Monsieur Wang Kun, chargé de cours à l’université des langues étrangères de Pékin
La survie et la pérennisation de tout système de gouvernance sérieux reposent fondamentalement sur la qualité de ceux qui l’animent. L’histoire du Parti communiste chinois, plus d’un siècle après sa fondation, en offre une illustration. Comment une formation politique parvient-elle à traverser, contre vents et marées, les épreuves du temps ? M. Wang Kun, chargé de cours à l’Université des Langues étrangères de Pékin, apporte un éclairage. Il revient sur une question ancienne de l’histoire chinoise et sur la réponse qu’y apporte aujourd’hui le PCC reste et demeure l’auto-révolution et l’auto-réforme, une démarche présentée comme le moyen de briser le cycle récurrent de l’ordre et du désordre.
Pour poser le cadre, le chercheur commence par définir le “cycle historique”. Il désigne par cette expression le phénomène d’alternance des dynasties, résumé dans la tradition chinoise par la formule : « Leur essor est fulgurant, leur chute est soudaine ». Derrière cette image se cache une réalité simple à savoir que les régimes s’effondrent lorsqu’ils se coupent du peuple et tombent dans la corruption. Pour les avertis cette interrogation n’est pas nouvelle. C’est pourquoi, M. Wang rappelle le célèbre dialogue dit “Dialogue de la Grotte” de juillet 1945 à Yan’an où Huang Yanpei, alors personnalité politique, s’inquiétait déjà auprès de Mao Zedong de cette fatalité. « Depuis plus de soixante ans que je vis, ce que j’ai vu de mes propres yeux illustre bien ce proverbe : une prospérité éclatante au début, une ruine soudaine à la fin », lui disait-il. La réponse de Mao Zedong posait les bases d’une première voie « Nous avons trouvé une voie nouvelle, nous pouvons briser ce cycle historique. Cette voie nouvelle, c’est la démocratie. Seul le peuple qui supervise le gouvernement empêche celui-ci de se relâcher ».
De la supervision populaire à l’exigence d’auto-révolution
Un siècle plus tard, le PCC dit avoir formulé une seconde réponse. En effet, le président Xi Jinping présente cette réponse sous forme d’“auto-révolution” ou auto-réforme. Selon M. Wang, depuis le XVIIIᵉ Congrès du PCC, cette notion revient régulièrement dans les discours officiels comme l’enjeu central de la pérennité du Parti et du système socialiste. Dans un article publié le 1er février 2023, Xi Jinping revenait lui-même sur cette articulation. « Après la première réponse de Yan’an, fondée sur la supervision du peuple, le Parti a engagé une seconde réponse, interne cette fois, celle de la réforme de soi ».
Pour M. Wang, le cycle historique obéit à une logique que l’on retrouve aussi bien en Chine qu’ailleurs. Un régime naît, connaît la prospérité, puis se relâche. Le pouvoir, faute de contrôle, glisse vers la corruption. Le lien avec les masses se distant et le soutien populaire s’érode. Le chercheur évoque deux exemples à titre de rappel notamment la chute de la dynastie Ming sous l’empereur Chongzhen et l’effondrement de l’URSS, connu de tous. A ce phénomène M. Wang identifie trois causes récurrentes à savoir l’absence de supervision efficace du pouvoir, qui ouvre la voie aux abus ; ensuite le relâchement de l’esprit de gouvernance, lorsque la recherche du confort à court terme prend le pas sur le bien-être à long terme ; enfin la distance qui se creuse avec les masses populaires, quand le principe de “servir le peuple” se transforme en mentalité bureaucratique.
Une gouvernance rigoureuse pour “enfermer le pouvoir dans une cage de règles”
Face à ce constat, M. Wang affirme que le PCC a fait de la discipline et de la réforme interne le cœur de son action. L’objectif affiché est de préserver l’avant-gardisme du Parti, de renforcer sa capacité à diriger et de resserrer les liens avec la population. Concrètement, cette auto-révolution passe par plusieurs chantiers menés. « Le Parti met d’abord l’accent sur l’édification politique et idéologique. Il s’agit de consolider la ligne directrice et de forger une conscience collective contre la corruption. Dans le même temps, les “huit recommandations” du Comité central sur le style de travail sont appliquées avec fermeté pour redresser les comportements » explique-t-il.
Ainsi, M. Wang estime que pour échapper au ‘’cycle historique’’, une prise de conscience permanente s’impose. Il invite les acteurs de tous les systèmes de gouvernance de tirer les leçons du passé de la Chine et d’ailleurs et de placer l’intérêt général et l’intérêt des peuples au-dessus de toute autre considération.
Abdoul-Aziz Ibrahim, à Pékin
