Abary Kochi Maina (à droite) lors de la 2è édition de la semaine du Kawar
Dattes, sel naturellement iodé de qualité exceptionnelle, à plus de 1 200 km de Niamey, le département de Bilma ou la zone du Kawar regorge de richesses. Mais faute de routes et d’usines, les producteurs vendent en grande partie à perte. À l’occasion de la 2è édition de la Semaine du Kawar, tenue du 28 au 31 juillet 2026 à Niamey, M. Abary Kochi Maina, ancien maire de Bilma, en parle. Il détaille les atouts immenses de la région et propose des pistes concrètes pour faire décoller l’économie locale. Un plaidoyer pour qu’un territoire-poumon cesse d’étouffer.
Situé dans la région d’Agadez, le département de Bilma, plus connu sous le nom de Kawar, demeure encore mal connu du grand public. « Beaucoup de gens pensent qu’on est dans la région de Diffa à cause de la proximité linguistique. Mais nous sommes bel et bien dans la région d’Agadez », rappelle M. Abary Kochi Maina, membre du comité d’organisation de la 2è édition de la Semaine du Kawar.
Bilma, Dirkou, Fashi et Djado, constituent un chapelet d’oasis qui s’étend sur 150 km du nord au sud et regroupant quatre communes. Malgré son éloignement, le Kawar concentre des ressources considérables. On y compte près de 300 000 pieds de palmiers dattiers répartis en une cinquantaine de variétés.
Le sel y est tout aussi présent. Sel de cuisine naturellement iodé et sel pour l’alimentation du bétail sont extraits principalement à Bilma, Sididine et Fashi. Selon l’ancien maire, la production annuelle est estimée à 15 000 tonnes. A cela s’ajoutent deux types de natron et des dérivés du sel comme le Bararam et le Sounbou-Sounbou, utilisés en médecine traditionnelle. Le sous-sol recèle également de l’or exploité artisanalement au Djado, ainsi que des blocs pétroliers dont l’exploitation est prévue. Les importantes nappes d’eaux souterraines font du Kawar un véritable « château d’eau » du Sahara.
Le transport, principal frein au développement
« Il n’existe aucune route bitumée entre Bilma et Agadez. Il faut parcourir 750 km, dont 400 km de dunes de sable et 200 km de pistes rocailleuses souvent inondées en saison des pluies », explique M. Abary Kochi Maina, déplorant le fait que les producteurs du Kawar peinent à vivre de leur travail.
Ainsi, la distance pèse lourdement sur les coûts de transport. Pour évacuer le sel, les opérateurs louent des camions à près de 2 000 000 FCFA. Or un chargement complet de 20 000 galettes(sel)vendues 50 F l’unité ne rapporte que
1 000 000 FCFA. « Avec trois millions de charges, il faut vendre entre deux cents et cinq cents francs sur les marchés de Niamey pour s’en sortir », précise-t-il. Les sauniers, ceux qui travaillent dans les salines, tirent très peu de bénéfice de leur labeur. Le même problème se pose pour les dattes. Un sac de 100 kg sec se vend à moins de 10 000 FCFA à Bilma, alors que le demi-kilo peut atteindre 1 500 FCFA à Niamey.
Le commerce, autrefois florissant avec des caravanes de 20 000 à 30 000 chameaux, s’est effondré. Il ne subsiste plus que par tradition, avec moins de 1 000 chameaux par an. L’orpaillage, le maraîchage et l’arrivée des voitures 4×4 ont remplacé cette économie ancestrale.
Trois urgences pour relancer le Kawar
Face à cette situation, l’ancien élu adresse un plaidoyer clair à l’État en tant que premier partenaire des communes. La première urgence porte sur la modernisation. « Il s’agit de créer des usines pour transformer localement le sel en potasse et en engrais chimique, et pour valoriser le natron », affirme-t-il.
La deuxième concerne la commercialisation. S’inspirant du modèle agricole, les responsables locaux proposent que l’État achète les dattes et le sel pour bétail à un prix rémunérateur afin de les revendre à prix modéré dans le reste du pays. « Pourquoi ne pas aussi acheter les dattes ? Chez nous, il y a même des dattes qu’on donne aux animaux. Une telle mesure permettrait d’organiser une sorte de « solidarité nationale » autour des produits du Kawar », suggère M. Abary Kochi Maina.
La troisième urgence est d’équiper les producteurs en infrastructures de conservation. « Des chambres froides fonctionnant à l’énergie solaire et des camions frigorifiques permettraient de conserver les dattes à l’état frais et de les acheminer vers Niamey, Agadez et les autres régions, notamment pendant la période du Ramadan où la demande est forte », propose-t-il.
L’ancien élu a également évoqué le développement du tourisme interne comme une piste pour valoriser le patrimoine historique du Kawar, première région du Niger islamisée. M. Abary Kochi Maina insiste surtout sur le désenclavement et la transformation locale : « Nos oasis vont mourir. Entre les dunes de Bilma et les marchés de Niamey, il ne manque au Kawar que des routes et des usines pour que ses richesses cessent de s’évaporer dans le désert ».
Rahila Tagou (ONEP)
