Face aux problèmes liés à l’approvisionnement en eau potable, les personnes disposant de moyens se tournent vers une autre alternative, celle de creuser des forages. Ils sont souvent réalisés sans respecter les normes environnementales et sanitaires exigées par les autorités et deviennent de ce fait des réalisations anarchiques. Les eaux issues de ces forages pourraient être contaminées par des bactéries, provoquant ainsi des maladies.
La plupart du temps, certaines de ces eaux donnent un gout salé tandis que d’autres dégagent même des odeurs désagréables. Dans certains villages, l’eau consommée serait à l’origine du jaunissement des dents des populations. Boire ces eaux pour la première fois, avant d’y prendre gout, peut présenter un risque de maladie biologique. Des entreprises continuent de creuser des puits manuellement. Un moyen qui ne leur permet d’aller en profondeur.
Cette situation est d’ailleurs confirmée par le rapport d’inspection de l’Agence nigérienne de Normalisation, de Métrologie et de Certification (ANMC) sur les unités de production de l’eau en sachet, présenté en novembre 2025. Dans ces eaux, un taux élevé de nitrites pour 31,25 des échantillons, indiquant une pollution organique généralement issues de l’urine et des matières fécales et des taux élevés de manganèse sont constatés.
Pourtant, le Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE) appuyé par l’article 6 de l’Ordonnance n°2010-09 du 1er avril 2010 portant Code de l’Eau au Niger a bien été clair sur la gestion de l’eau. Il est demandé tout d’abord que les ouvrages de captage d’eaux souterraines ne doivent pas permettre l’infiltration d’eaux de surface vers la nappe souterraine. Tous les ouvrages de captage d’eaux souterraines ne doivent pas capter 2 nappes différentes sur le plan hydraulique. Enfin, les ouvrages de captage d’eaux souterraines ne doivent pas surexploiter la nappe souterraine.
L’article 45 de l’Ordonnance n° 2010-09 du 1er avril 2010 portant Code de l’Eau au Niger exige de soumettre à autorisation ou à déclaration les aménagements, les installations, les ouvrages, les travaux et les activités susceptibles de présenter des dangers pour la santé et la sécurité publique, de réduire la ressource en eau. Il demande également de modifier substantiellement le niveau, le mode d’écoulement ou le régime des eaux, de porter atteinte à la qualité ou à la diversité des écosystèmes aquatiques. Cette situation résulte des procédés suivis dans la réalisation des forages.
M. Robert Emanuel, manager de ENICE-BAT, une entreprise évoluant dans le domaine, nous a expliqué les procédures opérationnelles destinées à toutes les entreprises spécialisées dans le forage. Selon lui, avant toute opération de forage d’eau, une étude géographique et hydrogéologique est exigée au préalable afin d’identifier les zones favorables et de garantir la durabilité de la ressource. Une fois le forage effectué et l’eau obtenue, des analyses complètes sont menées. C’est à cette norme que l’entreprise se force à se conformer.

Souvent, c’est le choix du client qui déterminera l’état de l’œuvre car c’est lui qui décide de la capacité, la profondeur ou le diamètre de l’œuvre, tel que l’a indiqué M. Robert Emmanuel. D’après ses explications, pas d’exigence fixée concernant la capacité du forage. Toutefois, les entreprises doivent veiller à ce que leurs réalisations respectent les règles générales en matière de santé et d’environnement.
Impacts négatifs des forages sauvages sur l’environnement
En matière d’environnement, et plus particulièrement en ce qui concerne les ressources en eaux souterraines, ces forages exercent un impact non négligeable. Selon Dr Hassane Saley Abdel Kader, hydrogéologue, hydro-géochimiste, Enseignant Chercheur à l’Université Abdou Moumouni, ces forages sauvages constituent des sources de nuisance pour les ressources en eaux souterraines.
Ceux-ci, a-t-il déploré, se multiplient considérablement dans la ville de Niamey, rendant ainsi difficile leur contrôle par les autorités compétentes, les ministères de l’hydraulique et de la santé publique, et les autorités municipales en l’occurrence. « Cette situation déplorable doit nous interpeller tous, afin que nous puissions léguer un environnement sain aux générations futures », a-t-il indiqué.
Ces impacts ont été déclinés sur deux niveaux par Dr Hassane Saley Abdel Kader, à savoir des impacts qualitatifs et quantitatifs. Ainsi, sur le plan quantitatif, le chercheur a dénoncé un creusage sans contrôle technique et un suivi adéquat, résultant des forages qui captent généralement les nappes phréatiques, ce qui, par conséquent, représente de nombreux risques pour les ressources en eaux souterraines. Ces forages, a-t-il ajouté, pénètrent généralement des réservoirs vulnérables, engendrant ainsi un sur-pompage de l’ouvrage, voire une surexploitation de la nappe, pour défaut d’un essai censé renseigner sur les caractéristiques de l’ouvrage et de la nappe. « À long terme, cette situation couplée aux phénomènes du changement climatique pourrait engendrer une salinisation des aquifères, un abaissement des niveaux des eaux souterraines, des inversions de sens d’écoulement des eaux souterraines, voire le tarissement de la nappe phréatique si aucune mesure n’est prise pour cadrer ce fléau », a mentionné Dr Hassane Saley Abdel Kader.

Outre leur impact sur la quantité des ressources en eau, les forages sauvages jouent également un rôle significatif dans la pollution des eaux souterraines, soutient l’hydrogéologue. Selon lui, ils sont dans la plupart des cas réalisés sans aucune précaution, avec l’utilisation de produits chimiques (bentonite, GS 550, barytine, etc.) comme additifs dans la préparation des boues de forage, entraînant ainsi les polluants vers les nappes phréatiques. « De plus, ces forages non encadrés peuvent créer des couloirs préférentiels pour la propagation de toutes sortes de polluants issus des puisards et d’anciens puits transformés en latrines, vers les nappes profondes, car généralement aucune disposition pour atténuer ou empêcher cette propagation n’est prise par les foreurs au moment de la réalisation de l’ouvrage », a-t-il souligné. Dans la plupart des cas, les eaux de ces forages sauvages sont consommées par la population sans aucune analyse chimique et bactériologique, encore moins un quelconque traitement préalable. Ce qui, pour Dr Hassane Saley Abdel Kader, pourrait avoir des conséquences drastiques sur la santé des consommateurs à long terme.
Des mesures à prendre pour inverser la tendance
Pour atténuer considérablement la prolifération des forages sauvages et limiter leur impact environnemental, l’hydrogéologue a relevé plusieurs mesures à prendre. Premièrement, il a mis en avant la sensibilisation et l’éducation de la population sur les risques environnementaux et sanitaires liés aux forages sauvages. Ensuite, la vulgarisation des lois et règlements régissant l’accès et l’utilisation des ressources en eaux souterraines au Niger. Puis, le renforcement et l’amélioration des infrastructures de distribution publique de l’eau potable. S’ensuivra la mise en place d’un mécanisme de surveillance et de contrôle de la quantité et de la qualité des eaux souterraines au niveau de ces forages sauvages par l’Etat. Enfin, le recadrement des forages existants et l’application de sanctions sévères aux contrevenants en matière de réalisation de nouveaux forages illégaux, conformément à la réglementation.
Bachir Djibo (ONEP)
