Dès sa tendre enfance à Akokan, dans le département d’Arlit, région d’Agadez, Assane Seydou Kader alias Kadman avait une vive passion pour la musique de manière générale. Il s’invitait, pendant ses temps libres, aux répétitions du célèbre orchestre Guez Band. Le jeune Kader côtoie ensuite, à Niamey où il venait passer ses vacances, plusieurs artistes et groupes d’artistes comme Mamar Kassai, Lakkal Kaney, Mazari, Sani Aboussa, Fati Mariko, Saadou Bori, Mali Yaro, ou encore Adams Junior, au CFPM Taya, dans l’ombre de son oncle, le pianiste Souleymane Boubacar connu sous le sobriquet de Soul Campass ou « Laguireto » (nom de son album Jazz sorti en 1999). Du bon petit poseur de thé, aux portes des studios, dans l’ombre de ces icônes de la musique nigérienne, Kader s’emprunte le nom d’artiste Kadman, un artiste underground orienté vers le Hip Hop, notamment le rap hardcore, comme il aime bien le dire.
A partir de 2000, Kadman forme un duo avec un neveu, Adam Issoufou dit Basta. Ensemble, ils raccommodent des parties muettes de certains sons d’artistes américains et ou français, s’arrangent avec les moyens de bord, pour avoir des beats sur lesquels poser leurs voix. Ils produisent quelques singles dont un intitulé « la vie » et enchaînent des concerts à succès entre les villes d’Arlit et d’Akokan jusqu’en 2003, adoubés par un public local enthousiasmé de voir performer, tant bien que mal, en live, les siens dans un style musical naissant. Quelques années plus tard, le jeune artiste Kadman, nanti d’un Brevet d’Etudes du Premier cycle (BEPC), obtenu au CSP Hampaté Bâ de Niamey, intègre le Lycée technique Issa Béri d’où il sortira en 2011 avec un Baccalauréat en Informatique et Gestion. Entre temps, parallèlement à ses études, entre les coulisses des concerts, festivals, les fadas et les ghettos d’artistes, particulièrement au quartier Dar Es Salam de Niamey, Kadman, désormais en carrière solo, n’a jamais manqué la moindre occasion pour se rapprocher de son idole, Kamikaz Liman, une grande figure du rap engagé nigérien, un ancien du fameux groupe Djoro-G. En 2008, Kadman intègre enfin le label de Kamikaz. Dans la même année, il accompagne la légende sur scène pour la première fois, en tant que backeur lors d’un vernissage d’album au Centre Culturel Nigérien (CCN), à l’époque CCFN de Niamey.
A l’école du « rap conscient »
Auprès de son idole, il se forge une vie d’artiste vertueuse et engagée. S’instruire, académiquement et au-delà sur tous les aspects de la vie, s’approprier les causes nobles et l’intérêt général, et rapper utile, non seulement pour amuser mais aussi et surtout pour sensibiliser, tel fut le slogan de l’école Kamikaz sous la bannière de laquelle Kadman a participé à de nombreux festivals, projets artistiques et mouvements culturels. En dehors de sa carrière d’artiste, le rappeur a saisi une bourse algérienne qui lui a permis de poursuivre ses études en informatique en se spécialisant en Bases de Données, entre 2011 et 2014. De 2014 à 2023, il a effectué plusieurs stages et contrats dans de grandes entreprises au Niger.
Rappeur reconnu pour son style hardcore et engagé, il a enregistré plus de 31 projets audiovisuels au BNDA. Il était au cœur du mouvement « Jogol Culture » et a participé au célèbre titre collectif « Cris de Détresse », qui a rassemblé des dizaines d’artistes autour d’une seule cause, dans un studio, à Niamey.

Kadman poursuit son combat non seulement à travers le rap en studio ou sur scène, mais également à travers des quêtes personnelles, des échanges et des partages. Pour lui, un artiste doit être un exemple de bon comportement, une source d’inspiration à la réflexion positive et au changement. Il a été membre actif de la «Team Salam», une initiative lancée par Kamikaz en 2015, avec deux grands concerts marquant le retour du rap nigérien. Il a ensuite poursuivi son engagement en collaborant avec d’autres jeunes à travers le mouvement «Hip-Hop Attitude», dont il fut l’un des promoteurs. Ce mouvement a organisé 7 concerts, réunissant à chaque édition une quinzaine d’artistes sur une même scène.
Kadman a su séduire par son rap en langue haoussa. Son talent a été reconnu bien au-delà des frontières, à travers les réactions enthousiastes de publics mexicains, colombiens, américains, asiatiques et africains. Selon ses dires, le moment qui l’a le plus marqué reste sa dernière prestation à Frederick, Maryland, près de Baltimore, aux Etats Unis, une ville emblématique du rap.
Un style percutant, une voix imposante et des textes profonds
« Je n’ai jamais eu de contrat en bonne et due forme, ni perçu de droits d’auteur. Mais, à partir de 2025, je ne monte sur scène que pour soutenir des causes. Tout autre appel ne sera considéré qu’à travers un contrat écrit, clair et conforme », affirme Kadman. Persistant dans son art, il reste l’un des rares rappeurs nigériens avec un style percutant, une voix imposante, et des textes profonds. Il pratique un « rap conscient et engagé », même lorsqu’il s’agit de faire danser. Malgré la difficulté de percer dans une industrie peu ouverte à ce genre de contenu, il continue à délivrer des messages positifs avec passion.
« Depuis 2008, je n’ai pas le souvenir exact, je n’écris et n’enregistre que des morceaux porteurs de sens, sur des thèmes importants qui peuvent avoir un impact fort et positif sur nos communautés nigériennes, voire africaines, car au fond, nous sommes les mêmes », affirme l’artiste Kadman. « J’ai toujours été calme, observateur, ambitieux et très patient pour atteindre les objectifs que je me suis fixés. J’ai initié plusieurs projets avec des artistes en qui je croyais. Après tant d’années, j’ai compris que si j’avais sincèrement poursuivi ma route seul, je n’aurais pas perdu autant de temps dans des projets qui n’étaient motivés que par le plaisir. Cela dit, j’ai beaucoup appris aux côtés de Kamikaz, et je ne regrette rien. Car aujourd’hui, je suis devenu un artiste qui a des choses à dire, qui a sa propre direction. Avec ou sans les autres, le combat continue », ajoute Kadman.

Kadman est, par ailleurs, membre fondateur de l’Organisation pour la Promotion de l’Excellence (OPE), un engagement qui témoigne de sa volonté d’impacter positivement la société au-delà de la musique. En 2023, Kadman a été certifié IMUN (Modèle International des Nations Unies- UNESCO) aux États-Unis. En 2025, il a été certifié «Debate Delegate» et membre du jury conférencier par la U.S. Federation of UNESCO Clubs et l’UNESCO Center for Peace à Accra, au Ghana. Il est aujourd’hui PDG de KasyGroup, une entreprise qu’il vient tout juste de créer et qui ouvrira très prochainement ses portes au public nigérien, avec l’ambition de s’étendre à l’international.
« Aujourd’hui, je suis fier, car on ne pourra plus parler de bon rap, de textes profonds, et d’artistes qui ne font pas de playback sans mentionner Kadman, du moins pour ceux qui savent apprécier le vrai», affirme- l’artiste qui ne cache pas sa fierté.
Idi Maman Lawaly, (Stagiaire)
