Salamatou Altiné, transformatrice de lait de vache en fromage artisanal
À Toukounous, petit village du département de Filingué, dans la région de Tillabéri, reconnu pour la forte présence d’éleveurs et de pasteurs, des femmes battantes comme Salamatou Altiné transforment chaque jour le lait de vache en fromage artisanal. Depuis dix-huit ans, ce métier est devenu pour elle une source de revenus substantiels, lui permettant de nourrir sa famille, de payer la scolarité de ses enfants, d’investir dans le bétail et, mieux encore, d’aider ceux qui se trouvent parfois dans le besoin.
Pour Salamatou, la propreté et la rigueur sont essentielles dans cette activité, car, dit-elle, le lait nécessite une surveillance constante et une attention particulière. Pour cela, il faut toujours être propre et laver tout le matériel, mais aussi et surtout veiller à ce que chaque étape soit réalisée dans de bonnes conditions d’hygiène. Sans ces exigences, le produit ne serait pas sain et les clients pourraient se plaindre.
D’après ses explications, pour faire du fromage, il faut laisser le lait dans un lieu sûr et propre pour la fermentation. Ensuite, une fois la fermentation terminée, on se lave les mains, puis on dépose le lait dans les moules. Ensuite, on enlève le surplus avec une louche, enfin on arrange bien le lait jusqu’à ce qu’il colle, afin de pouvoir le laisser sécher. « C’est après tous ces va-et-vient que nous exposons le fromage au marché ou, des fois, dans des foires pour la vente », explique Salamatou, avec un mélange de fierté et de fatigue. Selon elle, la production du fromage ne prend qu’une seule journée et chaque unité se vend actuellement à 150 FCFA. « Mais avec 150 FCFA, on ne s’en sort pas. Il y a les sachets à acheter, le transport à payer pour se rendre dans les marchés ou au niveau des foires. Pour toutes ces dépenses, nous avons décidé d’ajouter 25 FCFA par fromage à cause de ces charges, pour nous soulager au moins un peu », détaille-t-elle. Pour Salamatou, le fromage artisanal n’est pas qu’une activité économique, c’est un projet de vie à travers lequel elle construit sa famille. « Grâce à cette activité que je fais depuis 18 ans, j’arrive à nourrir mes enfants, à payer leur scolarité. J’ai pu acheter plusieurs têtes de bétail et, parfois, j’assiste aussi les nécessiteux », affirme-t-elle.
Malgré son expérience, Salamatou et ses collègues rencontrent d’importants obstacles. Elles ne disposent pas de locaux fixes et exposent leurs produits au soleil partout où elles se rendent. « Au début, nous étions assistées, mais à cause des problèmes liés à la zone, nous n’avons plus personne pour nous aider. Nous avons même l’intention de venir à Niamey pour vendre nos fromages, mais à cause du manque de local, nous ne pouvons pas y aller », confie-t-elle. Le manque de lieux fixes et d’infrastructures adéquates limite leur capacité à produire et à vendre dans de bonnes conditions. Les grandes commandes qu’elles recevaient auparavant sont aujourd’hui plus difficiles à gérer. Elle lance un appel vibrant aux autorités et aux partenaires. « Nous souhaitons être soutenues pour obtenir un local à Niamey, afin de vendre nos produits dans de meilleures conditions et de développer davantage notre activité », a-t-elle lancé.
À travers son parcours, Salamatou Altiné illustre le courage et la résilience des femmes de la région. Malgré les contraintes liées à la zone, le manque de locaux et les charges élevées, elle continue de se battre pour produire un fromage artisanal de qualité. Ce savoir-faire, acquis au fil de 18 ans, lui permet non seulement de transformer un simple commerce artisanal en un véritable pilier de solidarité, mais aussi et surtout de ne plus tendre la main à quelqu’un.
Adamou I. Nazirou, ONEP Tillabéri
