Des produits médicaux en vente dans la rue
Dans les rues de Niamey, il est courant de tomber sur des habitants qui, pour se soigner d’une fièvre, d’un mal de tête et même d’une maladie plus sérieuse comme le diabète ou l’hypertension artérielle, choisissent l’automédication plutôt que de se rendre dans un centre de santé. Outre ceux qui s’autoprescrivent des médicaments, beaucoup décident de se tourner carrément vers l’utilisation de produits traditionnels sans en connaître la toxicité. Certains médicaments en pharmacie sont aussi détournés de leur usage premier et utilisés par les femmes pour grossir.
Dans le but de soulager un mal, le premier réflexe de beaucoup de nos concitoyens est d’opter pour l’automédication, sans aucune consultation préalable d’un médecin professionnel. M. Saidou Ali, un quadragénaire, dit utiliser les produits traditionnels pour se soigner depuis son enfance. « Je préfère ces produits parce qu’ils n’ont pas des effets secondaires. Nous n’avons pas, bien sûr, des dosages précis, ce qui empêche souvent des résultats concrets, mais je crois en leur efficacité », dit-t-il. Cet utilisateur des décoctions traditionnelles et autres produits du terroir, se dit totalement satisfait de l’utilisation des produits locaux pour maintenir sa santé ou se soigner.
Abdou A. Issoufou, un autre adepte de l’automédication, dit pratiquer cette méthode en raison de problèmes financiers qu’il rencontre. Face à des maux jugés ‘’bénins’’, il utilise des produits traditionnels tels que le kinkéliba, le natron rouge, les feuilles de neem, etc. « Quand je souffre d’un paludisme, j’utilise une infusion de kinkéliba ou un bain chaud avec des feuilles du neem. Pour me soigner d’un mal de ventre, je mélange des racines de la plante de kinkéliba et du natron rouge », explique-t-il.
D’un autre côté, de plus en plus de femmes utilisent des médicaments et sirops pour tenter de grossir rapidement, le surpoids chez la femme étant apprécié dans la société. Les produits les plus prisés dans ce cas précis sont à base d’antihistaminiques et de complexes vitaminiques. Souvent, les femmes prennent un produit à base de dexaméthasone, un anti-inflammatoire stéroïdien qui, dans ses propriétés, peut stimuler l’appétit, entrainant ainsi une obésité incontrôlée de la face et du tronc.
Prendre conscience des dangers de l’automédication
D’après Dr Ismaël Ali, médecin spécialiste en santé au travail, la non-indication de la posologie dans l’utilisation des médicaments traditionnels est un danger réel encouru par les adeptes de l’automédication. « L’indication consiste à préciser le médicament qu’on doit prendre face à une maladie précise. C’est pour bien montrer qu’un tel produit est indiqué pour une telle maladie, ce qui n’est pas le cas avec les produits traditionnels », explique-t-il, tout en insistant sur le respect des dosages recommandés. « Même si le produit est efficace, c’est le dosage non précis qui provoque des intoxications ou maladies, notamment l’insuffisance rénale ou l’hépatite », indique-t-il.
Selon Dr Ismaël Ali, l’usage détourné de produits, dont dexaméthasone, par les femmes provoque une prise incontrôlée de poids malsain pour l’organisme et entrainant ainsi des problèmes de santé, dont les maladies cardiovasculaires. « L’utilisation de dexaméthasone cause la fragilité osseuse. Ce produit peut également engendrer du diabète ou une immunodépression ; fragilité du système immunitaire, ce qui peut entrainer des infections », précise-t-il.
Pour la femme enceinte, renchérit Dr Ismaël Ali, l’utilisation de produits traditionnels sans indication au début d’une grossesse peut interférer dans le processus de développement normal de la grossesse, avec des risques de malformations du fœtus ou même d’avortement. Pour ce qui est de la femme allaitante, poursuit-t-il, certains organes du nourrisson ne sont pas capables de digérer des produits traditionnels. « Quand l’enfant tète, cela peut lui créer des troubles de croissance », souligne-t-il. Dr Ismaël Ali déconseille fortement l’automédication et encourage les usagers à se tourner vers les professionnels de la santé.
Zouladeini A. Razinatou (Stagiaire)
