Une jeune mariée habillée selon la tradition
Célébré depuis l’antiquité, le mariage constitue un pilier social, un acte solennel chargé de symboles, de traditions et d’obligations morales. Dès lors, toute jeune mariée est appelée à être pudique. Aujourd’hui, cette notion semble se transformer, voire se redéfinir, sous l’effet des mutations sociales, culturelles, économiques et technologiques. Les célébrations contemporaines, influencées par les réseaux sociaux et l’évolution des mentalités contrastent fortement avec celles d’autrefois, avec des jeunes mariées qui accordent aujourd’hui peu d’importance à leurs coutumes. Cette situation est jugée dangereuse pour l’équilibre de la société par de nombreux observateurs.
La pudeur a occupé une place centrale dans de nombreuses sociétés à travers le monde. Elle renvoyait non seulement à une attitude personnelle, mais aussi à un ensemble de normes collectives encadrant le corps féminin, la sexualité, la parole et la visibilité sociale de la femme nouvellement mariée. Transmise de génération en génération, la pudeur d’une jeune mariée s’inscrit dans un cadre normatif précis. Autrefois, la jeune mariée est très discrète dans sa prise de parole et dans ses interactions avec les membres de la société.
Elle s’habillait décemment, ne laissant aucun trait de son corps apparaitre aux yeux des autres ; ce qui est un signe qui montre qu’elle est non seulement une femme mariée, mais aussi une femme pudique. Le comportement de la jeune épouse engageait non seulement sa réputation personnelle, mais aussi la responsabilité de sa famille et de celle de son époux. Dans ce contexte, la pudeur devenait un capital symbolique.
Malheureusement, il n’y a presque plus de pudeur dans les sociétés contemporaines, avec une disparition progressive des valeurs traditionnelles, culturelles et religieuses. Mme Hadiza Amadou, une vieille dame âgée de quatre-vingt ans (80 ans), explique qu’à leur époque la jeune mariée était interdite de sortir un mois avant le mariage. Cette interdiction, a-t-elle appuyé, était non seulement pour la protéger et la préserver du regard extérieur, mais aussi pour implorer la bénédiction de Dieu sur elle. « Les jeunes mariées d’aujourd’hui sont en train de briser toutes nos traditions … parce qu’elles sortent et dansent même devant leur belle famille sans aucune honte », déploré-t-elle. En effet, dans le temps les codes vestimentaires stricts, notamment pour les mariées, avaient pour but de limiter ‘’l’exposition’’ du corps féminin dans l’espace public. Et, ce comportement n’était pas toujours vécu comme une contrainte, mais plutôt comme une norme intériorisée dès l’enfance.

Interrogé sur l’importance de la préservation du corps de la femme, M. Moustapha Ahoumadou, un prédicateur musulman, souligne que le corps de la femme est sacré et secret. « Un bon musulman ne cherche pas à s’exposer, que ce soit dans le mariage ou même dans les actes d’adoration. Les actes doivent être accomplis pour Allah seul, et non pour être vus ou admirés par les gens. L’exhibition excessive, les vêtements indécents, l’ostentation des bijoux, de l’or ou des parfums devant les autres sont contraires aux principes de l’Islam. Ce qui embellit la femme est destiné à son mari », dit-il.
Dès le bas-âge, se rappellent encore avec nostalgie la plupart des personnes âgées rencontrées, on apprenait aux filles à baisser la voix, à maîtriser leurs gestes et à éviter certains regards. Ainsi, la jeune mariée devait « prouver » sa maturité et sa moralité par son comportement mesuré. Dans ce cadre, la pudeur n’était pas négociable. Elle constituait un idéal féminin valorisé, souvent associé à la vertu, à la fidélité et à la stabilité du foyer. « Il est recommandé d’instaurer un conseil quotidien à vos enfants qui seront des futures mariées, même quelques minutes par jour, pour se rappeler mutuellement d’Allah et les valeurs de l’Islam. C’est cela qui permettra de préserver le mariage et de construire une vie stable et bénie », préconise M. Moustapha Ahoumadou.
Une transformation de la féminité qui interroge
Aujourd’hui, les jeunes mariées évoluent dans une société marquée par l’accessibilité des réseaux sociaux qui constitue une culture de l’image omniprésente. Les robes de mariée contemporaines de plus en plus audacieuses, illustrent ce changement. Pour Mme Rayanatou Moussa, une jeune mariée, se présenter bien le jour de son mariage ne signifie pas qu’on rejette la pudeur, mais qu’on la ‘’redéfinit’’. Elle précise qu’elle s’est beaucoup amusée le jour de son mariage, comme si sa vie en dépendait, sans se sentir honteuse. Pour elle, la pudeur relève aujourd’hui davantage d’un choix personnel que d’une obligation sociale stricte. « Le monde évolue de plus en plus, nous ne sommes plus obligés de nous cacher pour quoi qui que ce soit. Chacun est libre de sa personne, donc libre de faire ce qui lui semble bon », affirme-t-elle avec fierté.
Les photos de mariage largement diffusées, les récits personnels partagés en ligne, les mises en scène du couple et les séances de danse de la jeune mariée sont autant de pratiques qui auraient été inimaginables il y a de cela quelques années. La pudeur des jeunes mariées, si elle était autrefois largement codifiée et collective, tend aujourd’hui à se diversifier et à s’individualiser. Le secrétaire Général de l’Association Islamique du Niger, M. Youssouf Mounkaila a rappelé qu’avant tout, le mariage est une adoration au même titre que la prière, le jeûne ou le pèlerinage. C’est un acte, précise-t-il, qu’Allah a ordonné d’accomplir, et lorsqu’il est fait conformément aux textes, il apporte des récompenses.
« Le Prophète Muhammad (paix et salut sur lui) a montré, à travers la Sunna, comment célébrer le mariage. Le mariage en Islam repose sur deux piliers fondamentaux mentionnés dans le Coran : l’amour (mawadda) et la miséricorde (rahma). Lorsque le mariage est célébré selon les règles de l’Islam, il ne devient pas un défilé de mode ou une occasion de s’exhiber. Le mariage n’est pas fait pour montrer sa richesse, sa beauté ou son statut social. C’est une adoration qui doit rester dans la discrétion, le calme et la sincérité », a-t-il affirmé, tout en ajoutant qu’un mariage mal organisé selon les normes islamiques, ne peut que finir par le divorce.
Hafissatou Mounkaila (Stagiaire)
