Dans les ateliers artisanaux de Gothèye et de ses villages environnants, des femmes transforment les produits du terroir en huiles, savons, pommades, biscuits, couscous, etc. Ces petites unités de transformation représentent une activité économique qui, au-delà des revenus qu’elle procure à leurs initiatrices, contribue à la formation des jeunes, à la création d’emplois et à la prise en charge de nombreuses familles. Mais ces entrepreneures font face à un défi majeur car produire est une chose mais écouler les produits en est une autre.
Ces femmes, membres de groupements féminins travaillent avec des moyens souvent modestes, mais avec une détermination qui force le respect. Elles disposent de leurs équipements, maîtrisent leurs procédés et ont surtout acquis, au fil des années, un savoir-faire qu’elles transmettent désormais à d’autres.
Parmi elles, Kadi Moukeyla, membre du groupement féminin de Gothèye, Nissaya, présente une gamme de produits qui témoigne de cette capacité à valoriser les ressources disponibles localement. Elle propose le parfum pour corps à 1 250 FCFA, l’encens à 5 000 FCFA, la pommade artisanale à 500 FCFA, le savon liquide à 600 FCFA et le savon à 300 FCFA.
Ces produis avec des prix relativement accessibles sont fabriqués en grande partie à la main. Pour ces femmes, la transformation est devenue une source de revenus et un moyen pour répondre aux besoins quotidiens des ménages. « Nous avons passé plusieurs années dans ces pratiques et nous avons formé plusieurs jeunes de notre commune », explique Kadi Moukeyla.
Leur ambition ne s’arrête d’ailleurs pas aux frontières de leur commune. Selon elle, leurs produits sont déjà consommés au-delà de leur environnement immédiat, jusque dans certains espaces de la sous-région.
Du sésame à une véritable activité génératrice de revenus
À Tallé, dans la commune de Gothèye, une autre expérience illustre cette évolution. Sadi Seyni s’est engagée dans la transformation depuis 2007. À ses débuts, elle travaillait principalement le sésame. Aujourd’hui, son activité s’est considérablement diversifiée.
Son catalogue comprend notamment l’huile de sésame, vendue à 5 000 FCFA le litre, les biscuits de sésame proposés à 500 FCFA la boîte, la pommade à base de sésame, l’huile d’arachide, les tourteaux et les pâtes d’arachide. À cela s’ajoutent le couscous à base de mil, les savons liquides et d’autres produits.
Cette diversification témoigne d’une volonté d’aller au-delà de la simple transformation d’un produit agricole. Il s’agit pour ces femmes de créer une véritable petite économie autour des matières premières disponibles dans leur environnement.

Son parcours illustre également l’effet multiplicateur de la formation. Elle explique avoir elle-même bénéficié d’une formation dispensée par l’ONG Dicko. Depuis, elle est devenue à son tour formatrice. Le savoir acquis passe d’une femme à une autre, puis d’une génération à une autre.
Sadi Seyni affirme avoir déjà formé plus de 30 jeunes, tandis que ses propres enfants ont également appris les techniques de transformation. Filles comme garçons participent à cette transmission familiale d’un savoir-faire qui constitue aujourd’hui l’un des piliers de son activité. « J’ai financé plus de six de mes enfants dans leurs études ; ils exercent différentes fonctions. Tout cela vient de la transformation », témoigne-t-elle.
Son activité lui a également permis de voyager plusieurs fois. Elle a également acquis quatre réfrigérateurs, indispensables pour certaines opérations de conservation et de stockage. D’une production artisanale, l’activité a progressivement pris une dimension économique plus importante.
Cette dynamique représente un potentiel important pour l’économie locale, particulièrement dans une région où la transformation des produits agricoles peut contribuer à créer davantage de valeur avant leur commercialisation.
Le paradoxe demeure cependant ; elles savent produire, mais peinent encore à vendre suffisamment. C’est précisément là que se situe aujourd’hui leur principale difficulté.
Les matières premières et les produits sont disponibles, le savoir-faire est acquis. Les femmes disposent déjà d’une partie des équipements nécessaires. Mais l’accès aux marchés reste insuffisant. « Nous n’arrivons pas à écouler nos produits. Nous avons besoin de clients et surtout d’aide en matériels », expliquent-elles en substance.
Cette difficulté limite directement leurs possibilités d’expansion. Une production qui ne trouve pas suffisamment de débouchés ne permet pas de renouveler rapidement les matières premières, d’investir dans de nouveaux équipements ou d’augmenter les capacités de production.

Pour ces entrepreneures, le soutien attendu ne se résume donc pas nécessairement à une aide financière. Elles souhaitent surtout disposer de matériels adaptés, améliorer leurs capacités de production et bénéficier de débouchés plus importants.
L’accompagnement pourrait également passer par la mise en relation avec des marchés, l’amélioration de la présentation des produits, leur conditionnement, leur conservation et leur accès à des circuits de commercialisation plus larges.
À leurs côtés, Mme Yabilan Aminatou Moussa, présidente du groupement Nissaya, porte les préoccupations collectives de ces transformatrices. Elle met notamment l’accent sur la nécessité de renforcer l’accompagnement dont elles bénéficient, particulièrement en matière d’équipements et de débouchés commerciaux.
À travers leur groupement, elles plaident ainsi auprès de l’État et des partenaires pour un appui en matériels adaptés, mais aussi pour la création de meilleures opportunités de commercialisation. L’objectif est de leur permettre d’augmenter leur production, d’améliorer la conservation et le conditionnement des produits et surtout d’accéder à des marchés plus importants.
Ce plaidoyer s’appuie sur des résultats déjà visibles, car ces femmes forment déjà des jeunes, créent des emplois et accompagnent des familles grâce aux revenus issus de la transformation.
À Gothèye, ces femmes montrent ainsi qu’avec peu de moyens, les ressources locales peuvent devenir de véritables leviers économiques. Le défi est désormais de faire passer ces initiatives d’une production artisanale à des activités mieux structurées, capables d’accéder à des marchés plus importants. Pour cela, elles lancent un appel à l’État et aux partenaires afin que leurs efforts soient davantage accompagnés. L’appui en équipements, la formation continue, l’accès au financement et surtout l’ouverture de nouveaux débouchés commerciaux pourraient permettre à ces unités de franchir un nouveau cap.
Adamou I. Nazirou
ONEP-Tillabéri
