Hassanié Mahamat Ibrahim
Titulaire d’une licence en journalisme de l’Ecole Supérieure des Sciences de la Communication et des Médias (ESSCOM) de Niamey, Hassanié Mahamat Ibrahim est une passionnée de cinéma. La jeune Nigéro-Tchadienne, née en novembre 2000 à N’Djamena, est devenue réalisatrice de films et critique de cinéma. Depuis quelques temps, elle s’initie également à l’art de la photographie.
Hassanié Mahamat Ibrahim réside depuis 2021 au Niger, où elle poursuit son rêve derrière la caméra. « J’écris des films documentaires, des fictions. Je rédige aussi des textes critiques de cinéma tout en exerçant occasionnellement le journalisme en tant que pigiste pour le compte du magazine féminin Amina. J’ai fait une formation sur la photographie dans le cadre de Tarmamun afin d’enrichir mon regard et mon langage visuel », a-t-elle dit.
Après l’obtention de sa licence en journalisme, elle s’est lancée en 2022 dans la réalisation de films. « À travers le cinéma, on raconte des histoires variées et ancrées dans la réalité pour valoriser les voix marginalisées, en particulier celles des femmes et des enfants, les populations rurales ou déplacées », a rappelé la jeune cinéaste. Ses productions, poursuit-elle, touchent les sociétés, notamment les injustices sociales car « pour moi, le cinéma est un outil de transmission, d’éveil et de changement qui permet de faire exister les histoires qu’on ne raconte pas ».
En 2023, Hassanié Mahamat Ibrahim a participé à un atelier en production cinématographique dans le cadre de la semaine du cinéma, ce qui lui a permis, raconte-t-elle, de « comprendre concrètement les étapes de réalisation d’un film ». Par la suite, elle a suivi un atelier de critique cinématographique à Dakar qui lui permet aujourd’hui de mieux lire et analyser les œuvres. Ces apprentissages et formations sont complétés par un stage au Centre National de la Cinématographie du Niger, une immersion inspirée dans la richesse de la filmographie nigérienne, ajoute-t-elle. Dans ce centre, sa passion pour le cinéma est boostée : la jeune femme passe alors son temps à étudier de précieuses archives et tenter, par ce geste, de cerner l’histoire du cinéma nigérien.
En 2024, Hassanié Mahamat Ibrahim réalise son premier documentaire intitulé ‘‘Takalakoyos, les Gardiennes du Fleuve’’, un film qui rend hommage aux femmes vivant au bord du fleuve. Ce documentaire qui retrace le quotidien d’Amina, une septuagénaire vendeuse de sable à Niamey, a été sélectionnée dans plusieurs festivals prestigieux comme Vues d’Afrique, à Montréal, et le Festival international du film documentaire de Saint-Louis, au Sénégal. Récemment, ce film qui soulève beaucoup d’espoirs pour le cinéma Nigérien est rentré en compétition officielle au FIFDOPO, à Porto-Novo, au Bénin.
Malgré ses débuts prometteurs, la jeune cinéaste regrette le manque de financement en faveur des productions et l’insuffisance de matériel professionnel et de formations accessibles pour les jeunes Nigériens en début de carrière. « Il est aussi très difficile pour les jeunes cinéastes nigériens de se déplacer pour accompagner leurs films en festival. Jusqu’à présent, je n’ai assisté qu’une seule fois à la projection de mon film à l’étranger, et à mes propres frais. Ces limites freinent la visibilité de notre travail. Mais je reste engagée, convaincue que chaque film est un pas en avant », dit-elle, optimiste plus que jamais. Hassanié Mahamat Ibrahim estime qu’avec le soutien de la population et du gouvernement, le cinéma nigérien peut retrouver ses lettres de noblesse. « Le cinéma demande du courage, de la patience et de la passion. J’encourage les autres à se former, à s’approcher des aînés et à être curieux », conseille-t-elle aux jeunes cinéastes.
Rabi I. Guero (ONEP)
