Entouré de ses proches collaborateurs ...
Faisant partie des toutes dernières entités administratives à être érigées en départements suite à la réforme administrative de 2011 au Niger, le département de Dungass est un jeune département en voie de consolidation. Il se situe dans la partie sud de la région de Zinder partageant une frontière longue de 110km avec le Nigeria au sud. A l’instar des autres départements du Niger, Dungass dispose d’un district sanitaire départemental couvrant une population de 570 000 habitants répartie sur quatre communes que sont Dungass, Dogo-Dogo, Gouchi et Mallaoua.
Le district de Dungass est constitué au total de 60 formations sanitaires publiques dont 18 centres de santé intégrés (CSI) et 42 cases de santé et une unité pédiatrique dans la ville de Dungass ainsi que trois structures sanitaires privées. Dr Lompo Seydou, le médecin-chef de ce district sanitaire à forte densité humaine, souligne que la couverture sanitaire est d’environ 41%. Ce qui, selon lui, représente un taux peu reluisant face aux défis de cette zone située aux confins du centre sud du Niger, très peu fournie en infrastructures routières. Le département ne dispose d’aucune voie bitumée. Les voies latéritiques reliant Dungass à la RN 11 (Magaria) et à la RN 1 sont fortement dégradées. Toute chose qui, selon lui, rend très difficiles les évacuations sanitaires vers d’autres formations, notamment l’Hôpital National de Zinder.

A cet aspect cahoteux des quelques routes existantes, s’ajoute la distance. En effet, il faut parcourir 160km à travers ces routes cahoteuses pour rallier Zinder. L’unité pédiatrique constitue le premier pas vers l’hospitalisation, la prise en charge. Cependant, cette unité concerne pour le moment les personnes âgées de zéro à 15 ans, précise Dr Lompo, ajoutant qu’ils y hospitalisent parfois les adultes. Parmi les soixante formations sanitaires du district, on dénombre sept (7) CSI et 14 cases de santé qui sont frontaliers du Nigeria, là où se concentre environ 37% de la population du département. Pour Dr Lompo Seydou, cette situation pose d’énormes défis car les mouvements des populations se font de part et d’autre de la frontière. « Toute chose qui ne facilite ni la surveillance épidémiologique, ni la prise en charge des malades, étant donné que des citoyens nigérians peuvent se référer aux formations sanitaires nigériennes et vice-versa », indique le médecin-chef du district. C’est une particularité qui n’est pas sans conséquences sur la maîtrise de la situation sanitaire.
En termes de personnel, le district sanitaire de Dungass dispose de toutes les catégories d’agents. « Mais, il n’y a que quatre médecins pour l’ensemble de 570 000 habitants », nuance Dr Lompo, précisant que cela fait moins de 1% par rapport au ratio de l’OMS qui stipule qu’il faut un médecin pour 10 000 hbts. Parlant des autres personnels, le responsable indique que le district dispose de 21 infirmiers, 9 sages-femmes dont 4 venant des appuis des partenaires. Cela a permis de répartir les 9 dans les CSI de type II, répondant de facto aux normes. Quant aux cases de santé, elles sont essentiellement animées par des agents de santé communautaire au nombre de 39, tandis que les trois autres, gérés par des infirmiers qualifiés, sont en instance d’être érigés en CSI.
Malgré sa position en plein centre du pays, Dungass reste une entité enclavée du fait du manque de routes et de la vétusté inouïe de celles existantes. La population du district sanitaire en fait les frais. L’accessibilité des centres de santé est difficile pour la population. Cela explique le faible taux de couverture, a fait savoir le médecin-chef de district, soulignant que, parfois, les agents sont obligés d’aller vers les populations. Avec le peu de moyens roulants dont dispose le district : sept ambulances dont cinq opérationnelles en état moyen dispatchées dans les communes, le district fonctionne tant bien que mal. Dr Lompo s’est toutefois félicité que le district dispose globalement des équipements essentiels, mais certains sont hélas dans un état de vétusté avancée. Il reconnaît qu’avec le remboursement des frais de la gratuité, les CSI sont dotés de moyens basiques de travail. Le souci se trouve au niveau des gros matériels comme les tables d‘accouchement dont les structures ne peuvent pas se procurer du fait de leur coût élevé. Mais au niveau des cases de santé, la situation n’est pas du tout reluisante, souligne le responsable.

S’agissant de l’énergie et de la chaîne de froid, le district de Dungass n’a pas de problème majeur a indiqué son chef car il dispose de deux groupes électrogènes au sein du district et des installations solaires au niveau des CSI qui alimentent la chaîne de froid. Pour le médecin-chef du district, une lueur d’espoir est née avec l’annonce de la subvention de l’Etat en lien avec la baisse de tarification opérée par le gouvernement en août 2024. « Ces fonds viendront combler le gap et permettront aux structures sanitaires d’avoir une bouffée d’oxygène pour améliorer les prestations et la qualité de la prise en charge car les fonds sont destinés à acquérir du matériel et des médicaments », souligne-t-il.
Sur la situation épidémiologique, le médecin rassure qu’aucune épidémie n’a été signalée au vrai sens du terme, hormis le paludisme dont le nombre de cas est en hausse par rapport à l’année passée. Le district a pu bien prendre en charge adéquatement tous les cas qui se sont présentés dans ses formations sanitaires avec moins de décès. Toutefois, dix cas de rougeole, huit cas de méningite et un cas de diphtérie ont été enregistrés, tous bien pris en charge grâce à une bonne surveillance épidémiologique et à la disponibilité des médicaments. La situation épidémiologique à Dungass est calme cette année, a-t-il soutenu, tout en soulignant que cette année, les structures de santé transfrontalières nigéro-nigérianes ont bien coordonné leur collaboration à travers le partage en temps réel des informations.
Zabeirou Moussa, Envoyé spécial
