Mme Gogé Maimouna Gazibo
La disparition des jeunes filles constitue aujourd’hui un fléau majeur dans les villes. Ce phénomène signalé régulièrement dans des avis de recherche publiés sur les réseaux sociaux, touche majoritairement les adolescentes. Au-delà du fait social, il engendre un sentiment d’insécurité au sein de la communauté. Entre spéculations et campagnes de sensibilisation, la prévention des cas de disparition reste un défi majeur pour tous les acteurs.
Les cas se multiplient dans la société et les spéculations prennent de l’ampleur, les unes plus farfelues que les autres. A partir des cas de disparition recensés lors de notre travail de collecte, trois (3) cas, dont deux (2) à Niamey et un (1) à Maradi, les victimes ont été retrouvées en bonne santé : elles ont simulé leur disparition afin de passer du temps chez leurs copains. D’après les témoignages des parents respectifs, les deux filles sont rentrées d’elles-mêmes à la maison après quelques jours d’absence. La troisième, quant à elle, a été géolocalisée depuis sa cachette, à travers son téléphone. Pour une quatrième victime, les parents se sont juste contentés de dire qu’elle a été retrouvée. Les familles concernées préfèrent garder le silence.
Selon des témoignages de Mme Gogé Maimouna Gazibo, sur trois (3) cas de filles mineures qu’elle a pris en charge dans son ONG ‘’Chroniques Juridiques’’, les filles se sont volatilisées à cause de leur dépendance aux stupéfiants. Quand elles sont en manque, elles voyagent pour en chercher et mettent des jours avant de revenir à la maison. Les cas les plus fréquents, mentionne-t-elle, concernent les filles qui prennent la fuite pour échapper à un mariage forcé dont elle relève une vingtaine de cas rencontrés.
Mme Gogé Maimouna Gazibo explique que les familles des victimes de disparition ne précisent jamais dans les avis de recherche les raisons qui ont poussé la fille à «prendre la fuite». Ces raisons qu’on cache, indique Mme Gogé Maimouna Gazibo, sont les maltraitances de la famille ou des tuteurs et les violences morales et souvent sexuelles subies par la jeune fille. D’autres filles encore, ajoute-t-elle, cherchent refuge chez leurs voisines parce qu’elles ne supportent plus la violence conjugale que subissent leurs mères. Elle raconte qu’une jeune fille de 13 ans abusée sexuellement par son tuteur qui n’est autre que le mari de sa cousine, a dû se réfugier pendant deux semaines chez une voisine.
Pour Mme Gogé Maimouna Gazibo, quand il y a disparition ou fuite, la faute doit peser plus sur les familles que sur ces filles majoritairement mineures. « Les parents doivent se demander, quand ils se retrouvent face à des circonstances pareilles, pourquoi leur fille a quitté la maison », a-t-elle relevé. Elle précise que l’enfant mérite une attention particulière et une protection de la part de ses parents. Elle a ainsi appelé à la clémence envers ces jeunes filles. La coordinatrice de Chroniques Juridiques a également plaidé pour la création d’une ligne verte qui permettra d’alerter les autorités compétentes en cas de disparition de filles. Elle demande aussi que les raisons de la disparition ou de la fuite de fille soient évaluées minutieusement pour apporter les solutions idoines.
Pour sa part, en tant qu’actrice de la société civile, Mme Gogé Maimouna, à travers son ONG, a décidé d’accorder une oreille attentive à tous les cas de fuite causée par les mariages précoces ou forcés, par les violences sexuelles et familiales, et avec un accompagnement et une sensibilisation continue de la société en appui. Cela parce que, souligne-t-elle, peu importe le différend dans une famille, la résolution est mieux que la séparation. « On est dans une société où l’équilibre d’une personne, c’est à la fois son équilibre individuel et l’équilibre familial », a-t-elle souligné.
Bachir Djibo (ONEP)



