En ce début du mois béni de Ramadan, période marquée par une forte demande en produits alimentaires pour la rupture du jeûne, la foire de Zinder dédiée aux denrées maraîchères est une initiative qui vient à point nommé, pour les producteurs comme pour les consommateurs. Disponibilité des produits, baisse des prix, valorisation de la production locale et dynamisme entrepreneurial, l’action répond à un double objectif, économique et social.

Organisée pour faciliter l’approvisionnement des ménages, cette foire offre aux populations un accès direct à des produits frais à des prix accessibles. Parmi les exposants figure Siradji Barhana, vendeur de pastèques, venu spécialement de la commune rurale de Bandé, département de Magaria, pour prendre part à l’événement. Installé derrière son étal bien garni, le producteur et commerçant explique que ses marchandises sont acheminées depuis Bandé afin de répondre à la forte demande durant cette période de grande consommation. « Nous acheminons nos marchandises depuis Bandé. Les prix varient selon la taille, pour les plus grosses pastèques, ils oscillent entre 1 000 F, 1 200 F et 1 500 F CFA, tandis que les plus petites sont vendues à partir de 250 F CFA », précise-t-il.

La clientèle est au rendez-vous. Les habitants viennent régulièrement s’approvisionner, notamment en pastèques, très prisées pour la rupture du jeûne. « Les clients viennent régulièrement et se réjouissent des échanges commerciaux que nous entretenons. De notre côté également, nous sommes satisfaits, car nos produits se vendent bien », se félicite le vendeur. Siradji Barhana souligne que cette initiative constitue une véritable opportunité pour les commerçants locaux. Après la participation de son grand frère l’année précédente, il fait cette année personnellement l’expérience qu’il juge très positive. Il lance néanmoins un appel aux autorités pour la pérennisation de cette initiative. « Personnellement, j’apprécie beaucoup l’initiative prise cette année. Pour le moment, nous ne rencontrons aucune difficulté, tout se déroule dans de très bonnes conditions », affirme-t-il.
Au-delà de l’aspect commercial, le vendeur met en avant l’ambiance conviviale qui règne sur le site. Il salue la mobilisation de la population et du climat de respect qui caractérise les échanges entre vendeurs et clients. « Nous sommes très heureux et remercions chaleureusement la population pour son engagement et pour la qualité des relations que nous entretenons ici », déclare-t-il. À travers cette foire spéciale Ramadan, les organisateurs souhaitent accompagner à la fois les commerçants et les ménages en facilitant l’accès à des produits frais à des prix abordables, dans un esprit de solidarité et de partage propre en ce mois sacré.

La foire met également en avant les produits maraîchers issus des localités environnantes. Laminou Alkasoum, venu de Falki dans le département de Mirriah, propose des oignons, des pommes de terre, des poivrons, des piments frais et des tomates. Installé lui aussi derrière son étal, il dispose d’une panoplie de produits frais. « Nous proposons tous ces produits à des prix abordables, d’autant plus que nous sommes dans le mois béni du Ramadan », explique-t-il. Le commerçant se réjouit des relations avec sa clientèle. Selon lui, la fidélité des acheteurs facilite grandement l’écoulement des marchandises. « Lorsqu’un client achète aujourd’hui, il revient souvent le lendemain, ce qui facilite la vente de nos produits », confie-t-il, soulignant le climat de confiance qui règne entre vendeurs et consommateurs.
Étant à sa deuxième participation, Laminou Alkasoum note cependant quelques différences par rapport à l’édition précédente. L’an dernier, il avait pris part à la foire organisée par le gouverneur vers la fin du Ramadan. « La différence, c’est que l’année passée, beaucoup de personnes avaient été invitées dès le début, tandis que cette année, la mobilisation se poursuit encore. Certaines personnes ne sont pas encore informées de l’ouverture de la foire », observe-t-il. également le contexte économique et l’effet du jeûne qui peuvent influencer l’affluence.
L’un des faits marquants de cette édition reste la baisse des prix. « L’année dernière, un panier d’oignons coûtait entre 3 500 et 4 000 F CFA. Cette année, il est vendu à 3 000 F CFA », précise-t-il. Une diminution qu’il attribue à l’augmentation du nombre de cultivateurs et à une production plus abondante, preuve du dynamisme du secteur maraîcher local.
Des légumes frais à moindre prix, un soulagement pour les ménages
Un autre vendeur venu de Falki, Galadima Babi met l’accent sur la fraîcheur et la disponibilité permanente des produits. Il est venu des jardins de Falki avec une importante cargaison de légumes frais. Sur son étal, tomates, pommes de terre, oignons, courges et choux attirent les clients dès les premières heures de la journée. « Nous acheminons nos marchandises depuis les jardins maraîchers de Falki », explique-t-il, évoquant la fraîcheur comme un bon facteur et la qualité des produits proposés.
L’un des principaux atouts de cette foire réside dans la baisse des prix par rapport au marché ordinaire. « Au marché, un panier de tomates est vendu à 3 000 F CFA et la tia à 600 F CFA. Ici, à la foire, nous proposons le panier à 2 500 F CFA et la tia à 500 F CFA, afin de faciliter l’accès des ménages aux produits », précise le commerçant. Une initiative qui soulage de nombreuses familles en cette période de grande consommation.

La satisfaction de la clientèle se reflète dans la fréquentation du site. « Nous recevons suffisamment de clients. Lorsqu’une personne achète aujourd’hui, le lendemain, ce sont souvent deux autres qui viennent avec elle », souligne Galadima Babi, convaincu que le bouche-à-oreille contribue au succès de l’événement.
Le vendeur note également une nette amélioration par rapport à l’année précédente. « L’an passé, il y avait certaines incompréhensions et des confusions, car nous, vendeurs de légumes, étions peu visibles. En revanche, cette année, la foire nous est spécialement réservée », se réjouit-il. Selon lui, cette organisation permet aux visiteurs de venir pour s’approvisionner en légumes, favorisant ainsi une meilleure visibilité et un écoulement plus rapide des produits.
Depuis le début de la foire, Galadima Babi affirme ne rencontrer aucune difficulté. Dans une ambiance marquée par la convivialité et le respect mutuel, vendeurs et acheteurs contribuent à faire de cette initiative un succès, renforçant la valorisation des produits locaux et la solidarité en ce mois sacré. « Nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve, mais pour le moment, nous ne rencontrons aucun problème », indique-t-il.

Laminou Alkasoum lance également un appel aux autorités et aux partenaires pour la poursuite de leur accompagnement. Il estime que ce soutien est essentiel afin de valoriser la production locale et permettre au plus grand nombre de bénéficier des fruits du travail des cultivateurs, particulièrement en cette période de solidarité et de partage.
Selon le responsable de l’organisation de cette foire, M. Maman Ousmane, l’initiative vise avant tout à soutenir les producteurs locaux. « Nous savons qu’ils travaillent dur tout au long de l’année pour approvisionner nos marchés. Il était important de leur offrir un cadre structuré, visible et accessible, où ils peuvent vendre directement leurs produits sans passer par de multiples intermédiaires », a expliqué l’organisateur.
M. Maman Ousmane a également mis l’accent sur la situation particulière du mois de Ramadan. « En cette période, la demande alimentaire augmente considérablement. Les familles cherchent à diversifier leurs repas et à consommer davantage de fruits et légumes. Malheureusement, cette forte demande entraîne souvent une hausse des prix sur les marchés classiques. C’est pourquoi, nous avons voulu créer un espace où les produits restent abordables, sans compromettre la qualité », a-t-il ajouté.
Les femmes ne sont pas en reste lors de cette foire. Assises devant leurs étals, chapelets à la main, elles proposent une gamme variée de produits frais tels que le melon, l’ananas, la pomme de terre, la menthe fraîche, le tamarin et la peau séchée d’ananas. Elles indiquent tirer profit de cette foire en y vendant chaque jour afin de subvenir à leurs besoins.
Le jardin Jorial, un modèle d’entrepreneuriat agricole au service de la disponibilité des fruits
En ces premiers jours du mois béni de Ramadan, période où la demande en fruits connaît une forte hausse, la disponibilité des produits locaux devient essentielle. Au-delà de la simple vente de produits frais, la foire met en lumière des parcours inspirants, à l’image de Laminou Issaka Brah, promoteur du jardin Jorial, engagé dans l’approvisionnement des ménages. Agriculteur et promoteur du jardin Jorial, situé à quelques encablures de la ville de Zinder, il incarne à la fois la constance de la production et l’esprit entrepreneurial.

Son parcours débute en 2010 sur un petit lopin de terre appartenant à son père. Malgré les moqueries et le scepticisme à ses débuts, il a persévéré. « J’y ai cru, et aujourd’hui nous savourons les fruits de nos efforts », affirme-t-il. De cette modeste parcelle est née une exploitation de cinq hectares située dans la commune III de Zinder, non loin du centre-ville. Aujourd’hui, le jardin Jorial regroupe des milliers d’arbres fruitiers : citronniers, grenadiers, manguiers, pommiers du Sahel, entre autres. Cette diversification constitue une stratégie entrepreneuriale assumée, permettant d’assurer une production étalée dans le temps et de garantir la disponibilité des fruits, notamment en période de forte consommation comme le Ramadan.
Le citron produit sur son site est devenu rare sur le marché. Face à cette pénurie, Laminou Issaka Brah a opté pour une politique de prix ajustée afin de maintenir l’accessibilité pour les ménages. La grenadine est commercialisée entre 1 000 et 1 250 F CFA le kilogramme, selon la qualité. Presque seul producteur dans la zone, il a su saisir cette niche pour structurer une offre régulière et compétitive.
L’aspect entrepreneurial se traduit aussi par l’innovation. L’agriculteur a développé une technique de séchage des pommes du Sahel, élargissant ainsi la chaîne de valeur et limitant les pertes post-récolte. Pour la grenadine hors saison, il a mis en place un système d’extraction et de conditionnement des graines en sachets prêtes à la consommation. Une transformation qui améliore la conservation, facilite la distribution et crée une valeur ajoutée supplémentaire. « Nous évoluons en innovant constamment », souligne-t-il.
Le jardin Jorial fonctionne également comme une entreprise familiale structurée. Laminou Issaka Brah implique ses enfants dans les activités de production et de commercialisation. Certains participent à la foire, d’autres se rendent au marché, tandis que lui supervise l’ensemble du processus. Chaque soir, avant la nuit, la famille se réunit pour faire le bilan des ventes et centraliser les recettes. Une organisation qui allie transmission du savoir-faire, gestion rigoureuse et esprit d’entreprise.
Malgré son potentiel et son volume de production, incluant également la culture du riz, le promoteur déplore l’absence d’accompagnement institutionnel. Il lance un appel aux autorités et aux partenaires afin qu’ils soutiennent davantage les producteurs engagés dans une dynamique de création de richesse locale.
En ce début de Ramadan, le jardin Jorial apparaît ainsi comme un exemple d’entrepreneuriat agricole réussi, une exploitation fondée sur la persévérance, l’innovation et la diversification, contribuant à garantir la disponibilité des fruits frais tout en stimulant l’économie locale.
Rabiou Dogo Et Fahad Mahaman (stagiaire)
ONEP-Zinder
