Elles font du tourteau et de l’huile à partir de l’arachide
Dans le département de Gazaoua, dans la région de Maradi, au sud du Niger, les femmes tirent parti des potentialités agricoles et participent de la dynamique de l’autonomisation et de l’autosuffisance alimentaire. Dans une approche solidaire, réunies principalement en groupements, elles portent des initiatives prometteuses dans la chaîne de valeurs, de la production à la commercialisation, en passant par la transformation. De Guilguijé à Madobi, deux villages proches de Gazaoua, elles s’illustrent aisément dans le maraîchage et la transformation agro-alimentaire. Des céréales de rente comme le sésame, l’arachide et le haricot, des légumes et fruits frais tels que la laitue, la tomate et la pastèque, elles ont appris à mutualiser leurs ressources, à planifier et à investir. Elles produisent, transforment, et elles en vivent. Avec le soutien des autorités administratives et coutumières locales, ainsi que l’appui de quelques partenaires, les femmes des groupements ‘’Sa Kay’’, ‘’Tatali Arziki’’, ‘’Niya Ba Ta Ga Rago’’ et ‘’Kokari’’ ont bâti un modèle d’organisation de développement qui, au-delà de leurs besoins, profite à leurs communautés.
À Guilguijé, l’avenir se construit à plusieurs
La journée commence tôt à Guilguijé, petit village situé à 5 kilomètres de la ville de Gazaoua. Dès les premières lueurs, les cours des maisons s’animent. Le son des pilons résonne, l’odeur de l’arachide grillée chatouille le nez. Dans ce village calme, les femmes ont choisi de prendre leur destin en main. Ici, point de résignation. Elles ont fait un choix, celui du travail et de l’union. Avec le soutien éclairé du chef du village et par la seule force de leur détermination, elles ont bâti une économie à partir de presque rien. Leur matière première : les produits que leur donne la terre. Leurs outils : leurs bras. Réunies dans trois groupements, ces femmes font du sésame, de l’arachide et du haricot les moteurs d’une économie solidaire.

Avant de s’organiser, chacune travaillait seule. Les revenus étaient maigres, les efforts dispersés et trop harassants. Le marché était dur, les pertes fréquentes. C’est dans cette peine qu’est née une idée simple, mais salvatrice : se mettre ensemble. Peu à peu, plusieurs associations féminines ont vu le jour à Guilguijé. Ces femmes ne se contentent plus de produire. Elles mutualisent l’argent, elles planifient les achats, elles se forment entre elles. Le chef de village, conscient de l’enjeu, leur apporte son appui. Il leur ouvre les portes, facilite les démarches administratives et salue leur engagement.
Ainsi, ce qui n’était au départ qu’une stratégie de survie est devenu un véritable modèle d’organisation communautaire. Dans ce village, les femmes ont compris que l’avenir se construit à plusieurs. C’est dans les cours et sous les hangars que, de l’aube au soir, se fait la transformation. Du sésame à l’arachide en passant par le haricot et le mil, chaque groupement a trouvé sa spécialité. Trois collectifs de femmes, trois histoires de courage et de débrouillardise.
Au sein du groupement « Sa Kay », toutes les femmes se consacrent à la transformation du sésame. C’est un travail long et laborieux. Il faut griller, piler, presser, filtrer sous le soleil. Elles cotisent pour acheter ensemble 40 mesures (tiyas) de sésame dont elles extraient l’huile et produisent du biscuit. Le litre d’huile de sésame est vendu à 5 000 francs CFA. Les biscuits sucrés de sésame sont commercialisés à 25 francs CFA l’unité et 200 francs CFA le morceau. Tant d’efforts pour quelques litres, mais elles tiennent !
Pour écouler leur production, ces femmes n’hésitent pas à parcourir des kilomètres. Une grande partie de l’huile est envoyée jusqu’à Agadez. La force de « Sa kay » réside dans son organisation. Rachida Hamidou, membre du groupement, explique : « Nous cotisons 250 francs chaque semaine. C’est avec cet argent que nous achetons des sacs de sésame après les récoltes », dit-elle. Les bénéfices sont reversés dans la caisse. L’argent est ensuite prêté aux membres, avec un délai de remboursement. «Chaque année, on se partage l’argent de la caisse », explique Rachida. Cette discipline, faite de privations et de confiance, permet au groupement de tenir sur la durée.
Le groupement « Tatali Arziki » a, quant à lui, fait le choix de se consacrer entièrement à l’arachide. Gambo Elhadj Hamissou y travaille depuis 3 ans. Avec ses coéquipières, elles transforment l’arachide en huile, tourteaux, arachide sucrée et salée (amaro), une spécialité de la localité. Là encore, tout commence par la cotisation. Pour acquérir la matière première, les femmes mettent l’argent en commun. Leur capacité atteint 40 tasses d’arachide par cycle.
Après des heures de travail, elles cèdent la boite de la pâte d’arachide à 1 000 francs. L’huile se vend à 1 100 francs le litre. Les tourteaux sont proposés entre 500 et 1 000 francs. L’arachide grillée part en sachets de 100, 200 et 500 francs, et l’amaro à 500 francs. Comme à « Sa kay », les bénéfices sont déposés dans une tirelire commune. Chaque femme peut y emprunter pour les besoins de la famille ou pour relancer l’activité.
A Guilguijé, une autre filière a trouvé sa place : celle du haricot. Le groupement « Niya ba ta ga rago » regroupe 21 femmes spécialisées dans la transformation du haricot. A partir de cette légumineuse, elles fabriquent plusieurs produits dérivés. Elles font de la farine et du « alala », une autre spécialité très connue dans le département, le beignet (kosai) et la galette (toula). Elles se débrouillent avec peu. Quand il n’y a pas d’argent, elles tournent. Quand il y a une commande, elles veillent. À l’image des autres associations, les membres de « Niya ba ta ga rago » mutualisent leurs moyens pour l’achat de la matière première et le fonctionnement de leurs activités. Les bénéfices sont gérés collectivement afin d’assurer la pérennité du groupement.
En dehors de ces trois grands groupements, des initiatives individuelles viennent compléter le dispositif. Mais, même ici, la logique est la même : celle du collectif. Hassana Gogara Maty transforme le mil depuis 4 ans. Elle achète le sac de 25 kg et produit le breuvage appelé «houra» et le dégué. « Nous transformons chaque jour, les gens achètent. Et les jours de marché, nous nous rendons sur les lieux de vente », indique-t-elle. Elle reconnaît que c’est le cadre du groupement qui lui permet aujourd’hui d’honorer des commandes et d’assurer la continuité de son activité. Seule, elle n’aurait pas pu.
Rahila Tagou (ONEP), Envoyée spéciale
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Au nombre de 81 sur moins de 3 ha, les maraichères du groupement Kokari de Madobi débordent d’engagement
Réunies au sein d’un cadre organisationnel dénommé Kokari, à Madobi, un village situé à environ 10 km au nord-est du chef-lieu communal de Gazaoua, elles sont quatre-vingt-une (81) femmes animées par une seule ambition: la recherche de l’autonomie alimentaire et économique. Principalement des femmes d’âge mûr, dépassant la quarantaine, elles accomplissent à la main l’ensemble du travail, du labour à la récolte, et s’occupent également de la commercialisation du fruit de leur labeur. Cette activité est leur principale occupation après la saison des pluies. Elles se sont inspirées de leurs sœurs d’un village voisin et sont motivées par la volonté de mettre fin aux fréquentes crises alimentaires, aux disettes et autres périodes de soudure.

Les membres sont repartis en huit (8) groupes, chacun composé de dix (10) femmes. Sur un terrain de 2,5 ha, partagé en dix (10) parcelles, chaque groupe dispose de son propre espace dont il assure la gestion. Kokari cultive presque tout ce qui se consomme frais, les légumes et certains fruits. A la récolte, les produits sont partagés entre elles. Une partie est vendue et une autre est réservée pour la consommation familiale. Leur revenu annuel est estimé à plusieurs centaines de milliers de FCFA, en plus de leur consommation personnelle.
Le groupement évolue selon une organisation rigoureuse. Il dispose ainsi d’un bureau composé d’une présidente, une secrétaire, une responsable commerciale et une comptable. Une cotisation hebdomadaire régulière de cinquante (50) FCFA est versée dans la caisse qui assure les petites dépenses.
Rabi Mamane est la présidente du groupement. Garante de sa marche, elle explique leur début qui n’a pas été une partie de plaisir. « Le début n’a pas du tout été facile », rappelle Rabi Mamane ajoutant qu’elles ont tout bâti à la main. L’aménagement du terrain, l’arrosage des plantes, le labour et les palissades du jardin. Pour les semences, elles se débrouillaient pour s’en procurer. Au départ, elles étaient au nombre de cent cinquante-sept membres (157) mais la plupart ont abandonné à cause de la difficulté du travail pour les unes et pour les autres parce qu’elles ne croyaient pas à la viabilité du projet.

Selon la présidente du groupement, c’est une conviction des membres et un rêve qu’elles ont pu réaliser. « Au début, il y a eu une phase d’hésitation qui a conduit plusieurs personnes à abandonner. Avec le temps, nous avons commencé à manger les fruits de notre patience », dit-t-elle. Elle ambitionne aujourd’hui de faire du groupement Kokari une référence dans la région, en aidant sa zone à atteindre l’autosuffisance alimentaire.
Après plusieurs mois d’activités, le groupement a bénéficié d’un accompagnement de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), qui lui a réalisé un forage et un aménagement complet du jardin. Les maraîchères de Madobi bénéficient à présent de l’accompagnement du gouvernement nigérien qui les appuie à travers des formations et des intrants agricoles.
Cette production maraîchère profite aux pratiquants et, au-delà, à tout le village, témoigne Balki Maitaba. Elle est la responsable commerciale du groupement. A la récolte, les produits couvrent l’ensemble du village de Madobi. A cela s’ajoute une nette réduction des prix dans la zone. Elle ajoute qu’à travers cette activité, les membres du groupement, toutes des mères de familles, apportent leurs contributions au sein du foyer. Leurs gains sont modestes car elles vendent en famille, souligne-t-elle. Elles vendent la planche de laitue à mille (1 000) Fcfa. Le panier de la tomate est aussi vendu à mille (1 000) Fcfa. L’unité de la pastèque ou du melon est vendue entre 300 et 500 Fcfa. Elles vendent également en détail à partir de cent (100) Fcfa.

Etant sur un terrain d’autrui, mis à leur disposition sous forme de prêt, la plus grande préoccupation des membres du groupement est de savoir comment acquérir un terrain propre à elles. Actuellement, les femmes n’arrivent pas à profiter profondément du maraîchage. Les propriétaires terriens y pratiquent chaque année l’agriculture traditionnelle pluviale. Ce qui veut dire que leurs activités s’arrêtent pendant la saison des pluies. Dans l’année, elles ne disposent pas plus de trois mois. Elles sont toujours contraintes d’abandonner très tôt pour libérer les champs aux propriétaires.
Le souhait de la présidente de Kokari est que l’Etat ou les partenaires qui les avaient aidées leur permettent d’acheter le terrain afin de pouvoir l’exploiter tout au long de l’année. Son souci est de ne pas perdre ce terrain qui a déjà bénéficié d’infrastructures, estimant que cela serait un recul.
Bachir Djibo (ONEP),
Envoyé spécial



