmes, sous un soleil chaud et un vent soufflant faiblement, s’employer à vanner l’arachide grillé pour la séparer de sa fine peau rougeâtre. Ces graines bien grillées dégagent un effluve aromatique donnant envie de faire une bonne bouchée. L’arachide que ces femmes travaillent appartient justement à l’union et était destinée à la transformation. A côté du moulin, se trouve la principale machine de traitement d’arachide. Contrairement à certaines organisations utilisant la force des bras, l’union possède une machine pour l’extraction d’huile. La pâte brute d’arachide y est introduite pour être malaxée suivant un processus méticuleux mais bien maitrisé.
Auparavant, cette union ne disposait pas de cette machine, tout se faisait manuellement en utilisant le mortier, les pilons, les marmites. Un travail fatiguant dit Mme Salamatou soulignant qu’à cœur vaillant rien n’est impossible. Patiemment, constamment, depuis plus de 20 ans, les femmes membres de l’UG « Mai Bida Ba ya Rachi » se sont données corps et âme dans leur activité et ont affiné leur savoir-faire dans la transformation d’arachide. Outre les sous-produits d’arachide traditionnellement connus à savoir l’huile, le tourteau et la pâte d’arachide, ces braves dames fabriquent des amuse-bouche croustillants à base d’arachide comme le toffee, le biscuit ou le nougat. Du point de vue de la gestion, elles se sont aussi bien organisées au point où l’union s’est dotée d’un fonds d’appui aux femmes pour les œuvres ou événements sociaux. L’union a créé une chaine de solidarité entre ses membres pour les appuyer en cas d’évènements sociaux et leur octroie également des crédits sans intérêts en cas de besoin.
Ces femmes ont également acquis une expérience en gestion et un système transparent de comptabilité. Mme Salamatou Bouhari se réjouit du fait que depuis plus de vingt ans, les femmes arrivent à prendre en charge beaucoup de dépenses liées à leurs familles grâce aux revenus générés par leur activité. Quid de leur modèle d’approvisionnement en matière première. La présidente de l’union, explique que d’abord, toutes les femmes membres du groupe sont des productrices d’arachide dans leurs champs respectifs. Leurs productions sont entièrement rachetées par l’union pour être transformées. Ensuite, elles achètent l’arachide dans les villages et marchés environnants et même à partir des pays voisins en cas de manque ou de hausse des prix de l’arachide locale. Ce qui fait que l’union dispose toujours d’un stock même pendant les périodes de soudure. Au cours de l’année, l’union transforme plus de 100 sacs d’arachides, produisant ainsi des centaines de litres d’huile, une importante quantité de pâtes d’arachide ainsi que des sacs de tourteaux.
Relativement à l’écoulement de leurs productions, Mme Salamatou se félicite que tout se passe bien car, toutes les femmes s’impliquent dans le processus de la vente. Certaines les vendent dans les marchés et villages environnants ou à la criée moyennant une petite rémunération. Même celles qui ne sont pas membres peuvent prendre à titre de prêt pour aller vendre et rembourser. Mais le plus gros de leur production est vendu à Niamey, Dosso ou certains grands centres urbains. Le litre d’huile est vendu à 1500F, tandis que le kilogramme de pâte d’arachide est cédé à 1250F. Tout au long de leur parcours, les femmes membres de l’union ont reçu beaucoup de formations notamment sur l’hygiène et l’entretien des machines. Du point de vue organisationnel, l’Union des Groupements « Mai Bida Ba ya Rachi » organise régulièrement les réunions hebdomadaires ainsi que l’assemblée générale statutaire, confirme Mme Salamatou dite A’I-Gna. Toutefois, la responsable de l’union souligne que la structure ne dispose pas d’un local propre, ni de magasin de stockage de leurs produits. A cela s’ajoutent le problème d’énergie car, n’ayant pas un dispositif solaire et l’insuffisance de machine de pressage d’huile.
Zabeirou Moussa (ONEP)
Envoyé Spécial
