L’air du temps : Débat public sur internet ou la ‘’foire aux grincheux’’

L'air du temps

Dans cette même rubrique, nous avions déjà attiré l’attention de l’opinion publique, et cela à plusieurs reprises, sur le phénomène de l’intolérance sur fond de violence verbale faites d’invectives, d’insultes crues et autres mots mal placés,  qui domine les débats publics sur les réseaux sociaux. Au Niger, le phénomène est surtout très criard en période de campagne électorale où le débat politique prend souvent le ton d’une véritable ‘’foire aux insultes’’ sur les réseaux sociaux.

Mais il semble que ce phénomène d’échange de messages provocateurs et offensants, exacerbés par l’anonymat et la tribune que procure internet, ne concerne pas que notre société. En Europe et partout dans le reste du monde, cette dégénérescence du débat public en un échange de mots agressifs et offensants est devenue un réel sujet de préoccupation majeure.

En Occident, ils ont même trouvé un mot pour désigner cette pratique : le troll ! Ce vocable désigne l’acte consistant à prendre un malin plaisir à empester quotidiennement la vie des autres sur les réseaux sociaux en les ‘’bombardant’’ de messages indélicats et outrageux, exacerbés par l’anonymat et la tribune que procure internet. Quant à savoir, entre le troll et l’internet, lequel a pu engendrer l’autre, la question soulève une autre interrogation du genre : c’est la poule qui a fait l’œuf, ou c’est l’œuf qui a fait la poule ?

Une récente étude menée par deux éminents chercheurs a tenté de percer le secret de savoir pourquoi les discussions en ligne sont plutôt hostiles que celles qui se font hors ligne. Aux termes de leurs travaux, les chercheurs ont estimé que l’internet n’a rien à voir avec le ton violent du débat : ‘’quelqu’un de désagréable en ligne a de grandes chances d’avoir la même tendance dans la vie de chair et d’os’’, ont-t-ils conclu.

Nous en Afrique, nous-en avons une toute autre idée. En fait, on n’a pas besoin d’une étude pour savoir que la raison principale de cette montée de violence verbale qui caractérise les débats sur la toile n’est autre que le fruit de la protection qu’offrent l’anonymat et le mode virtuel des échanges. En effet, ne pas voir le visage de la personne à qui l’on s’adresse peut mener à certains écarts de langage. Car, si tout ce passe dans le monde réel, et en face-à-face dans une même salle, avec en face de soi un quidam nerveux, bien baraqué et bardé de biceps, l’on a beau être agressif ou impoli de nature, on remuerait au moins quatre fois sa langue fourchue dans sa bouche avant de sortir les mots…Et voilà donc la vraie explication !

Assane Soumana(onep)