Des produits locaux ...
Un des piliers de l’économie nationale et vecteur de préservation du patrimoine culturel, l’artisanat occupe une place importante au Niger. Dans la capitale, plusieurs espaces dédiés à la production et à la commercialisation des articles artisanaux, tels que le Musée national Boubou Hama ou encore le Village artisanal, témoignent de la richesse et de la diversité du savoir-faire local. Créateur d’emplois et levier de valorisation des réalités socioculturelles, ce secteur fait cependant face à une mévente persistante. Malgré des produits de qualité conçus dans le respect des traditions nigériennes, les artisans peinent à écouler leurs œuvres et déplorent le faible engouement pour le « consommons local ». Ils appellent ainsi à une prise de conscience collective en faveur de la production nationale.
À Niamey, l’artisanat continue d’occuper une place importante dans la vie socioéconomique, en particulier au sein d’espaces comme le Village artisanal et les sites culturels de la capitale. Bijoux, sculptures, articles en cuir, objets décoratifs ou utilitaires. Les artisans locaux produisent une diversité d’articles inspirés des cultures nigériennes et fabriqués à partir de matières disponibles localement. Pourtant, malgré la qualité et la richesse de ces productions, la question de la mévente demeure une préoccupation majeure.
Artisan bijoutier depuis son enfance, Sahabi Ahmadou explique que son activité repose sur la fabrication de bagues, bracelets, pendentifs et autres bijoux, souvent personnalisés à la demande des clients par des gravures de noms ou de symboles. Présent depuis plus de vingt-cinq ans sur son lieu de travail au Musée National Boubou Hama de Niamey, il constate que l’écoulement des produits reste difficile.
Il appelle ainsi les Nigériens à encourager les artisans locaux en achetant ce qui est produit dans leurs communautés, estimant que cet acte constitue un soutien direct à l’économie nationale et une source de motivation pour les producteurs. « Les citoyens viennent acheter nos produits mais, il y a des difficultés vraiment à faire écouler nos produits. Les produits sont de bonne qualité mais les gens préfèrent acheter ceux qui sont les moins chers, d’autres ne connaissent pas vraiment la valeur des produits artisanaux qui représentent souvent nos cultures et traditions », explique Sahabi Ahmadou.

Ce constat est partagé par Goumar Guissa, âgé de 46 ans et artisan depuis vingt-six ans, qui déplore la préférence persistante pour les produits importés, parfois plus coûteux et de moindre qualité. Proposant diverses créations telles que des chaussures et des sacs en cuir. Il raconte que certains clients, après avoir acheté des articles à l’étranger, reviennent vers les artisans locaux pour des réparations notamment les chaussures. Pour lui, cette situation illustre le paradoxe du marché: des produits locaux solides et durables sont disponibles mais restent moins valorisés. Malgré cela, il affirme que les artisans consentent souvent des efforts sur les prix afin de tenir compte de la situation économique du pays. Son souhait est de voir les clients non seulement acheter, mais aussi promouvoir les produits artisanaux auprès de leur entourage afin d’élargir la clientèle et d’améliorer les conditions de vie des artisans. « Les gens n’achètent pas les produits comme on souhaite vraiment. Et c’est comme si le peu de clients que nous avons ne font pas la promotion des produits chez les autres pour les inciter à venir acheter massivement. S’il y a beaucoup d’achats, on pourrait s’en sortir, voire faire des épargnes », dit l’artisan Goumour qui affirme aussi être disposé à apprendre son savoir-faire à quiconque le désire en proposant une formation payante sur demande dans le but de continuer à promouvoir cette pratique.
De son côté, Adam Kondé, enseignant à l’institut des arts et de la culture de Niamey, sculpteur de bois, attire l’attention sur un défi tout aussi préoccupant : l’absence de relève. Spécialisé dans la fabrication d’articles décoratifs à partir du bois, il estime que le désintérêt des jeunes pour les métiers manuels menace la survie de certaines pratiques artisanales comme la sienne. Pour lui, l’artisanat repose avant tout sur la maîtrise du geste et l’apprentissage par la pratique. Il regrette que certains citoyens continuent de dénigrer les productions locales au lieu de les encourager, et insiste sur la nécessité d’une véritable renaissance culturelle fondée sur la confiance en les compétences et le savoir-faire nigériens. « De notre côté, le problème est que les enfants ne veulent pas embrasser ce métier et tout métier qui ne trouve pas de relève, risque de disparaitre. Nous sommes ici par passion mais on constate moins d’appréciation, ce qui ne favorise pas la vente. Il est essentiel d’encourager les métiers artisanaux », estime le sculpteur. Pour lui, il y a ceux qui ont compris les enjeux et surtout l’importance de valoriser les productions locales et font de leur mieux, mais beaucoup à faire par rapport à la sensibilisation des autres.

Au Village artisanal où l’on pourrait observer plusieurs articles qu’on trouve au Musée National Boubou Hama, Abdoul Kader souligne quant à lui la diversité des activités exercées sur le site. Fabrication de calebasses décorées, bijoux en argent ou en cuivre, chaussures et sacs en cuir, chaînes, pendentifs et objets de décoration ; l’offre est variée et répond aussi bien aux besoins traditionnels que modernes. S’il reconnaît que des clients viennent acheter, il estime toutefois que les efforts doivent être renforcés pour permettre une production plus soutenue. « On ne peut pas dire que les clients ne viennent pas, les citoyens viennent acheter et on apprécie. Mais pour aider, vraiment pour nous aider et produire davantage, il faut multiplier les efforts d’achat et encourager tout le monde à venir. En tant que citoyen, c’est la meilleure des choses à notre égard », rappelle-t-il.
Selon Abdoul Kader, c’est un honneur de voir les décideurs intégrer les articles artisanaux dans les milieux publics pour donner le bon exemple. « Certains valorisent les produits artisanaux locaux, surtout les autorités. Vous allez voir dans les bureaux des objets traditionnels et des décorations à base de produits artisanaux », se félicite-t-il, tout en lançant un appel à la population afin de continuer à faire la promotion du « consommons local » pour que tout le monde soit convaincu de l’importance et contribuer individuellement et collectivement dans le développement du pays.
En définitive, à travers ces différents témoignages, une même revendication se dégage : faire du « consommons local » un véritable réflexe. Pour les artisans, acheter des produits locaux, encourager leur promotion, assurer la transmission des savoir-faire et renforcer la sensibilisation constituent des solutions concrètes pour dynamiser le secteur. Au-delà de l’acte d’achat, il s’agit d’un engagement collectif en faveur du développement économique, de la préservation culturelle et de la valorisation des compétences nationales.
Yacouba Moumouni (ONEP)
