Hadjia Fatchima Elh Inguini Guidimouni
Il est 15heures passées de quelques minutes ce dimanche 21 décembre 2025. L’ambiance est dominée par les échanges, les déchargements et chargements des cargaisons à la plateforme de commercialisation des produits agricoles de Guidimouni. Une femme, dans la soixantaine, couverte d’un voile sobre, brave les rayons du soleil et bat le pavé, une bassine molle sur la tête, des paniers et sachets entre ses mains. Membre du Groupement d’intérêt économique de la Plateforme de commercialisation des produits agricoles de Guidimouni, c’est dans le hall du bâtiment administratif du bureau exécutif de la structure qu’elle dépose ses bagages pour souffler un peu, lorsque nous la rencontrons.
Teint noir, taille moyenne, visage marqué par le temps avec des rides au coin des yeux, Hadjia Fatchima Elh Inguini aime bien qu’on associe à son nom celui de son village, Guidimouni, tel que prononcé dans les émissions radiophoniques locales. Malgré le poids de l’âge, la dame tient droit quand il s’agit des petits commerces. En effet, elle ne laisse aucune once de profit lui échapper et mise sur toute opportunité qu’elle juge bénéfique. « Il n’y a pas de business légal et digne que je ne fais pas. Tout ce qui peut me rapporter, ne serait-ce que 25FCFA ou 50FCFA de plus, je ne laisse pas. Je suis dans le commerce depuis mes 6 ans lorsque j’ai commencé dans l’ombre de mon père », dit-elle fièrement.
Dans l’un de ses paniers, elle tient farine infantile, farine de bouillie, le fameux couscous traditionnel communément appelé ‘’brabusco’’, farine de pâte, fromage, beurre de vache, du tourteau, des amuse-gueules, etc. Dans l’autre panier, elle propose des semences de légumes, du henné, des boucles d’oreilles. Dans le troisième panier, elle vend des condiments et épices. En plus de toute cette panoplie de marchandises, Hadjia Fatchima dit être sortie faire le marché avec un cash de 50 000FCFA, en cette journée de marché hebdomadaire à Guidimouni. « Je tombe sur un lot de bananes de 10 000FCFA, je paie si ça me convient. Quelqu’un me propose 500FCFA de plus ici et maintenant, je revends sans bouger. Sinon, je peux aussi envoyer à Zinder et d’ici la fin de la journée, j’ai mon argent investi et mon bénéfice », explique-t-elle, tout en confiant qu’elle fait généralement 20 000 FCFA à 30 000 FCFA de profit le jour du marché.
« Je fais aussi du stockage de ce que je produis dans mes jardins et champs. J’en revends au moment opportun. Ces deux dernières années, je n’ai pas fait du maraîchage. Mes deux jardins sont toujours engloutis par les eaux. Mais je ne reste jamais sans rien faire qui puisse me rapporter. Entre temps, je me suis investie davantage dans la transformation. J’ai un Numéro d’immatriculation financière (NIF) sous le nom d’entreprise ‘’Taimakon AL’Oumah’’ », a-t-elle indiqué. Membre active et leader dans plusieurs structures locales des femmes transformatrices, allant des groupements aux unions, Hadjia Fatchima Elh Inguini Guidimouni participe régulièrement aux grandes foires nationales comme le SAHEL-Niger, le SAFEM ou le 100% Made in Niger.
« Nous avons un réseau de femmes de Guidimouni que je préside. Il est dénommé ‘’Cida kanka da kanka’’ (nourris toi, toi-même, ndlr). Nous sommes des débrouillardes. Nous nous battons quotidiennement pour gagner dignement nos vies. Dieu merci, nous y parvenons. Voyez ici par exemple dans ce marché de légumes, la femme de Guidimouni est là. Aussitôt les cargaisons déchargées, elle achète. Sur place, si elle trouve du bénéfice, elle va revendre pour chercher une autre provision », fit-elle remarquer.
Présidente du groupement ‘’EMD Kouloudou’’ au sein duquel dans la transformation de l’arachide aux côtés d’autres femmes, Hadjia Fatcima Inguini Guidimouni ne manque pas d’initiative pour renforcer la solidarité féminine autour d’elle, cultiver et maintenir l’esprit entrepreneurial des femmes et des jeunes. Chaque lundi, elle dirige leur rencontre hebdomadaire de tontine entre une trentaine de femmes transformatrices de Guidimouni, à la mairie. « Nous cotisons 500 FCFA chacune pour donner à une seule personne choisie par tirage au sort. Cela permet de raviver l’investissement des participantes à la tontine. Par la même occasion, nous versons chacune 200 FCFA dans notre caisse. La caisse est commune, mais le fonds est individuel. En cas de besoin, la personne peut solliciter le retrait de son épargne », a-t-elle précisé.
Mère de huit enfants et grand-mère de 22 petits fils et petites filles, Hadjia Fatchima Elh Inguini Guidimouni dit être fière de la voie de dignité qu’elle montre à sa progéniture. « J’aide beaucoup dans la famille. Et j’entraine mes enfants et petits fils à savoir tourner des fonds, aussi modestes soient-ils, en un temps bien déterminé. C’est cela le métier du commerce. Et, l’on peut le faire étant producteur, ménagère, élève, etc. », dixit la femme d’affaires.
Ismaël Chékaré (ONEP)
Envoyé spécial
