Colonel-Major Bako Boubacar
Monsieur le directeur général, la saison pluvieuse est une période marquée depuis quelques années par des inondations dans différentes localités du pays. Pour cette année, quelles sont les prévisions établies et les mesures prises pour anticiper les conséquences qui pourraient en résulter ?
Les prévisions météorologiques et hydrologiques pour cette saison hivernale 2026 annoncent : une saison de pluie normale à tendance excédentaire sur la bande agropastorale ; un démarrage de saison normal à tardif sur l’ensemble de la bande agro-pastorale ; des séquences sèches (pauses pluviométriques) de durée longue à moyenne sur l’ensemble de la zone agricole ; des séquences sèches de durée longue à moyenne sur l’ensemble de la zone agricole ; une fin de saison précoce à normale dans la région de Dosso et le sud des régions de Tillabéri, Tahoua et Maradi ; une fin de saison normale à tardive sur le reste de la zone agricole.
Face à la récurrence des grandes inondations que l’on a pu observer ces dernières années, l’État a clairement choisi de se placer dans une logique d’anticipation et non de simple réaction. Concernant la prévention, on note : les travaux de renforcement des infrastructures de protection des populations dans les localités vulnérables, en collaboration avec nos partenaires, notamment dans le cadre du projet PIDUREM ; la conduite d’opération de sensibilisation par nos services déconcentrés afin d’attirer l’attention des populations exposées sur la nécessité de mettre en œuvre des mesures de prévention ; la diffusion de messages d’alerte par le Centre Opérationnel de Veille, d’Alerte et de Conduite de Crise qui prescrivent des consignes de sauvegarde et de sécurité contre les risques de pertes en vie humaine et en matériel ou biens notamment le cheptel.
S’agissant de la préparation, c’est-à-dire de la planification de la gestion des situations d’urgence, nous sommes en train de procéder, avec l’appui de nos partenaires à : l’élaboration ou la révision des plans d’organisation de secours (plans Orsec et plans communaux de sauvegarde) de plusieurs communes et départements du pays, en application de la loi 20217-06 du 31 mars 2017, déterminant les principes fondamentaux de l’organisation de la protection civile. Cela vise à doter nos communes et départements de capacités de gestion efficace et efficiente de la réponse d’urgence. Il y a également la mise en place des Centres de Coordination des Opérations des Régions (CCO) qui sont les démembrements régionaux du COVACC ; le renforcement des capacités du COVACC et du dispositif de veille, le suivi permanent des alertes météorologiques et hydrologiques, du pré positionnement de matériel et d’équipements de secours dans les zones à risque.
Quant à la réponse aux urgences, des activités de pré positionnement de kits de réponse sont en cours sous l’égide du Dispositif National de Prévention et de Gestion des Catastrophes et des Crises Alimentaires.
Quels sont les principaux risques auxquels sont exposées les populations et quels comportements doivent-elles adopter en cas de fortes pluies ou d’inondations ?
Les données de la dernière mission de renforcement des capacités des structures décentralisées du COVACC relèvent que les populations nigériennes sont surtout exposées à des risques d’inondations soudaines des koris causant l’isolement des villages et de pertes importantes de cheptel et de récolte, des maladies du bétail, de chaleur extrême, d’effondrement des habitations fragilisées, de noyades, de foudre, des crues et rupture de digues sur la Komadougou Yobé, des déplacements de populations, des inondations pluviales, des variabilités des pluies, des montées des eaux du Goulbi, une rupture de digues sur le fleuve Niger, une saturation des réseaux de drainage, la dégradation des terres ainsi que des poches de sécheresse.
Avant d’aborder les comportements à adopter par les populations en cas de fortes pluies ou d’inondations, il y’a lieu de signaler que nous avons deux profils de populations à risques. Les populations installées dans les zones connues inondables quel que soit le profil de la saison, et les populations à risque en cas de pluies exceptionnelles.
Pour ce qui est des populations installées dans les zones inondables, il faut savoir que, par le passé, dans certains quartiers de Niamey et ailleurs, celles-ci avaient été recensées et accompagnées par l’État pour quitter ces zones. Cependant, malgré l’accompagnement entrepris, ces populations sont revenues s’exposer aux risques d’inondation. Toujours est-il que nous avons le devoir de continuer à les sensibiliser pour qu’elles quittent définitivement ces zones à risque.
Maintenant, en cas de fortes pluies, les citoyens sont le premier rempart de sécurité par leur comportement. Nous élaborons des messages de sensibilisations au profit des autorités administratives, coutumières, ainsi que les communautés aux risques liés aux inondations et autres aléas climatiques. Nous les informons sur les zones à risque et sur les comportements à adopter en cas d’alerte à travers des consignes de sécurité. Ainsi nous les appelons avec force à : quitter sans tarder les zones inondables, les lits de koris (lits de cours d’eau asséchés) ; ne pas habiter ou se réfugier dans des maisons menaçant ruine ; renforcer la résistance des toitures et les murs exposés et mettre le bétail à l’abri ; ne jamais tenter de traverser à pied ou en voiture des cours d’eau en crue ; éviter de s’abriter sous les arbres ; maintenir les enfants loin des collecteurs d’eau et des zones de bas-fonds ; suivre strictement les bulletins de vigilance météo et les alertes ; se tenir à l’écoute des radios locales pour rester informé de l’évolution des prévisions météorologiques ; en cas de danger ou de situation d’urgence, composer sans délai et gratuitement le 18.
Quels sont les moyens matériel et humain mobilisés pour faire face aux urgences ?
La protection civile a pour objet la prévention des risques de toute nature, l’information et l’alerte des populations ainsi que la protection des personnes, des biens et de l’environnement contre les accidents, les sinistres et les catastrophes par la préparation et la mise en œuvre de mesures et de moyens appropriés. Elle concourt à la protection générale des populations, en lien avec la sécurité intérieure et avec la défense civile dans les conditions prévues par la législation en vigueur. En termes de moyens, la Direction Générale de la Protection Civile a mobilisé tous les services qui assurent la mission de protection conformément à la loi 2017-06 du 31 mars 2017 déterminant les principes fondamentaux de l’organisation de la protection civile. A cet effet, c’est en priorité les sapeurs-pompiers et les militaires des unités qui en sont investis à titre permanent. Ceux-ci sont sur pied 24 heures sur 24. Ensuite, concourent également à l’accomplissement des missions de protection civile les militaires des armées, de la Gendarmerie Nationale et la Garde Nationale du Niger, ainsi que les fonctionnaires de la Police Nationale, des Eaux et Forêts, de la Douane, et les agents de l’État, des collectivités territoriales et des établissements et organismes publics ou privés appelés à exercer des missions se rapportant à la protection des populations, et les membres des associations œuvrant dans le domaine de la protection civile. Sur l’aspect matériel, du matériel logistique de forte capacité est déployé dans les casernes régionales afin d’intervenir rapidement dès le déclenchement d’une crise. Les moyens matériels de secours : véhicules d’intervention et de secours, ambulances camions-citernes, vedettes ou pirogues pour les zones inondées, véhicules tout terrain et motos pour les zones difficiles d’accès. Pour les moyens médicaux, il s’agit de kits de premiers secours, médicaments d’urgence, tentes médicales, brancards et défibrillateurs. Concernant les moyens de communications, il y a la radio, les téléphones mobiles et plateformes de diffusions d’alerte, le centre de veille et de coordination. Et des moyens logistiques : stocks alimentaires, eau potable et unités de traitement de l’eau, tentes, bâches, couvertures et kits d’abris, entrepôts de stockage, carburant et groupes électrogènes.
Comment fonctionne le Centre Opérationnel de Veille, d’Alerte et de Conduite des Crises (COVACC) et comment évaluez-vous actuellement la situation ?
Le Centre Opérationnel de Veille d’Alerte de Conduite de Crises (COVACC) est l’outil par excellence de la gestion opérationnelle et interministérielle des catastrophes au Niger (article 17 de la loi susmentionnée). En ce sens, il comprend les représentants d’une multitude des structures.
Aussi, tout comme le COVACC est à la disposition du ministre désigné pour la gestion d’une catastrophe au niveau central, au niveau déconcentré, ses démembrements que sont: les Centres de Coordination des Opérations des régions (CCOR), les Centres Opérationnels Départementaux (COD) et les Postes de Commandement Communaux ou Intercommunaux (PCC ou PCIC), sont respectivement à la disposition des gouverneurs, préfets et administrateurs délégués. Ces centres constituent les outils uniques, permanents et interministériels de la coordination et de la gestion opérationnelle des catastrophes de toute nature, respectivement aux niveaux central, régional, départemental et communal. S’agissant de l’appréciation de la situation actuelle, le COVACC l’évalue comme préoccupante mais sous contrôle. Nos équipes surveillent de près la montée des informations sur l’état de vigilance. Plusieurs alertes ciblées ont déjà été émises, notamment à destination des éleveurs pour préserver le bétail, des autorités locales, des agriculteurs, bref à destination de toutes les couches sociales. Ainsi, la campagne nationale de sensibilisation et d’alerte précoce, menée du 1er au 7 juillet 2026 par le COVACC avec l’appui du PAM, a permis de franchir une étape cruciale dans la préparation face aux risques d’inondations de la saison pluvieuse 2026. En déployant des missions participatives au sein de 24 communes vulnérables réparties à travers les huit régions du Niger, l’initiative a réussi à mobiliser et former efficacement 656 acteurs clés, incluant des cadres nationaux, des agents municipaux et des leaders d’opinion communautaires. Grâce à l’utilisation innovante de l’outil numérique KoboCollect, la mission a facilité une remontée de données précieuses en temps réel, confirmant une excellente assimilation par les populations de la tendance météorologique et du risque majeur d’inondation.
Y-a-t-il un mécanisme prévu pour l’évacuation des populations en cas de nécessité ?
Oui, un mécanisme d’évacuation d’urgence est parfaitement prévu. Dès le franchissement des seuils d’alerte critique, les autorités locales, en coordination avec la Direction Générale de la Protection Civile (DGPC), le COVACC, les forces de défense et de sécurité, les collectivités territoriales, peuvent déclencher une évacuation préventive ou d’urgence si nécessaire appuyée par les partenaires humanitaires. Les administrateurs délégués, les préfets et les gouverneurs choisissent au préalable des sites de recasement sécurisés (il s’agit généralement d’écoles, d’espaces publics viabilisés ou de camps temporaires). Les unités de la Protection Civile, soutenues par les forces de défense et de sécurité (FDS) et les autres services techniques, assurent le transport en toute sécurité des personnes vulnérables (enfants, femmes enceintes, personnes âgées) vers ces centres d’accueil où elles reçoivent une aide humanitaire d’urgence.
Propos recueillis par Bachir Djibo (ONEP)
