Honorable Salifou Boubacar Marafa
Au Niger, les chefs de canton incarnent l’autorité traditionnelle à l’échelle locale. Garants des traditions et des coutumes, ils jouent un rôle central dans la gestion des affaires communautaires, la médiation sociale et la représentation des populations auprès des autorités administratives et étatiques. À la fois relais institutionnels et figures morales, ils occupent une place stratégique dans le maintien de la cohésion sociale et la promotion du développement local. Conscient de la lourdeur et de la noblesse de cette mission, le nouveau chef du canton de Kourfey (Filingué), l’honorable Salifou Boubacar Marafa, élu le 2 février 2025 à la tête de cette chefferie, s’est exprimé sur ses ambitions, les réalités de son canton et les nombreux défis auxquels ses administrés sont confrontés. C’était à l’occasion de l’édition 2026 du festival Dokin Iska Dan Hilingué.

festival Dokin Iska
Tout d’abord, l’honorable Salifou Boubacar Marafa a tenu à rappeler que l’ambition première de tout chef traditionnel demeure l’épanouissement des populations placées sous sa responsabilité. La priorité absolue réside dans l’amélioration des conditions de vie des habitants, leur développement socioéconomique et la prise en charge de leurs préoccupations quotidiennes. « Il s’agit de s’occuper des préoccupations majeures qui les assaillent chaque jour », a-t-il affirmé.
Une diversité qui favorise et renforce la cohésion sociale
L’honorable Salifou Boubacar Marafa ensuite souligné la particularité du canton de Kourfey, qu’il qualifie de « Niger en miniature ». Selon lui, toutes les grandes composantes ethniques du pays y sont représentées, faisant de ce canton un espace de brassage culturel exceptionnel. « Nous avons un brassage très important dans ce canton, dans la mesure où tout le Niger y est représenté. Cela va dans l’intérêt des populations elles-mêmes et renforce la cohésion sociale », a-t-il expliqué. Cette diversité, loin d’être un facteur de division, constitue à ses yeux une richesse et un atout majeur pour la stabilité et l’unité locale.
En ce qui concerne le rôle de la chefferie traditionnelle dans la valorisation de la culture locale et la consolidation de la paix, l’honorable Salifou Boubacar Marafa a insisté sur son importance stratégique. Il considère que la chefferie traditionnelle se situe « au centre, au départ et à l’arrivée de tout ». Proche des populations, à leur écoute permanente, le chef de canton, dit-il, joue le rôle de courroie de transmission entre les citoyens et l’administration. Il relaie les préoccupations des communautés auprès des autorités et, en retour, facilite la compréhension et l’acceptation des décisions administratives par les populations. « Son apport est d’une très grande importance. Tout est mis en œuvre pour que la chefferie traditionnelle remplisse pleinement sa mission, qui consiste à rapprocher la population de l’administration et à la mobiliser en cas de besoin », a-t-il souligné. À ses yeux, aucune politique de développement local ne peut réussir sans l’implication active des autorités traditionnelles qui constituent un maillon essentiel du tissu social.
Des défis à relever
Malgré ses atouts humains et culturels, le canton de Kourfey fait face à des défis considérables. L’honorable Salifou Boubacar Marafa a identifié trois principaux défis à savoir: le défi sécuritaire, le défi alimentaire et le problème crucial de l’eau. Selon ses dires, la question sécuritaire demeure prioritaire dans un contexte national marqué par des menaces persistantes. À cela s’ajoute le défi alimentaire, aggravé par les changements climatiques et plusieurs difficultés dans le secteur agricole. Enfin, l’accès à l’eau potable qui reste un problème majeur pour de nombreuses localités du canton, impactant directement la santé, l’agriculture et l’élevage. « Notre canton est très vaste et nos populations sont confrontées à ces trois grands problèmes, mais assurer la protection des personnes et des biens constitue une condition indispensable au développement économique et social », a-t-il déclaré.
Au sujet du festival Dokin Iska Dan Hilingué, le chef de canton a rappelé que cette initiative a vu le jour en 2014 sous la forme d’une simple activité culturelle avant de prendre progressivement de l’ampleur pour devenir aujourd’hui un festival national. Il estime qu’il est difficile de quantifier avec précision les retombées économiques d’un tel événement. Toutefois, il a souligné que la présence de centaines, voire de milliers de visiteurs constitue une opportunité commerciale significative pour les populations locales. « Personne ne peut mesurer exactement ce qu’un tel rassemblement peut rapporter. Si chaque participant dépense ne serait-ce que 1 000 francs par jour, l’apport économique devient considérable », a-t-il expliqué.
Au-delà de l’aspect économique explique-t-il, ce festival contribue au rayonnement culturel du canton de Kourfey, favorise les échanges entre communautés venues d’horizons divers et permet à chacun de découvrir la richesse culturelle de l’autre, renforçant ainsi l’unité nationale.

À l’issue de cette 9e édition du festival Dokin Iska Dan Hilingué, l’honorable Salifou Boubacar a dressé un bilan globalement positif. Il reconnaît que certes l’œuvre humaine n’est jamais parfaite, mais il estime que cette première édition sous le label national mérite des encouragements. « Cette première édition nationale servira d’expérience pour améliorer la prochaine. Elle constitue une base solide pour corriger les imperfections et aller vers une organisation encore meilleure », a-t-il affirmé.
Il a également rappelé les difficultés structurelles auxquelles a fait face la ville de Filingué, car, lors de l’hivernage 2024, plus de 1 000 maisons se sont effondrées, mettant en évidence la vulnérabilité des infrastructures locales. « Filingué est une ville éprouvée. Il y a un manque crucial d’infrastructures pour héberger les visiteurs. Les routes et les rues sont insuffisantes, et nous avons besoin d’importants travaux d’assainissement. Filingué doit devenir une ville moderne, à la hauteur de son statut de chef-lieu du canton de Kourfey », a-t-il plaidé.
L’honorable Salifou Boubacar Marafa a profité de cette occasion pour exprimer, au nom des populations du canton de Kourfey ainsi que de celles de l’Imanan et de Tondikandia, sa profonde gratitude envers tous ceux qui ont contribué à la réussite du festival Dokin Iska Dan Hilingué. Il a aussi remercié les participants, les organisateurs, les partenaires et tous les acteurs qui ont œuvré, de près ou de loin, au rayonnement de cette édition. Quant aux autorités nationales et régionales, il a lancé un appel à la bienveillance et à l’accompagnement pour faire face aux défis majeurs que sont la sécurité des personnes et des biens, la sécurité alimentaire et l’accès à l’eau. « Je souhaite que chacun trouve ici l’expression de notre profonde reconnaissance. Nous espérons réellement un accompagnement soutenu pour relever les principaux défis auxquels nos populations sont confrontées », a-t-il conclu.
Le nouveau chef du canton de Kourfey, l’honorable Salifou Boubacar Marafa, affiche clairement sa volonté de placer sa gestion sous le signe de l’unité, du développement et du service aux populations, dans le respect des valeurs traditionnelles et de l’intérêt général.
Assad Hamadou (ONEP)
