À la portion centrale du Haut-Commandement de la Garde Nationale du Niger, l’Adjudant-chef Balira Sani porte deux casquettes. Sage-femme diplômée d’Etat et Garde Nationale par vocation, elle veille sur le pays et aide les femmes à donner la vie. Du lever du soleil jusqu’au crépuscule, elle monte la garde. Entre les murs de la maternité, la sage femme en treillis et en blouse livre bataille contre la mortalité maternelle. Tableau blanc, registre des naissances. Dehors, le drapeau claque, dedans, la vie crie.
Derrière les murs du Haut-Commandement de la Garde Nationale du Niger, une salle d’accouchement. L’Adjudant-chef Balira Sani y officie. Née à Dogondoutchi, elle entra dans la Garde nationale du Niger en 2009. Un an plus tôt, elle décrochait son diplôme d’État de Sage-femme. Le déclic ? Un stage en zone rurale. « Dans cette zone, la sécurité est assurée mais les femmes mouraient en couche par manque de soins. J’ai donc voulu apporter mes compétences là où l’armée va, c’est-à-dire allier la rigueur militaire et la main de la sage-femme. Servir mon pays avec mon arme et mes mains. », explique-t-elle.
Depuis 2019, l’Adjudant-chef Balira Sani dirige la maternité de la Direction des services de santé et de l’action sociale (DSS/AS) de la Garde Nationale du Niger. Elle forme les jeunes recrues aux premiers secours et au suivi des femmes enceintes dans les postes isolés. « Mon bureau, c’est tantôt un poste de garde, tantôt une salle de consultation ou d’accouchement », glisse-t-elle.
Dans l’exercice de ses fonctions, la femme aux deux casquettes rencontre quelques difficultés, notamment liées au tabou culturel chez certaines femmes. « Ce qui rend souvent les consultations et leur prise en charge difficiles », reconnaît-elle.
Face à une complication, Balira Sani a appris à garder son sang-froid. « Je fais l’inventaire : matériel, mains propres. Je prie aussi car la foi aide. Une fois, j’ai dû réaliser seule une manœuvre pour dégager une épaule bloquée. J’ai posé ma voix calmement. J’ai expliqué à la maman ce que j’allais faire et j’ai agi. Ça a marché », témoigne-t-elle. Après chaque situation difficile, la garde nationale/sage-femme fait un débriefing avec elle-même avant d’échanger avec les membres de son équipe qui sont aussi du corps. « On se soutient. Et avec l’arrivée de gynécologues dans le corps en 2023, la prise en charge des patientes s’améliore davantage », souffle-t-elle.
Concilier vie professionnelle et vie privée
Mariée et mère de quatre (4) enfants, l’Adjudant-chef Balira Sani arrive, nonobstant les contraintes, à concilier vie professionnelle et vie privée. « Ce n’est jamais aisé. Mon mari, mes sœurs et surtout ma grand-mère prennent le relais quand je pars en mission ou quand je suis de garde. Mes enfants savent que maman aide d’autres femmes à donner la vie. Ils sont fiers, même s’ils voudraient plus souvent me voir à la maison », a-t-elle confié.
Servir autrement son pays
Le Niger appelle chaque citoyen. Balira répond en treillis. « Je sécurise les services de santé. Je pilote les cliniques mobiles pour les déplacées internes. Je soigne les femmes et les bébés des FDS pour que les hommes au front accomplissent leur mission dans la quiétude. Je forme les militaires au respect et à l’accompagnement des femmes enceintes dans leur zone d’intervention. Je prends également en charge les femmes victimes de violences basées sur le genre et je montre qu’une femme, mère de 4 enfants et adjudant-chef, peut tenir la garde. Cela prouve qu’une femme peut servir son pays sans renier sa nature de femme », déclare-t-elle avec fierté.
Dans un domaine dominé par les hommes et l’urgence, elle tire satisfaction de chaque vie « donnée », de chaque vie sauvée. « La Garde Nationale du Niger m’a donné une tribune pour sauver des vies. Chaque bébé que j’aide à naître sous l’uniforme est une promesse d’avenir pour mon pays. Mon mari et mes 4 enfants me soutiennent. Et moi, je continue ce métier noble», a-t-elle conclu.
Rahila Tagou (ONEP)
