Pr Moustapha Helle avec notre reporter
La hernie est une malformation congénitale de la paroi, le plus souvent abdominale, avec persistance d’une communication entre cette paroi abdominale et l’extérieur. Selon les spécialistes, il s’agit d’un orifice naturel qui doit normalement se fermer avant la naissance et dont la persistance va donner passage au contenu de l’abdomen en dehors de celui-ci et qui est couvert par la peau. Au Niger, elle est la plus fréquente des malformations congénitales constituant la première cause de consultation en chirurgie pédiatrique.
Dès les premières heures du matin, devant le service de la chirurgie pédiatrique de l’Hôpital National Amirou Boubacar Diallo de Niamey, l’on aperçoit une foule. A l’approche de ce service, c’est les cris des enfants qui vous accueillent. Hommes et femmes, en compagnie de leurs enfants, font la queue et attendent l’arrivée du personnel de santé pour la consultation.
Selon les explications de la Professeure Agrégée Moustapha Helle, Chirurgienne-Pédiatre, pour une journée de consultation sur quarante (40) malades vus en consultation, 30 seront porteurs de la hernie et certains viennent de très loin. C’est un problème de santé qui est devenu très fréquent chez les enfants ces derniers temps. Ainsi, elle se présente de plusieurs manières selon la localisation, le contenu, le type et la taille. «La hernie ombilicale est la plus fréquente. Il y’a la hernie inguinale ou inguino-scrotale au niveau de l’aine et le scrotum et la hernie épigastrique, qui est très rare, qui se situe au niveau de la ligne médiane au-dessus ou en-dessous de l’ombilic », a-t-elle précisé.
S’agissant du contenu, quand il s’agit de l’intestin, on l’appelle la hernie, lorsque c’est du liquide péritonéal, on l’appelle hydrocèle, quand c’est l’ovaire ou la trompe chez la petite fille, elle est appelée la hernie de l’ovaire. La praticienne a précisé qu’il existe la hernie simple et la hernie compliquée ou étranglée qui est une forme grave en cas de douleurs et vomissements. « Pour la hernie ombilicale, elle est dite petite lorsque l’orifice est inférieur à 0,5 cm, moyenne entre 0,5 à 1,5 cm et large ou grande lorsque cet orifice est supérieur à 1,5 cm. Plus l’orifice est large, moins on a des risques de complication notamment l’étranglement herniaire », a-t-elle signalé.
Dans le cas d’une hernie simple, Pr Moustapha Helle précise que les symptômes montrent une tuméfaction molle c’est-à-dire une augmentation de volume de l’orifice concerné du fait du passage de l’intestin et celle-ci est plus visible quand l’enfant pleure, tousse ou lorsqu’il est debout. Selon elle, cette tuméfaction est non douloureuse. Son volume ou sa taille change, c’est-à-dire elle diminue quand l’enfant dort, cesse de pleurer, ou bien quand on appuie avec les doigts pour refouler le contenu, c’est ce qu’on appelle réductible. « Quand la hernie se complique, les signes observés sont la douleur liée à la compression de l’intestin, la tuméfaction devient dure et ne se réduit plus (irréductible), des vomissements. Dans ce cas, c’est très grave et urgent, car il faut opérer rapidement pour libérer l’intestin et sauver la vie du patient », a-t-elle mentionné avant de notifier que les cas les plus fréquents sont la localisation au niveau de l’ombilic et la forme simple.

La chirurgienne pédiatre a indiqué que la prise en charge d’une hernie simple commence d’abord par une consultation au service de chirurgie pédiatrique. L’enfant est examiné par un chirurgien-pédiatre qui va chercher les différents caractères de la hernie et poser le diagnostic en précisant le type d’hernie et la localisation. « Après, un bilan sanguin d’opérabilité est demandé ainsi qu’une visite pré-anesthésique. Lorsque le patient est jugé opérable, il est programmé pour l’intervention chirurgicale. La veille de l’intervention, il est hospitalisé dans le service pour la mise à jeun et la consultation pré-anesthésique. L’intervention se fait au bloc opératoire sous anesthésie générale et l’orifice est fermé. Après l’intervention, une surveillance est instaurée dans le service pendant 6h de temps et, en l’absence de complication, le patient est autorisé à sortir le soir même », a-t-elle déclaré tout en soulignant que, dans la grande majorité des cas, les suites sont simples avec rarement des complications.
La praticienne a affirmé que la chirurgie de la hernie est simple mais elle est très délicate chez l’enfant, car elle exige une connaissance de l’anatomie de l’enfant. « Idéalement, cette chirurgie doit être faite par le spécialiste en chirurgie pédiatrique, surtout pour la hernie inguinale/inguino-scrotale, car le risque majeur dans ce type est la lésion du cordon spermatique ou des vaisseaux qui irriguent le testicule. Ces complications auront des répercussions surtout à l’âge adulte avec un risque d’infertilité », a-t-elle ajouté.
Pour une meilleure prise en charge de la hernie au Niger, des efforts sont nécessaires notamment dans la sensibilisation de la population, les ressources humaines, le renforcement du plateau technique, la disponibilité des consommables dans l’amélioration de la gratuité des soins. « Nous sommes dans un système de gratuité de soins pour les enfants de 0-5 ans et la demande en matière de soins est toujours trop forte. Rappelons-le, notre pays dispose seulement de deux services de chirurgie pédiatrique avec 5 chirurgiens pédiatres en activité. Même si une formation des spécialistes en chirurgie pédiatrique a commencé depuis 2017 (la 3ème promotion est sortie en Novembre 2025), en vue de doter le pays de ces spécialistes, il y a très rarement de recrutement. Ce qui fait que ces spécialistes formés se retrouvent à l’extérieur», a-t-elle déclaré. Selon le médecin, la mise en place de camp de chirurgie mobile et ambulatoire pour favoriser l’accès à la chirurgie permettra une prise en charge efficace et rapide tout en réduisant le risque de complication.
Alertée par la douleur intense que manifestait sa fille, une mère raconte qu’elle n’a jamais su que l’enfant de 9 ans avait une hernie. « J’ai découvert qu’elle avait un problème au niveau de son nombril la semaine dernière, lorsque je lui ai demandé d’aller puiser de l’eau au forage. Elle est venue me dire qu’elle ne pouvait pas, car elle avait très mal. Nous l’avons amenée en urgence à l’Hôpital National Amirou Boubacar Diallo. C’est là que nous avons appris qu’elle avait une hernie», a-t-elle confié.
Venue de la commune d’Abala (région de Tillabéri), une autre maman s’inquiète pour la santé de son bébé de six mois, dont les testicules sont gonflés depuis la naissance. « Nous étions venus pour une première consultation, et c’est là qu’on nous a appris qu’il avait cette malformation congénitale appelée hernie. À l’époque, il était trop petit, on m’a demandé de revenir dans quelques mois. C’est pourquoi je suis revenue aujourd’hui, pour voir s’il est possible de faire quelque chose pour le soulager », a-t-elle témoigné.
Salima H. Mounkaila (ONEP)
