Certaines femmes justifient que le mariage est une question de temps
Au Niger, le célibat des femmes reste souvent soumis au regard de la famille et la société. Plus elles avancent en âge sans trouver de conjoint, plus certaines font face aux remarques, aux jugements et pressions de leur entourage. Entre normes socioculturelles, références religieuses et choix personnel, le mariage demeure ainsi une forte attente sociale.
Bien qu’il soit courant aujourd’hui de célébrer des cérémonies de mariage presque chaque jour, il existe encore des personnes, notamment les femmes ayant atteint un certain âge, qui peinent à trouver un mari. D’après Moustapha Ahmadou, un prédicateur, le mariage fait partie de nos valeurs culturelles, une union sacrée qui a pour but de fonder une famille. « Le célibat n’est pas un péché, ce n’est pas interdit tant que cela préserve la personne du péché, mais il est encouragé de se marier pour bien vivre et pour la sécurité de la femme. Il n’y a pas une femme, surtout de surcroit une femme musulmane, qui ne veut pas fonder un foyer. Donc, la critiquer sans fondement le plus souvent est une pression sociale à son égard », a-t-il expliqué.
Pour sa part, le sociologue et communicateur Alou Ayé affirme que le mariage est une exigence sociale au-delà de l’urgence pour la femme. « Si cette dernière atteint un certain âge avant de se marier, tous les regards accusateurs de la société se tournent vers elle, la société s’interroge sur ce qu’elle attend. Pendant des cérémonies de mariage ou de baptême, les parents commencent les questionnements et, quel que soit le rang qu’elle acquiert dans la vie sociale, elle n’est pas considérée », a-t-il dit.
Le sociologue et communicateur Alou Ayé souligne que la pression sociale est légitime parce que les sociétés musulmanes reposent sur un ensemble de valeurs qui structurent leurs traditions. Parmi ces traditions religieuses figure le mariage comme la voie légitime pour fonder une famille.
« Toujours on me fait des remarques sur mon célibat. Pourquoi je n’ai toujours pas fondé une famille lorsqu’un tel et une telle a déjà fondé la sienne avec des enfants ? Toi tu attends quoi pour emboîter le pas ? Cette question est le leitmotiv de mon quotidien. D’autres me disent que je suis en train de faire le tri des hommes, c’est pourquoi je n’arrive pas à trouver un conjoint », explique une jeune dame de 42 ans qui a préféré garder l’anonymat.
Selon Fati Issoufa, une jeune femme âgée de 32 ans qui peine à trouver un prétendant, dénonce la pression sociale qu’elle subit. « J’ai toujours été courtisée par les hommes, mais mes relations n’ont jamais abouti au mariage. Au fur et à mesure, des frustrations et critiques venant de la famille ont fait en sorte que je suis devenue agressive et distante », dit-elle. « Face à cette situation, je ressens une forte pression et un désespoir inexplicable. Souvent je me demande si je n’ai pas commis un péché à l’égard de mon Créateur », se demande la jeune trentenaire.
Pour sa part, Aichatou Oumarou, journaliste de formation et spécialiste en communication pour le développement, âgée de 27 ans, a indiqué qu’avoir un certain âge sans se marier demande beaucoup de patience et de courage. « Mis à part la pression de l’entourage et le regard de la société, chez certains, cela est perçu comme un échec de vie. Mon célibat ne me dérange nullement, c’est la volonté de Dieu. En partant du principe qu’on est dans un pays musulman, il faut savoir que le mariage, tout comme la maternité, est une question de temps et non de volonté humaine », explique-t-elle.
Djamilatou I. Sandagou
(ASCN)
