Dans les couloirs des hôpitaux, entre les salles de soins, les chambres des patients et les services d’urgence, elles accomplissent chaque jour un travail indispensable mais souvent ignoré : ce sont les filles de salle. Discrètes, dévouées et toujours en mouvement, ces femmes participent activement au bon fonctionnement des structures sanitaires à travers des tâches essentielles liées à l’hygiène, à l’entretien et à l’assistance au personnel soignant.
Très tôt le matin, avant même l’arrivée de nombreux patients, elles sont déjà à l’œuvre. Balais, seaux d’eau et produits d’entretien en mains, elles nettoient les salles de consultation, désinfectent les couloirs, préparent les chambres et souvent interviennent pour assister les femmes en accouchement. Dans un environnement où l’hygiène est une question de vie ou de mort, leur rôle s’avère fondamental dans la prévention des infections et la sécurité des malades.
Mme Kadidjatou Moumouni fait partie de ces femmes modestes, courageuses et persévérantes. Fille de salle à l’Arrondissement Communal Niamey 5, précisément au Centre de Santé Integré de Karadjé, elle exerce ce métier depuis 1998, année où elle a obtenu son numero matricule. Après plusieurs années de service, elle s’apprête à faire valoir ses droits à la retraite l’an prochain. Assidue, honnête et courtoise, toujours à l’écoute de la hiérarchie, Kadi allie bien vie professionnelle et vie personnelle. Elle se réveille tôt le matin, prend bien soin de la maison avant de venir au service pour exercer convenablement le travail que sa patronne lui confie. « Je m’entends bien avec les gens, j’essaye d’être toujours disponible et courtoise avec mes collègues. Et notre travail, Dieu merci, se remarque facilement, nous gardons nos locaux propres pour notre bien être, nous les travailleurs, et celui des patients » confie Kadi.
« Ce travail, je l’ai aimé et je continue de l’aimer. Il représente bien plus que vous ne pouvez l’imaginer pour moi. Les gens le banalisent mais, croyez-moi, il fait la fierté de ceux qui l’exercent. Personnellement, il m’a épargné de beaucoup de maux de la vie. Et Alhamdulilah, grâce à ce travail, j’irai faire mon pèlerinage cette année même, quoi demander de plus ? Alhamdulilah », dit- elle le visage rayonnant.
Au-delà des tâches qui lui sont associées, ce métier demande de la patience, de la compassion et un grand sens du sacrifice. Les filles de salle accompagnent souvent les patients dans des moments difficiles et apportent un soutien moral précieux aux malades et à leurs familles. « Nous transportons parfois les patients jusqu’à leur chambre et nous assistons aussi le personnel médical dans certaines tâches logistiques », a expliqué Mme Kadidjatou. Elle a rappelé également les conditions de travail d’autrefois, particulièrement éprouvantes dans les maternités. « Par le passé, le travail était très difficile. Lorsqu’une femme accouchait, c’était à nous de prendre soin d’elle et du bébé. Aujourd’hui, heureusement, les accompagnantes participent davantage aux soins », a-t-elle confié.
Malgré les difficultés, Mme Kadidjatou affirme n’avoir jamais rencontré de problèmes majeurs dans l’exercice de son métier. Grâce à cette profession, elle dit avoir acquis de nombreuses connaissances et construit plusieurs relations humaines enrichissantes. « Quand je travaille pendant 24 heures, j’ai droit à 72 heures de repos », a-t-elle dit.
Cependant, tout en s’inquiétant de l’insuffisance de personnel dans ce domaine, elle encourage le recrutement pour que les jeunes trouvent du travail. Elle relève que de nombreuses filles de salle partiront bientôt à la retraite sans être remplacées. « Autrefois, l’État recrutait des contractuelles, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Pourtant, les sage-femmes seules ne peuvent pas tout faire », déplore-t-elle. Malgré son âge, Mme Kadidjatou est en forme pour exécuter ce genre de travail, mais l’administration a ses règles auxquelles on doit se conformer. Elle demande par ailleurs aux autorités de renforcer les effectifs dans les maternités. « Il faut recruter davantage de filles de salle, surtout des femmes, car certains travaux dans les maternités ne peuvent pas être assurés de la même manière par les hommes », a-t-elle plaidé.
Les filles de salle ne portent peut-être pas de stéthoscope, mais elles demeurent des maillons essentiels de la chaîne hospitalière. Souvent dans l’ombre, elles contribuent chaque jour à rendre les hôpitaux plus propres, plus accueillants, plus humains et surtout plus sûrs.
Hafissatou Mounkaila (stagiaire)
