Au cours de l’entretien
Dans le cadre de l’entretien bilan sur les antennes de la RTN, le ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat a dressé, le 22 juin, l’état des lieux du secteur et détaillé les réformes en cours. Il a mis en avant les défis liés à l’urbanisation rapide, à la sécurisation foncière et à l’accès à un logement décent, tout en exposant les priorités de son département ministériel qui sont la planification urbaine, la promotion des matériaux locaux, la relance des logements sociaux et la modernisation de la gouvernance foncière et urbaine.
Le ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat a rappelé que les défis majeurs du secteur restent l’urbanisation rapide, la croissance démographique soutenue et l’exigence d’un cadre de vie décent et durable. Les priorités fixées portent sur la maîtrise de l’expansion urbaine, la consolidation de la planification, la prévention des occupations irrégulières, la sécurisation du foncier et la réalisation des infrastructures indispensables. Pour l’habitat, l’enjeu central est l’accès du plus grand nombre à un logement décent, abordable et sécurisé à travers l’accroissement de l’offre, la valorisation des matériaux locaux, l’amélioration des financements et l’accompagnement des promoteurs.
Sur le foncier, qualifié de « matrice de toutes les difficultés urbaines » et particulièrement critique à Niamey, le Colonel-major AbdoulKadri Amadou a identifié trois maux : la rareté organisée du terrain légal, la dualité juridique entre droit moderne et droit coutumier, source de titres sans valeur et de drames comme la ceinture verte ou le TF 784 de l’aéroport Diori Hamani ; l’absence prolongée de l’État sur le marché, laissant la place aux lotissements privés sans services. Ces dysfonctionnements génèrent trois symptômes à Niamey : un étalement urbain consommant plus de 1 000 hectares par an sans équipements, une insécurité juridique et sociale avec 60% des contentieux judiciaires liés au foncier, et une vulnérabilité accrue des constructions dans les zones à risque.
Pour y remédier, trois réponses sont mises en œuvre : l’unicité de gestion avec un droit unique et un cadastre unique via le Projet E-Cadastre développé avec l’ANSI et financé par le PVI Banque Mondiale ; le retour de l’État aménageur à travers la SONUCI et les Zones d’Aménagement Concerté pour produire 50 000 parcelles viabilisées à coût réel en 5 ans et casser la spéculation ; la tolérance zéro sur le domaine public avec récupération et sanctuarisation de la ceinture verte, de l’aéroport, des berges du fleuve et des emprises routières.
Le ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat a affirmé que l’orientation du Gouvernement vise un développement urbain harmonieux et l’amélioration durable des conditions de logement. L’action s’appuie sur la planification via les Schémas Directeurs d’Aménagement et d’Urbanisme et les Plans Urbains de Référence, sur des programmes de logements sociaux adaptés aux revenus, et sur la sécurisation foncière, la gouvernance urbaine et un développement résilient et inclusif.
Bilan logement social et gouvernance foncière
Depuis l’avènement du CNSP, le ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat a accéléré les programmes de logements sociaux. Plusieurs chantiers ont été lancés ou renforcés : 155 logements sociaux à la Cité Diaspora dont 100 réceptionnés ; 882 logements pour la Garde Nationale dont 300 clés remises ; 308 logements supplémentaires dans la région de Niamey dont 22 achevés ; 1 000 logements abordables par la SONUCI avec partenaires dont 400 finalisés sur un mémorandum global de 5 000.
Sur le foncier aménagé, la 1ère campagne du projet de 15 000 parcelles viabilisées à Bangoula est clôturée et la 2è lancée : 710 parcelles réceptionnées, 328 attribuées aux travailleurs nigériens, 858 souscripteurs éligibles notifiés. Des réserves d’environ 10 000 parcelles et 120 réserves foncières pour logements sociaux et équipements structurants ont été constituées à Niamey et dans les chefs-lieux de régions. La SONUCI a livré 28 villas sur 50 à la Cité I de Niamey et 103 logements sur 500 à la Cité Diaspora avec Euroworld International. Un projet pilote de 100 logements en briques de terre stabilisée affiche 60 unités achevées. Des chaussées drainantes et 1 374 mètres linéaires d’assainissement ont été réalisés à Bangoula.
Pour les Forces de Défense et de Sécurité, 974 parcelles ont été mises à la disposition de la Gendarmerie et 738 pour la Police. La SONUCI a lancé les études pour finir 60 villas de la Cité II à Dosso et un mémorandum a été signé avec Shelter Afrique Development Bank pour 5 000 logements. Le décret fixant les critères de tarification des loyers et les taux minima/maxima a été adopté.
Côté gouvernance foncière, la priorité est donnée à la digitalisation cadastrale pour sécuriser, rendre transparent et réduire les conflits. Le schéma d’aménagement et d’urbanisme de Niamey et ses environs est élaboré, l’atelier de validation du diagnostic est imminent. Les schémas directeurs d’aménagement et d’urbanisme de Zinder, Maradi, Tillabéri, Agadez et Magaria sont achevés ; celui de Diffa est en cours. Les Plans urbains de référence de Birni N’Gaouré, Gaya, Guidimouni sont finalisés ; ceux de Say, Doutchi, Illéla en cours. Des ateliers de vulgarisation des textes ont eu lieu à Maradi, Tahoua, Zinder, Diffa.
Enfin, l’audit des lotissements privés à Niamey a permis de récupérer 141 réserves foncières de l’État, soit 111 hectares appartenant au domaine public et l’opération de restauration se poursuit.
Réglementation des baux à usage d’habitation et Extension urbaine de Niamey
Sur la question, le ministre a rappelé l’adoption récente par le Conseil des ministres d’un texte réglementant les baux à usage d’habitation, conformément aux orientations des plus hautes autorités. L’objectif de cette réforme est de protéger les locataires tout en garantissant les droits des propriétaires, d’instaurer plus de transparence contractuelle, de contenir les hausses abusives de loyers et de faciliter l’accès au logement.
Le décret encadre désormais les charges exigibles à la conclusion d’un bail. La caution et l’avance de loyer sont plafonnées afin de réduire le coût d’entrée et mettre fin aux pratiques financières excessives. Le texte fixe aussi les modalités de révision des loyers, définit clairement les obligations du bailleur et du locataire, et institue des mécanismes de règlement des différends. Le ministre a précisé que l’ambition n’est pas de pénaliser les propriétaires, mais d’instaurer un équilibre durable pour un marché locatif plus sain et équitable. Une vaste campagne de sensibilisation sera lancée pour assurer l’application effective de la réforme.
Sur les barèmes, la tarification des loyers repose sur six critères : zonage du Code Général des Impôts, typologie, caractéristiques techniques, forme de location, services associés et standing. Les F2 et F3 à vocation sociale sont encadrés à l’article 11.
Relativement à l’extension anarchique des villes, notamment de Niamey, le Colonel-Major AbdoulKadri Amadou a indiqué que des mesures correctives sont en cours. Parallèlement, les instruments de planification urbaine, notamment le Schéma Directeur d’Aménagement et d’Urbanisme de Niamey et ses environs, sont en cours d’élaboration pour mieux encadrer l’expansion future de la capitale et ses communes voisines. Les autres capitales régionales et villes secondaires ont déjà reçu aussi les outils de planification urbaine selon leur taille (SDAU, PUR, CDU, POS) et d’autres sont en cours de réalisation.
Pour le centre-ville de Niamey, l’absence de parkings et d’espaces publics résulte d’une densification rapide sans réserve foncières. La stratégie repose sur l’intégration contraignante du stationnement et des espaces publics dans le nouveau SDAU, la restructuration de la circulation, la création de pôles de stationnement en périphérie avec navettes, et le renforcement de la protection des réserves publiques. L’ambition est d’instaurer une nouvelle culture de mobilité et de transformer le centre-ville en un espace moderne, structuré et fonctionnel.
Vers une urbanisation adaptée
Selon le ministre, l’engagement des architectes nigériens dans la construction en matériaux locaux est une orientation stratégique de la politique de l’habitat, répondant à des enjeux économiques, environnementaux, culturels et sociaux. Sur le terrain, cette dynamique se traduit par une montée en compétence des professionnels nationaux en terre stabilisée et briques locales, adaptées au climat sahélien. Cet élan renforce l’économie locale, crée des emplois et sensibilise les maîtres d’ouvrage publics et privés à intégrer les matériaux locaux dans les bâtiments et logements.
Pour le ministre, la question d’un modèle d’habitat et d’urbanisation « à la nigérienne » est fondamentale car elle touche à l’identité nationale et à la capacité du pays à produire un urbanisme conforme à ses réalités. Ce modèle a-t-il dit, est déjà en gestation à travers plusieurs initiatives du ministère, mais il doit être structuré, approfondi et généralisé.
La démarche repose sur une idée centrale : rejeter les modèles urbains standardisés importés pour bâtir une doctrine propre, en partant de l’histoire, du climat, des modes de vie et des dynamiques sociales. L’objectif fixé est d’accélérer, formaliser et rendre visible ce modèle à travers des réalisations concrètes afin que le Niger se dote d’un urbanisme qui lui ressemble, respecte son environnement et prépare son avenir.
Relativement aux scandales liés aux lotissements privés, le ministre a reconnu que cette problématique foncière trouve son origine dans des pratiques anciennes marquées par un déficit de contrôle, un faible respect des textes et, dans certains cas, des opérations menées en marge des règles d’urbanisme. Il a rappelé que la décision du Conseil des ministres du 31 juillet 2014 arrêtant les lotissements privés visait déjà à mettre fin à ces dérives et à réaffirmer le rôle régulateur de l’État. Aujourd’hui, l’action du département s’inscrit dans la continuité et le renforcement de cette orientation. L’objectif global, a-t-il affirmé, est de tourner définitivement la page des lotissements anarchiques et de bâtir un système foncier urbain sécurisé, transparent et durable, garantissant à la fois les droits des citoyens et un développement urbain harmonieux, en particulier à Niamey et sa périphérie.
Actions et projets AES du département de l’Urbanisme et de l’Habitat
Le ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat a souligné que son département ministériel est pleinement engagé dans une dynamique de coopération renforcée portée par la Confédération des États du Sahel, avec une vision commune du développement urbain et de l’habitat adaptée aux réalités sahéliennes. Les actions en cours s’inscrivent d’abord dans une logique de convergence des politiques urbaines et foncières. Les trois pays harmonisent progressivement leurs approches en planification urbaine, gestion du foncier et réglementation de l’habitat afin de favoriser des standards communs et une meilleure coordination des interventions. Des cadres de coopération technique sont en réflexion entre les structures nationales d’urbanisme et d’habitat via l’échange d’expertises, le partage d’expériences et la mutualisation des bonnes pratiques en logements sociaux, matériaux locaux et résilience urbaine. Des discussions sont aussi en cours pour favoriser la mobilité des experts et entreprises du bâtiment et de l’urbanisme dans l’espace AES afin de renforcer les capacités techniques et stimuler les économies locales à l’échelle régionale. Enfin, le département travaille à inscrire cette coopération dans une perspective de projets structurants communs en habitat, infrastructures urbaines et aménagement du territoire qui pourraient bénéficier à plusieurs capitales et villes secondaires de l’espace confédéral. L’objectif est de faire de l’AES un espace de référence en matière d’urbanisme sahélien intégré fondé sur la solidarité, la complémentarité et la recherche de solutions adaptées aux réalités communes.
Résultats et perspectives
Pour le ministre, la mesure des résultats et l’appréciation de la performance constituent aujourd’hui un pilier essentiel de la gouvernance publique moderne. Dans un secteur aussi stratégique que l’urbanisme et l’habitat, ce dispositif garantit la transparence, la redevabilité et l’efficacité de l’action de l’État.
Un dispositif intégré de pilotage, de suivi-évaluation et de reddition des comptes a été mis en place au sein du département, aligné sur les orientations de la lettre de mission du Gouvernement et sur les priorités nationales de développement.
Le système de suivi opérationnel a également été renforcé, à travers des revues périodiques, des rapports techniques réguliers et des missions de terrain. Cette approche permet de vérifier l’état d’avancement des projets, d’identifier rapidement les contraintes et d’apporter des corrections en temps réel. Par ailleurs, le département est engagé dans un processus de digitalisation progressive de la gestion urbaine et foncière. Cette transformation permet de centraliser les données, de fiabiliser les informations, de réduire les délais de traitement et de renforcer la traçabilité des décisions administratives.
Une importance particulière est accordée aux évaluations indépendantes et aux mécanismes d’audit qui garantissent une appréciation objective des résultats et renforcent la crédibilité de l’action publique auprès des citoyens et des partenaires.
S’agissant des perspectives majeures, elles s’articulent autour de quatre axes : la maîtrise durable de l’urbanisation, la réduction significative du déficit en logements décents et abordables, la modernisation profonde de la gouvernance foncière et urbaine, et la consolidation d’un secteur plus performant, plus efficient et davantage orienté vers les résultats.
Le cap retenu est de passer d’une logique de gestion traditionnelle à une gouvernance urbaine fondée sur la performance afin de bâtir progressivement un secteur de l’urbanisme et de l’habitat plus crédible, plus efficace et pleinement au service du développement du Niger.
Rahila Tagou (ONEP)
