Farmo M.
« Je crois en cette race, la plus grande des races gouvernantes que le monde ait connues ».
« Les races supérieures ont le devoir vis-à-vis des races inférieures. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures ».
Ainsi parlaient les Premiers ministres d’Angleterre et de France, Neville Chamberlain et Jules Ferry, au 19ème siècle, moment où l’impérialisme avait atteint son apogée ou encore, pour parler comme Lénine, au moment où le capitalisme, par le colonialisme, était parvenu à son stade suprême.
Écoutons encore Jules Ferry :
« Un mouvement irrésistible, dit-il, emporte les grandes nations européennes à la conquête de terres nouvelles. Aujourd’hui ce sont des continents que l’on annexe, et particulièrement ce vaste continent noir, plein de mystères farouches et de vagues espérances »
« On peut, poursuit-il, rattacher l’expansion coloniale à trois ordres d’idées : à des idées économiques, à des idées de civilisation, à des idées d’ordre politique et patriotique. Ce qui manque à notre grande industrie, ce qui lui manque de plus en plus, ce sont les débouchés. Or, ce programme est intimement lié à la politique coloniale. Il faut chercher des débouchés ».
Impérialisme et mission civilisatrice
Le mouvement irrésistible qui pousse l’Occident à la conquête de terres, c’est-à-dire l’impérialisme, n’a pas varié d’un iota. Il se rattache aujourd’hui, pour utiliser un langage moderne, à la recherche de parts de marché, et à la sécurisation des sources d’approvisionnement en matières premières critiques et stratégiques.
Même si son déclin est aujourd’hui patent, l’Occident n’a pas cessé de croire en sa supériorité. Son complexe de supériorité indécrottable, fait d’arrogance, de condescendance et de prétention, le pousse à vouloir être mesure, référence, norme et juge de toutes choses et en toutes choses. La prétention de civiliser le reste du monde ou « mission civilisatrice » est une émanation de ce complexe de supériorité, et sert en même temps de justification à la domination occidentale sur le monde et à tous les crimes commis au nom de la civilisation.
La mission civilisatrice traverse les siècles, elle perdure, elle est à l’œuvre. Pour l’Occident, la mission civilisatrice consiste à refaire le monde à son image. Civiliser, c’est amener le reste du monde à adopter, les langues, les institutions, les lois, les habitudes et leurs mœurs occidentales.
Civiliser pendant la colonie
Civiliser pendant la période coloniale consistait à recruter des indigènes, à les modeler pour en faire des interprètes, des moniteurs, des instituteurs, des militaires, des policiers, des percepteurs d’impôts, des cuisiniers et des boys, des commis et autres agents subalternes indispensables à l’administration de la colonie et à une manière d’être ou de devenir comme le maître. Le colonialisme a donc produit des immatriculés, des évolués, des émancipés et des assimilés pour ses besoins propres. La mission civilisatrice a fait en sorte que l’indigène à peau noire porte des masques blancs (Peau noire, masques blancs, ouvrage de Frantz Fanon).
Civiliser en post colonie
La décolonisation n’altère pas l’impérialisme. La mission civilisatrice ne prend pas fin avec l’indépendance. Impérialisme et mission civilisatrice se confondent et se fondent dans le néocolonialisme pour poursuivre leur travail de domination-assimilation.
Comme l’ordre colonial, l’ordre post colonial avait besoin de commis et d’agents subalternes pour fonctionner. Les autochtones qui avaient déjà subi un long processus d’acculturation lui servirent de vivier. C’est là qu’il puise, afin de les former, de les modeler, les agents dont il a besoin. La mission civilisatrice produit donc des démocrates.
Puisqu’il n’y a pas de démocrates, sans démocratie, il a fallu attendre que les conditions soient favorables, que le mur de Berlin s’effondre, que la conférence de la Baule se tienne, que l’URSS se disloque, que la guerre froide arrive à son terme, et que le vent venu de l’Est pousse la démocratie vers nos cieux. Civiliser, c’est alors démocratiser, c’est élever l’Africain dans l’ordre politique, lui apporter le progrès, le faire évoluer, l’assimiler, le conduire à faire de la politique comme l’homme blanc, son tuteur, c’est le rendre apte à reproduire les lois, les institutions, les mœurs et les habitudes occidentales.
Mais voici, plus d’un quart de siècle après la démocratie ne s’est pas enracinée, la démocratisation n’a pas produit les résultats escomptés. Ici, elle se meurt. Ailleurs, elle survit. Des voix s’élèvent pour réclamer sa fin, d’autres voix militent en faveur de sa sauvegarde ou de sa restauration. Ne prenons pas parti avant d’avoir fait un bilan.
Synopsis de la démocratie
Une petite classe de politiciens véreux, d’hommes d’affaires douteux, et autres courtisans, constituent sa tête de proue. En son sein, des factions exercent le pouvoir à intervalles plus ou moins réguliers. A ce tour de passe-passe, ils donnent le nom d’alternance démocratique.
Ci-bas, quelques-uns de ses aspects marquants :
– Un marché sur lequel se trouvent bétail électoral, acheteurs de consciences, démarcheurs de suffrages, corrupteurs et corrompus. En ce lieu, la tromperie sert de monnaie, et chacun ne songe qu’à abuser l’autre ;
– Une multitude de partis politiques satellites qui gravitent autour de quelques partis dominants. Les uns ont pour ambition de goûter aux délices du pouvoir via les partis-mères, les autres font passer les intérêts partisans voire ceux du père fondateur avant les intérêts du pays. Tous ont du pouvoir d’Etat l’image d’une caverne d’Ali Baba devant laquelle on se bouscule pour obtenir le sésame ;
– Une Commission Électorale dite indépendante qui n’est en réalité qu’une officine draculesque où la fraude est instituée et le secret du vote violé. Ici, les bulletins sont falsifiés, les urnes sont bourrées, et les résultats produits sont staliniens ;
– De grands commis qui briguent la magistrature suprême, mais qui ne peuvent l’obtenir qu’avec l’onction du Saint-Esprit démocratique français ;
– Des observateurs internationaux béni-oui-oui prompts à faire passer irrégularités, parodies et pastichages pour des élections justes, libres et transparentes.
Qui peut jurer la main sur le cœur que les élections étaient libres et régulières, que les libertés fondamentales étaient respectées, que l’Etat était de droit et que la séparation des pouvoirs était effective ? Qui peut attester que les principes fondamentaux n’étaient pas foulés aux pieds ?
Le moins qu’on puisse dire, au demeurant, c’est que nous avons vécu plus de trente ans avec une démocratie allogène et avachie.
L’occire pour bâtir ou, la rétablir pour périr ? Telle est la question.
Farmo M.
———————————————————-
Sentences nigériennes
Le Général Tiani ne bavarde pas.
Quand il parle, il le fait en connaissance de cause. Plus d’une fois, il l’a prouvé.
Quand le Général incrimine, il débusque les coupables. Maintes fois, nous en avons été témoins.
Le 30 janvier 2026, au lendemain de l’attaque lâche qui portait atteinte à l’intégrité de son pays et à la sécurité nationale, il a été sobre en paroles. En quelques mots, le Président de la République fit le point et situa les responsabilités, sans fard.
Aurait-on voulu qu’en ces circonstances de drame et de vérité, le Président use de diplomatie, et caresse dans le sens du poil ceux qui s’en prennent à la mère patrie ?
L’extrême gravité de la situation disqualifiait toute tergiversation. Ceux qui ne portent pas sur leurs épaules le destin d’un peuple peuvent folâtrer. Les propos du Président ont ameuté la Négraille, c’est le moins qu’on puisse dire. Les Nègres de service hurlent. Les Nègres de maison vocifèrent. Le maître blanc, le Békè ne dit mot.
Ce sont les Africains qui viennent des colonies pour sauver la France. Ils veulent porter haut et fier son drapeau. Et si quelqu’un venait à y toucher, ils seraient là pour mourir à ses pieds. Ils sont prêts à mourir pour le salut de l’empire français.
Pauvres hères, quand ouvrirez-vous les yeux sur le monde ? Quand vous soucierez-vous de votre sort de colonisés, de dominés, de nègres serviables et corvéables à merci ?
Rien ne sert de courir derrière des preuves quand l’évidence est saisissable.
L’évidence, Messieurs, est que la France chassée de nos contrées et humiliée, cette France en voie de sous-développement qui ne rayonne plus au plan international, cette France indécrottablement colonialiste, tente de reconquérir ses anciennes possessions africaines.
Dans son entreprise utopique, elle compte s’appuyer sur ses inconditionnels affidés, pour reconstituer son pré carré. Dans son baroud, elle veut faire feu de tout bois, comme elle l’a fait depuis Boganda, depuis Olympio, depuis Sankara, depuis Kadhafi.
France et consorts, comprenez que le mouvement qui porte le Niger vers la souveraineté est irréversible et irrépressible.
Farmo M.
