Entretien avec le Directeur général du Patrimoine culturel, des Arts et de l’Economie Culturelle : « L’inscription de certaines spécialités nigériennes au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, pourrait être une opportunité pour sauvegarder et valoriser l’art culinaire nigérien », estime M. Danladi Adamou

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M. le Directeur général du Patrimoine culturel, des Arts et de l’Economie Culturelle, l’art culinaire fait partie du patrimoine culturel immatériel. Parlez-nous du potentiel de la gastronomie nigérienne.

L’art culinaire est partie intégrante de nos pratiques sociales,  et donc du patrimoine culturel immatériel riche et diversifié au Niger.  C’est un moyen de communication et d’expression des savoirs et savoir-faire de la gastronomie culinaire. Au Niger, la gastronomie est un art qui va au-delà du goût, et intègre le choix des aliments et ingrédients, la manière de cuisiner, la présentation, les  couverts,  le cadre etc.

Au regard de la diversité de nos traditions, de nos pratiques sociales et de nos habitudes alimentaires, la gastronomie culinaire occupe une place de choix dans les activités familiales et sociales mais aussi économiques dans notre pays.

Existe-t-il un répertoire des différents mets traditionnels qui composent l’art culinaire nigérien ?

Je n’ai pas  connaissance de l’existence d’un répertoire formel de mets traditionnels nigériens, mais, il faut souligner que le patrimoine culinaire a fait l’objet de plusieurs travaux d’étude pour mieux cerner le potentiel gastronomique du Niger. Aujourd’hui, beaucoup reste à faire d’où la nécessité de poursuivre le travail d’identification, d’inventaire et de documentation des éléments de notre patrimoine culinaire.

Au Niger, il existe une diversité de mets traditionnels, témoins de notre identité culturelle, entretenus et développés au sein de différents groupes et sous-groupes ethniques dans notre pays. On peut citer en exemple : Le Tchoukoubouss qui est une boule traditionnelle à base du mil, des dattes et du fromage par les femmes touarègues de l’Aïr ; Le Taguilguilé, un met à base de niébé d’origine touareg ; le Touyo ou pâte préparée à base de plusieurs céréales  mil, sorgho, riz, maîs, etc.), l’Alkaki, biscuit traditionnel à base de mil et du sucre en milieu haoussa, le Kilichi, viande séchée ; le Brabouskou chez les Kanouri, etc.

Aujourd’hui, l’art culinaire crée de l’emploi. Avez-vous une idée de l’apport de ce secteur à l’économie du Niger ?

Aujourd’hui, à travers le monde et au Niger, l’industrie gastronomique constitue un domaine qui contribue fortement à la création d’emplois directs et indirects et donc au développement social et économique dans nos pays. Une étude s’avère nécessaire pour déterminer à travers de données fiables, le nombre d’emplois créés en lien avec la gastronomie au Niger.

Il y a beaucoup de retombées économiques autour de l’art culinaire.

Existe-t-il un cadre réservé aux professionnels de la gastronomie au niveau de la tutelle pour valoriser l’art culinaire nigérien afin de booster l’économie nationale ?

Au Niger, l’existence des Restaurants du tourisme, l’Agence Nigérienne de Promotion du Tourisme et de l’Hôtellerie, ainsi que les différents hôtels agréés, constituent de notre point de vue, des outils qui concourent à la promotion de l’art culinaire et à la création de richesse dans notre pays. A cela s’ajoutent les concours, les festivals et autres rencontres qui sont régulièrement organisées pour la promotion et la valorisation de la gastronomie nigérienne.

La consommation de produits alimentaires importés est une réalité au Niger avec la floraison de restaurants spécialisés dans des plats des autres pays. Est-ce qu’il existe des initiatives au niveau de la tutelle pour valoriser l’art culinaire nigérien et en quoi consistent-elles concrètement ?

Pour véritablement promouvoir l’art culinaire nigérien, notre pays doit mettre en œuvre une stratégie axée sur la communication, la sensibilisation et la formation, pour le développement de la gastronomie culinaire et favoriser la consommation des mets traditionnels au Niger. L’inscription de certaines spécialités nigériennes au patrimoine culturel immatériel de l’humanité comme le Thiéboudienne du Sénégal ou le repas gastronomique des français, pourrait être une opportunité pour sauvegarder et valoriser durablement l’art culinaire nigérien.

Avez-vous un message particulier à l’endroit des professionnels de l’art culinaire et de la population en général ?

Les nigériens doivent croire et investir pour développer l’entreprenariat gastronomique pour la promotion de l’art culinaire nigérien, facteur de création d’emploi et de revenus appréciables au profit  des acteurs concernés. La gastronomie est un domaine porteur aux effets multiples, qui mérite le soutien et l’investissement de l’Etat et du privé pour sa transmission aux générations et son rayonnement dans notre pays.

 Abdoul-Aziz Ibrahim(onep)