Vue d’un dispositif de biodigesteur
Au Niger, de plus en plus de familles rurales et périurbaines adoptent les biodigesteurs pour valoriser leurs déchets organiques, résidus agricoles, déjections animales et déchets ménagers en biogaz et en engrais biologiques. Cette technologie de digestion anaérobie constitue une alternative durable face aux défis énergétiques du pays.
L’utilisation du bois pour la cuisson et l’éclairage domestique est une pratique largement répandue au Niger. En effet, selon les données de l’INS, en 2021 plus de 90 % de la population utilisait le bois comme principale source d’énergie pour la préparation des repas. Cette situation engendre des conséquences néfastes sur l’environnement et affecte particulièrement les femmes qui consacrent une grande partie de leur temps à la collecte du bois et à la préparation des repas. Afin de réduire la dépendance au bois-énergie et d’accroître l’accès des populations aux énergies renouvelables, plusieurs jeunes Nigériens développent des solutions énergétiques alternatives, notamment la production de biogaz à travers les biodigesteurs.
Idrissa Abdou Zakari, gérant de Green Business, une société agréée par la SNV et le ministère de l’Énergie pour la construction de biodigesteurs au Niger, un biodigesteur à proximité de la coopérative laitière de Kirkissoye. Ce dispositif, explique-t-il, constitue une réponse efficace à la forte dépendance au bois de chauffe, dont l’utilisation excessive accélère la déforestation. Il contribue également à réduire le recours aux engrais chimiques, souvent coûteux et susceptibles de dégrader la qualité des sols à long terme.
Mode et fonctionnement des biodigesteurs
M. Idrissa Abdou Zakari a précisé que le biodigesteur anaérobie installé au profit de la coopération laitière kirkissoye est un dispositif technique utilisé pour produire du biogaz qui peut être utilisé pour la cuisson propre, et alimenter un groupe électrogène, une motopompe et l’éclairage. Par ailleurs, ce biodigesteur est constitué d’un ensemble de fosses non fermées et fermées hermétiquement, issues d’une construction maçonnée enterrée faite à base de matériaux composés de ciment, de sable. « La fosse fermée permet de produire du biogaz à partir des déchets organiques (bouse de vache, fiente de volaille, déchets ménagers et déchets d’abattage et d’autres types de déchets organiques etc.) à travers un processus de fermentation. La fermentation permet à des microorganismes anaérobiques de dégrader ces déchets dans un milieu dépourvu d’oxygène. Le méthane est un gaz appréciable. Il peut être utilisé pour la cuisson, l’éclairage et bien d’autres utilisations. Le résidu ou l’effluent peut servir comme engrais, pesticide, insecticide, compost, engrais liquide, aliments poisson, volaille et bétail et à la production des asticots, a-t-il souligné.

Pour M. Idrissa Abdou Zakari, les avantages de la technologie du biodigesteur sont évidents et apportent des solutions aux préoccupations énergétiques des ménages tout en permettant une adaptation au changement climatique et à la réduction des gaz à effet de serre. L’utilisation du biodigesteur ne se limite pas à la production de gaz. Son effluent (le résidu) issu de la fermentation est une ressource polyvalente et précieuse. Sur le plan agricole, les résidus de la méthanisation sont des engrais organiques solides ou liquides, compost, pesticide naturel. Ils améliorent la fertilité des sols. Le biogaz préserve les forêts contre la déforestation, piège le méthane et limite les émissions de gaz à effet de serre. « En élevage et en aquaculture, les résidus servent également d’aliment pour poisson, volaille et bétail et à la production d’asticots, source de protéines pour l’alimentation animale. Le biodigesteur participe à la réduction des maladies oculaires et respiratoires, à l’amélioration des conditions d’hygiène et des dépenses pour bois de chauffe pour les femmes », précise-t-il.
Un outil de développement durable pour la population
L’essor des biodigesteurs au Niger illustre une dynamique de transition énergétique et écologique. Selon M. Idrissa Abdou Zakari, leur adoption permet non seulement de transformer les déchets en ressources utiles, de renforcer la sécurité alimentaire grâce à des fertilisants biologiques accessibles. À cela s’ajoutent la protection de l’environnement en réduisant la pression sur les forêts et l’amélioration des conditions de vie des ménages en leur offrant une énergie propre, abordable et adaptée aux besoins locaux. « Le choix de la coopérative laitière de Kirkissoye pour l’installation de ce biodigesteur est stratégique parce qu’au niveau de cette coopérative, nous disposons de vaches qui nous produisent une important quantité de bouse. Et c’est avec les excréments de ces vaches que nous utilisons dans ce biodigesteur pour produire du biogaz », a-t-il expliqué.
Toutefois, le jeune Idrissa Abdou Zakari souligne que, dans le but de limiter les impacts négatifs de la surconsommation de la biomasse sur l’environnement et sur la santé de la femme, l’utilisation des biodigesteurs est nécessaire surtout dans les villages où les animaux partent en pâturage durant la journée, à la recherche de nourriture. « Ce type d’élevage offre des possibilités de valorisation des déjections d’animaux sous forme de biogaz », a-t-il indiqué.

De son côté, le président de la coopérative laitière de Kirkissoye, Elhadj Souley Algoubas, dit avoir commencé l’expérimentation de ce biodigesteur il y a de cela trois ans. « Avant l’installation de ce dispositif, nous avons été très sceptiques sur son usage parce que nous ne disposons d’aucune connaissance là-dessus. Mais peu après son installation, nous avons bénéficié de formations sur les avantages que cette technologie apporte aux éleveurs disposant de vaches qui peuvent produire de la bouse. Cela nous a motivés à produire de l’énergie qui a permis aux femmes de faire la cuisine », a-t-il témoigné. Il a ensuite souligné que, dans le cadre du fonctionnement de son biodigesteur, il utilise toujours de la bouse produite par nos vaches et de l’eau pour produire de l’énergie susceptible de faire la cuisine. « Et bientôt, nous allons aussi expérimenter la production des composts, notamment les engrais, les aliments pour poisson, volaille et bétail », a-t-il déclaré.
Afin de promouvoir l’utilisation des biodigesteurs au Niger, le gouvernement, en collaboration avec SNV, a lancé en 2022 un projet visant l’installation de 3 737 biodigesteurs sur la période 2022-2025. Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’un programme régional prévoyant l’installation de 22 045 biodigesteurs dans trois pays d’Afrique de l’Ouest, à savoir le Burkina Faso, le Niger et le Mali. Le projet est financé à hauteur de 8,7 millions d’euros, soit environ 5,7 milliards de FCFA, par le Ministère des Affaires étrangères du Royaume des Pays-Bas.
L’objectif de ce programme est d’accroître durablement les productions agro-pastorales, d’améliorer les conditions de vie des ménages ruraux et périurbains, et de contribuer à la lutte contre la pauvreté tout en favorisant l’accès à des sources d’énergie renouvelable.
Yacine Hassane (ONEP)
