Une vue du desert transformé en forêt
Pour rendre son développement en phase et en adéquation avec la nature et l’environnement, la Chine ne lésine pas sur les moyens en matière de restauration et de protection de l’environnement. A travers la mise en œuvre de politiques écologiques claires et volontaristes, la Chine fait de la transition verte l’un des piliers de sa gouvernance. C’est dans cette logique qu’est née, dans la province du Hebei, la Ferme forestière mécanisée de Saihanba et la forêt commémorative de Shanghai. Un projet pensé et voulu par des Chinois, qui a permis de transformer un désert balayé par les tempêtes de sable en une immense forêt dense.
Aujourd’hui, ce site dénommée la ferme forestière mécanisée de Saihanba et la forêt commémorative de Shanghai est devenu la plus grande plantation forestière artificielle du monde, avec une superficie de 93 333 hectares et un taux de couverture forestière passé de 11,4 % à 82 %. Un véritable miracle écologique qui force l’admiration et qui, selon les autorités chinoises, doit servir de modèle, notamment pour les pays d’Afrique et d’Asie durement touchés par la désertification et le dérèglement climatique.
Située à l’extrême nord de la province du Hebei, en bordure méridionale du massif sableux de Hunshandake, la ferme forestière de Saihanba se trouve dans une zone de transition entre la forêt et la prairie. Elle appartient à la région de Bashang, au nord du comté autonome mandchou et mongol de Weichang, relevant de la ville de Chengde. Géographiquement, elle se situe à la jonction entre le plateau de Mongolie-Intérieure, les contreforts du Grand Khingan et ceux du massif de Yinshan. C’est une terre d’altitude. Le relief varie entre 1 010 et 1 939,9 mètres. Le climat y est rude avec une température annuelle moyenne est de -1,3 °C. L’enneigement dure en moyenne 7 mois par an. La période sans gel ne dépasse pas 64 jours. Les précipitations annuelles atteignent environ 479 mm. Des conditions extrêmes qui rendent toute végétation difficile.
Pour les autochtones historiquement, Saihanba n’a pas toujours été un désert. Selon les documents d’archives, il s’agissait autrefois d’un jardin naturel réputé, aux eaux abondantes et aux forêts denses. Le site faisait partie intégrante du domaine de chasse impérial des Qing, le célèbre « Mulan Weichang ». Les empereurs y venaient chasser et se ressourcer. Mais à la fin de la dynastie des Qing, tout a basculé. L’ouverture des terres au défrichement, les guerres successives, les incendies de forêt et le surpâturage ont gravement dégradé l’écosystème originel. C’est ainsi qu’à la veille de la fondation de la Nouvelle Chine en 1949, la forêt primitive avait complètement disparu. En lieu et place une vaste lande dénudée, balayée par les vents de sable, où la terre ne retenait plus l’eau et où la vie semblait impossible.
Face à cette situation, les autorités d’alors ont décidé d’agir. En 1962, l’ancien ministère des Forêts a créé la Ferme forestière mécanisée de Saihanba. Cette vaste forêt domaniale est directement rattachée au Bureau provincial des forêts et des prairies du Hebei. Elle est aujourd’hui également classée comme réserve naturelle nationale. Le début fut héroïque. En avril 1962, un groupe de 120 jeunes pionniers, dont M. Wang Shanghi présenté comme leader, s’est déployé sur le site pour lancer ce que l’on a appelé la « première bataille ». L’objectif était de planter 170 000 arbres dans des conditions de froid, de vent et de difficultés extrêmes. Sans routes adéquates, sans eau courante, sans abris appropriés. Rien que la volonté, de l’engagement et de la détermination !
Ils vivaient dans des tentes et des baraquements rudimentaires, dont les reconstitutions et les images sont exposées au Musée d’exposition de Saihanba. « Pendant plus d’un demi-siècle, trois générations de travailleurs de Saihanba ont œuvré dans des conditions difficiles, poursuivant sans relâche leurs efforts, et ont réussi à créer la plus grande plantation forestière artificielle du monde, réalisant le miracle de transformer une terre stérile en une mer de verdure. Ils ont forgé l’esprit de Saihanba, marqué par la fidélité à la mission, l’opiniâtreté et le développement vert », résume un document officiel du site. Cet « esprit de Saihanba » est aujourd’hui érigé en modèle national en Chine.
Le processus du miracle écologique de Saihanba et ses résultats spectaculaires
La mise en œuvre du reboisement de cette foret, a suivi un processus cohérent avec la prise en compte des réalités de l’époque. En effet, le succès de Saihanba ne repose pas sur le hasard. Il s’appuie sur une gestion scientifique, durable et à long terme de la forêt. Aujourd’hui, les résultats sont spectaculaires et mesurables avec une explosion des indicateurs forestiers. Par rapport à la situation de 1962, la superficie boisée est passée d’environ 16 000 hectares, à près de 93 333 hectares. Le taux de couverture forestière est passé de 11,4 % à 82 %. Le volume sur pied, c’est-à-dire la quantité de bois, s’est nettement amélioré. Les essences principales plantées et qui se sont adaptées au climat rigoureux sont le mélèze, le pin sylvestre, l’épicéa et le bouleau blanc. Autour de ces arbres, un sous-bois s’est reconstitué et c’est la verdure au pieds des grands arbres à perte de vue.
Au-delà du bois, Saihanba joue un rôle écologique majeur pour le Hebei et la Chine tout entière. Selon Mme Yuxuan Wang, guide et spécialiste de Saihanba, la forêt comprend environ 6 867 hectares de zones humides. Elle constitue une source d’eau importante pour les bassins des rivières Luan et Liao. Chaque année, elle assure une régulation hydrique de 284 millions de m³. Elle fixe 860 300 tonnes de dioxyde de carbone et libère dans l’atmosphère 598 400 tonnes d’oxygène. La valeur totale des actifs forestiers est estimée à 23,12 milliards de yuans, et les services écosystémiques fournis annuellement atteignent 15,59 milliards de yuans. En d’autres termes, Saihanba constitue une solide barrière écologique verte pour la Chine moderne, protégeant beaucoup de zones et contribue à purifier l’air.
Cette initiative qui est né d’une volonté des jeunes est devenu aujourd’hui un véritable écosystème. Les acteurs chargés de gérer la ferme applique au fil des années les principes de gestion durable des forêts artificielles en continuant de planter de chaque année de manière intense, répétées mais toujours avec la même détermination et ‘’l’esprit du Saihanba’’ en améliorant constamment la stabilité écologique. En parcourant cette forêt dense, la diversité des espèces végétales, la qualité du paysage donne une idée claire sur des effort de ces acteurs qui n’ont pas vécu initialement, car à partir de leur idée la biodiversité s’est fortement enrichie considérablement avec une flore, composée d’herbes et d’arbustes de plus de 70 espèces recensées.
L’on trouve également le sorbier, l’églantier, le chèvrefeuille, le cerisier de Virginie, l’épine-vinette, le thé à feuilles cunéiformes, le framboisier de Sakhaline, le prunier d’eau, la mûre, le fraisier d’Orient, l’épilobe, la graminée alcaline, le carex et la pimprenelle. Mme Yuxuan Wang ajoute que coté faune, la forêt dénombre aujourd’hui 261 espèces de vertébrés terrestres, 32 espèces de poissons, 660 espèces d’insectes et 179 espèces de champignons supérieurs et la flore recense au total 625 espèces végétales. Parmi les animaux, on observe des cerfs, des renards, des blaireaux, et de nombreuses espèces d’oiseaux. Dans cette foret les routes construites à l’images de celles des grandes villes avec des systèmes d’alerte, de surveillance via des caméras de vidéosurveillance, visibles partout dans la forêt.
« La nature vaut son pesant d’or »
Selon la Communauté locale, Saihanba est devenu aujourd’hui comme une école pour le monde. La prouesse de Saihanba ne se limite pas à la plantation d’arbres. Elle s’est accompagnée d’un travail de mémoire, d’éducation et de valorisation écologique et de l’environnement. Au cœur de la forêt se dresse l’un des points les plus emblématiques, la tour Wanghai. Considérée comme un avant-poste sur les montagnes, cette tour offre une vision panoramique sur l’ensemble de la forêt. Du haut de ses dizaines de mètres, on mesure l’immensité de la « mer verte » qui a remplacé le désert. C’est le lieu où les visiteurs prennent conscience de l’ampleur du travail accompli. Pour mettre en lumière cette prouesse écologique, un musée spécial d’exposition a été érigé à Saihanba. Ce musée joue à la fois le rôle d’institution éducative et de site touristique. Il assure la formation de milliers d’étudiants, de chercheurs et de cadres venus du monde entier. Il donne un aperçu global sur la forêt, sur son histoire, sur ses techniques de gestion et sur son impact positif sur la vie des communautés locales.
Selon Mme Liu Mei, responsable du musée d’exposition de Saihanba, le site est devenu un véritable laboratoire à ciel ouvert. « Nous recevons des délégations de toutes les provinces chinoises et de nombreux pays étrangers. L’objectif est de montrer que la restauration écologique est possible, même dans les conditions les plus difficiles », explique-t-elle. La communauté internationale a salué ce travail. En 2017, la ferme a reçu le prix « Champions de la Terre », la plus haute distinction environnementale des Nations Unies. En 2021, elle a été récompensée par le prix « Land for Life », la plus haute récompense dans le domaine de la lutte contre la désertification. Ces deux prix consacrent Saihanba comme une référence mondiale en matière de restauration des terres dégradées. Au-delà des chiffres, c’est une philosophie qui est primée par la Chine notamment celle d’un développement qui ne sacrifie pas l’environnement, celle d’un engagement fort et d’une résilience sans faille dans le seul but d’offrir un cadre de vie agréable aux générations futures qui en profitent agréablement. L’esprit de Saihanba est aujourd’hui récurrent dans les discours officiels avec une célèbre citation prononcée à plusieurs occasions par le Président Xi Jinping « la nature vaut son pesant d’or ». « Nous ne devons pas laisser à nos enfants une terre stérile. Nous devons leur laisser des montagnes vertes et des eaux claires » note sur une plaque dans la ferme mécanisée.
De l’avis des experts travaillant à Saihanba, le modèle de cette ferme est exportable pour l’Afrique et le monde entier, car elle est considérée comme la plus grande plantation artificielle au monde. « Le succès de ce projet est le fruit d’une politique écologique et environnementale responsable, basée sur l’engagement et la détermination du peuple chinois. Avec une volonté politique, combinée à la science et à la persévérance, les pays africains peuvent renverser la tendance de la désertification ».
A tout point de vue, cette initiative réussie doit inspirer et servir d’école partout dans le monde, notamment dans les pays africains qui subissent de plein fouet les conséquences néfastes et l’impact terrible du dérèglement climatique notamment au Sahel ou les questions environnementales, le déréglément climatique, la lutte contre la désertification restent encore des défis majeurs.
Abdoul-Aziz Ibrahim, à Hebei
