Des personnes en situation d’handicap confectionnant ...
Parler de l’inclusion des personnes en situation de handicap revient à garantir leur pleine participation à la vie sociale, économique et professionnelle, en tenant compte de leurs besoins spécifiques. Au Niger, malgré plusieurs initiatives visant à améliorer leurs conditions de vie et leur participation à la société, cette ambition reste confrontée à de nombreux obstacles. Les barrières physiques, sociales et comportementales continuent notamment de limiter l’accès des personnes en situation de handicap à l’éducation, à l’emploi, aux infrastructures, aux terres et dans les instances dirigeantes et représentatives.
Dans cette dynamique, plusieurs pistes sont mises en avant pour favoriser une inclusion effective. L’insertion professionnelle à travers l’accès à l’emploi, le développement des activités agrosylvopastorales ou encore la promotion du sport constituent autant de leviers susceptibles de renforcer leur autonomie et leur participation à la vie de la communauté.

Cependant, le recrutement et l’intégration des personnes en situation de handicap dans le secteur privé restent particulièrement faibles, selon le président de la Fédération Nigérienne des Personnes Handicapées (FNPH), M. Mahamadou Oumarou. Si certaines personnes en situation de handicap parviennent à accéder au secteur public, elles sont souvent confrontées à l’insuffisance des moyens et des dispositifs spécifiques nécessaires à leur adaptation. Dans le secteur privé, l’accès à l’emploi demeure encore plus préoccupant. Pour M. Mahamadou Oumarou, cette situation constitue l’une des formes de discrimination les plus visibles à l’égard des personnes en situation de handicap dans une société qui aspire pourtant à être inclusive. Face à ces difficultés d’accès à l’emploi, beaucoup choisissent de développer leurs propres activités afin de trouver une alternative au chômage.

Pour le président de la FNPH, ces initiatives doivent être davantage soutenues par l’État, les organisations et les partenaires au développement afin de favoriser l’autonomie économique des personnes en situation de handicap. « Lorsque vous voyez certaines personnes en situation de handicap mendier, c’est parce qu’elles n’ont pas accès à l’emploi ou aux moyens de subsistance. Donc, pour accéder aux moyens de subsistance, il faut effectivement créer les conditions pour que les plus jeunes aillent à l’école ou dans les centres de formation », explique-t-il.
Des initiatives à valoriser
Selon Mahamadou Oumarou, la formation professionnelle représente un levier essentiel pour permettre aux personnes en situation de handicap de disposer d’une plus grande autonomie financière, de renforcer leur estime de soi et de favoriser leur autonomisation individuelle et collective. « Celles qui ont dépassé l’âge d’être scolarisées ou d’être envoyées dans les centres de formation, il faut aussi les soutenir à apprendre des métiers et créer les conditions pour l’écoulement des produits fabriqués par ces personnes en situation de handicap », propose-t-il.
Car, aujourd’hui, ces derniers disposent déjà de compétences et produisent différents biens, mais rencontrent d’importantes difficultés pour commercialiser leurs produits. L’enjeu ne réside donc pas uniquement dans la formation ou l’accompagnement à la production, mais également dans la création de débouchés pour ces activités.

Dans un contexte marqué par une forte concurrence, M. Mahamadou Oumarou estime que l’État pourrait jouer un rôle déterminant en subventionnant certains produits fabriqués par les personnes en situation de handicap ou en créant les conditions permettant à l’administration publique de s’approvisionner auprès d’elles. «Nous savons fabriquer du grillage. Aujourd’hui, dans le cadre de la grande irrigation ou de la petite irrigation, l’État a besoin de grillage. Donc, au lieu d’aller l’acheter à l’étranger, l’État peut organiser les personnes en situation de handicap pour produire du grillage », rappelle le président de la FNPH. Il cite également d’autres activités développées, notamment la fabrication de savon liquide, la préparation de crêpes ou encore la confection de serpillières. Pour lui, ces initiatives constituent des opportunités réelles d’insertion économique qui méritent d’être davantage accompagnées, valorisées et encouragées.
Activités agrosylvopastorales, une alternative au cœur des débats
L’inclusion des personnes en situation de handicap dans les filières agrosylvopastorales constitue une autre dimension importante des politiques d’insertion et d’autonomisation. Elle nécessite notamment la mise en place de technologies et de dispositifs adaptés aux capacités des personnes concernées et aux réalités socio-environnementales de leur milieu. Selon M. Soumana Zamo, spécialiste en conseil de solutions innovantes et inclusives, les politiques agricoles ne prennent pas toujours suffisamment en compte les besoins spécifiques des personnes en situation de handicap. Pour lui, une inclusion effective passe d’abord par la levée des différentes barrières qui limitent leur participation aux activités agrosylvopastorales.

À cet effet, estime-t-il, il est nécessaire de considérer que l’inclusion et l’intégration des personnes handicapées dans ce secteur sont parfaitement possibles, à condition d’y consacrer de la volonté et de la détermination. « Il y a eu des programmes qui ont été développés par des organisations internationales et des organisations locales, qui ont démontré que les personnes en situation de handicap peuvent bien participer aux activités agrosylvopastorales. Notamment à travers les jardins de survie, qui ont été développés par l’ONG Karkara », illustre le spécialiste.
Elles peuvent également, selon M. Zamo, participer à des activités d’élevage avec leurs familles, gérer des moulins ou encore développer des activités de transformation des produits agricoles. Ces différentes activités nécessitent toutefois certains aménagements afin de tenir compte des différents types de handicap et de permettre une adaptation appropriée des équipements et des espaces de travail. « Il faut qu’on travaille pour que ces personnes soient d’abord acceptées et qu’elles soient incluses dans les politiques agricoles. Avec le système technologique, on peut arroser avec une télécommande. Mais c’est le niveau de développement qui fait qu’on ne peut pas le faire pour le moment », insiste le spécialiste de l’inclusion. Pour lui, l’enjeu est également de mesurer la contribution que les personnes handicapées peuvent apporter à l’autosuffisance alimentaire et au développement économique du pays. Cela passe notamment par une meilleure implication du ministère en charge de l’Agriculture, des organisations professionnelles et des structures représentatives des personnes en situation de handicap. Une telle démarche permettrait de créer davantage d’opportunités et de leur permettre de participer pleinement à la vie socioéconomique du Niger. L’inclusion dans les filières agrosylvopastorales apparaît ainsi non seulement comme une question de droit, mais également comme un levier d’autonomisation et de développement inclusif.
Le sport paralympique pour renforcer la confiance en soi et stimuler l’autonomisation
Le sport pratiqué par les personnes en situation de handicap, est aujourd’hui un domaine à part entière à travers lequel le Niger est représenté sur la scène internationale avec des athlètes passionnés, déterminés et dynamiques prêts à défendre les couleurs nationales et honorer la nation tout entière partout dans les championnats nationaux et internationaux.
A travers la Fédération nigérienne des sports pour personnes en situation de handicap, la FENISPHA, le sport pratiqué par les personnes en situation de handicap compte aujourd’hui une dizaine de sous-fédérations réparties par catégorie de handicaps afin de faciliter l’intégration des sportifs de par la nature de leur situation. Le sport paralympique, qui est un domaine d’activité physique exercée avec bravoure et fierté par les personnes en situation de handicap, illustre leur volonté à lever les barrières, à s’affirmer et démontrer leurs capacités à relever les défis. A cet effet, selon le président de la Fédération Nigérienne des Sports pour Personnes Handicapées, M. Harouna Ousmane, le sport paralympique ou le handisport constitue non seulement un moyen d’inclusion socioprofessionnelle, mais aussi une source devant assurer l’autonomisation des athlètes ainsi que la promotion de leurs talents.

Cependant, sur le terrain, le constat est souvent decevant. En effet, l’inclusion sociale effective peine à se concrétiser quand on observe le peu d’engouement, et d’intérêt de la part des citoyens aux différents championnats organisés par les personnes handicapées afin de supporter leurs initiatives.
En termes d’émergence, le sport des personnes handicapées est confronté à de multiples défis à la fois financiers et matériels, freinant ainsi la bonne marche du dynamisme de ce domaine censé contribuer à leur intégration socioprofessionnelle. « Parce que tout ce qu’on est en train de faire, sans moyens, on ne peut pas avancer. Il faut qu’on ait plus d’ouverture politique pour favoriser la création des lignes budgétaires dans le système étatique et dans le système des partenaires du développement », explique le président de la Fédération nigérienne du sport des personnes handicapées.
Selon M. Harouna Ousmane, en matière du sport d’inclusion, c’est du matériel spécialisé qu’il faut. C’est-à-dire qu’il y a un besoin réel de matériel spécialisé, adéquat, adapté, selon le type de handicap, pour pouvoir pratiquer ce sport. Pour lui, le financement et la sensibilisation sont également cruciaux. Comme toute organisation, rappelle-t-il, le financement s’impose pour que des projets puissent être réalisés, pour que les personnes en situation de handicap puissent être autonomes. « Parce que sans le financement, on ne va pas être autonome. Il le faut pour qu’on puisse être autonome, réaliser beaucoup de projets d’espoir pour les personnes en situation de handicap », insiste-t-il.
L’ANHL, la structure qui défend et promeut le droit des personnes à mobilité réduite
L’Association Nigérienne des Personnes Handicapées Locomoteurs (ANPHL) est une organisation de la société civile qui défend les droits et vise à améliorer les conditions de vie des personnes à mobilité réduite au Niger. Elle est l’une des huit associations membres de la Fédération Nigérienne des Personnes Handicapées.
En plus, des artisans, artistes et sportifs, l’association compte notamment une trentaine de femmes qui se réunissent pour coordonner des activités génératrices de revenus afin de contribuer à la dynamisation de leur autonomisation. Selon le président de l’association, M. Alzouma Maïga Idriss, l’ANPHL poursuit plusieurs objectifs dont la défense des droits des personnes à mobilité réduite afin de faire reconnaître et respecter les droits des personnes handicapées physiques en matière d’accès à l’éducation, à l’emploi, à la santé et aux services essentiels, l’inclusion sociale et économique afin de lutter contre la discrimination et favoriser la pleine et effective participation des personnes handicapées physiques à la vie de la société, la visibilité et lutte contre les préjugés dans le but de changer le regard sur le handicap en démontrant que les personnes handicapées physiques sont productives et talentueuses.

Aujourd’hui, l’ANPHL œuvre pour l’inclusion à travers notamment la formation professionnelle dans la maroquinerie, la couture, la transformation agroalimentaire, la menuiserie métallique, la fonderie, le tissage de chaises et lits, la production de ballons de foot et de grillage. A cela s’ajoutent l’organisation des événements inclusifs dont des foires nationales inclusives pour permettre aux artisans handicapés de promouvoir et vendre leurs produits et faire découvrir leurs talents, le plaidoyer et la représentation, dont une représentation au Conseil Consultatif pour la Refondation.
Cependant, malgré ces efforts, les défis restent nombreux à relever. En effet, pour éviter la stigmatisation et les préjugés, les personnes en situation de handicap doivent constamment prouver que leurs produits ne sont pas défaillants. Ce qui crée souvent un climat de manque de confiance et de réticence à leur égard. Sur le plan professionnel, notamment le financement des formations et autres initiatives, le plus grand défi demeure la dépendance aux partenaires dont le CICR, Royaume-Uni, CBM, etc., pour mener ses actions, ainsi que le problème de l’écoulement de leurs produits artisanaux.
La FNPH joue la carte d’égalité de chances
La question d’égalité des chances est au cœur des préoccupations des organisations des personnes handicapées au Niger. En effet, bien qu’inscrite dans les textes législatifs sur l’insertion des personnes handicapées, un document d’identification est prévu pour faciliter l’accès aux services sociaux de base. La mise en œuvre concrète tarde mais reste très attendue par la Fédération Nigérienne des personnes en situation de Handicap (FNPH). Il s’agit d’une carte qui devait leur permettre de se présenter dans les centres de santé publics et de bénéficier de la gratuité des soins partout au Niger. Elle offrira également la gratuité ou de réduction des transports sur les tarifs des transports publics, ainsi que certaines priorités.
Pour la fédération, parler de l’inclusion des personnes en situation de handicap, c’est parler d’une société plus juste, plus équilibrée et plus harmonieuse. Même si des efforts sont entrepris, les défis d’intégration demeurent difficiles à surmonter. Entre stigmatisation, barrières physiques et comportementales, les sensibilisations, le soutien financier et matériel doivent être intensifiés afin de contribuer à une inclusion effective des personnes handicapées dans la vie socioprofessionnelle au Niger.
Pour rappel, à l’échelle internationale, la Convention relative aux droits des personnes handicapées (CDPH), adoptée par l’Organisation des Nations unies en 2006, constitue l’un des principaux instruments juridiques internationaux consacrés à la protection et à la promotion des droits des personnes handicapées. À cela s’ajoute la résolution 24 75 du Conseil de sécurité des Nations Unies, adoptée en 2019, qui porte spécifiquement sur la protection des personnes handicapées dans les situations de conflit armé.
Au Niger, l’un des principaux textes de référence est la loi n° 2019-62 du 10 décembre 2019, déterminant les principes fondamentaux relatifs aux droits et à l’insertion des personnes en situation de handicap. Cette loi s’inscrit dans une volonté d’harmoniser le cadre juridique national avec les engagements internationaux du Niger. À ce titre, l’État est appelé à garantir l’intégration effective des personnes en situation de handicap et à favoriser leur promotion dans les différents secteurs de la société. Dans le domaine de l’éducation, cela implique la facilitation de l’accès à une scolarité inclusive, sans discrimination, avec des dispositifs et des aménagements adaptés aux besoins spécifiques des élèves et étudiants en situation de handicap.
Yacouba Moumouni (ONEP)
