M. Abbagana Moustapha, Président de l’Association Nigérienne des Délégués Médicaux (ANDM) : « Les délégués médicaux ne sont pas là pour déranger, mais pour apporter leur contribution dans la guérison des malades … »

Invite de sahel dimanche

Monsieur le Président de l’Association Nigérienne des Délégués Médicaux, quel rôle joue concrètement un délégué médical dans le domaine de la santé ?

Je vous remercie pour cette opportunité que vous me donnez pour parler de notre profession. Tout d’abord, il y a lieu de noter que l’industrie pharmaceutique est une industrie à part entière aujourd’hui. Elle produit des biens de grande consommation qui concerne la santé des gens. Qui parle d’industrie, parle aussi de la commercialisation de ses produits mais aussi la promotion du secteur. Ce qui nous amène donc à parler du rôle du délégué médical dans le domaine de la santé. Il est l’intermédiaire entre le laboratoire et les nombreux praticiens du secteur médical ou para-médical (médecins, pharmaciens, etc.). Il vise à ce que les professionnels de ce secteur prescrivent davantage les produits qu’il représente. Bien sûr,  il garantit aussi l’optimisation des ventes surtout que la concurrence est rude entre les laboratoires. Mais je tiens à préciser que le délégué médical n’est pas un vendeur, il fait le lien entre le laboratoire et le médecin pour lui présenter les nouveaux médicaments. Sa mission consiste à informer et à démontrer l’efficacité du produit pour convaincre les médecins à le prescrire aux malades.

Quelles sont les conditions à remplir pour faire carrière dans ce métier ?

Le délégué médical doit avoir certaines qualités nécessaires pour mener à bien sa mission. C’est un métier difficile. Il doit avoir au moins un diplôme BAC+1 et doit être tenace et organisé dans la conduite de son travail. Il doit avoir également le sens de la communication et le bon contact humain parce qu’il sera en contact avec beaucoup des praticiens médicaux. Le délégué médical doit être un informateur médical c’est-à-dire qu’il parcourt la zone cible qui constitue son secteur pour présenter les nouveaux médicaments aux médecins dans les hôpitaux ou les cliniques. Même s’il n’est pas vendeur, il doit avoir les qualités d’un bon commercial. Il doit connaître toutes les techniques de communication et se rendre pratiquement tous les jours, auprès des médecins généralistes ou spécialistes en vue de leur présenter les produits que met sur le marché le laboratoire qu’il représente. Il expose de façon précise et détaillée les avantages du nouveau médicament en décrivant la composition, les contre-indications, les effets secondaires et le mode d’emploi. Pour cela, de par sa formation, il lui faut  un certain bagage scientifique pour mener à bien ses activités. Voilà pourquoi nous sommes organisés en Association Nigérienne des Délégués Médicaux (ANDM) en vue d’organiser notre cadre de travail et assurer entre autres, la promotion des délégués médicaux parce que la profession exige qu’ils soient à jour des informations relatives aux médicaments. Ils doivent donc suivre des formations continues, des séminaires ou encore d’autres activités liées au domaine.

Dites-nous les relations qui lient les délégués médicaux, les professionnels de la santé et le Ministère de la Santé ?

Les délégués médicaux sont au cœur du système de santé. En effet, ils sont d’abord en contact direct avec le laboratoire fabricant mais également avec les médecins, les pharmaciens, les grossistes répartiteurs. Nos relations avec tous ces professionnels de la santé consistent à promouvoir la prescription ou la dispensation des produits des laboratoires que nous mettons à leur disposition en leur expliquant leurs caractéristiques. Quant au Ministère de la Santé, il est notre autorité de régulation. Dans le cadre de l’enregistrement des produits médicaux, nous lui soumettons nos dossiers en vue d’homologation des médicaments afin de permettre leur disponibilité auprès des prescripteurs et des vendeurs. Par conséquent, notre travail se fait dans le respect de la législation et de la règlementation en vigueur.

Monsieur le Président, souvent les gens se plaignent du fait que les délégués médicaux rendent visite aux professionnels de la santé aux heures de consultation, ils prennent tout leur temps pour faire la promotion de leurs produits sans se soucier des patients qui attendent. Que répondez-vous ?

Nous avons conscience que beaucoup de gens méconnaissent le métier de délégué médical et nous nous efforçons à travers l’ANDM de corriger cette situation. L’encadrement des délégués médicaux s’assure de l’optimisation de l’organisation, de la planification et de la fréquence des visites. Ils doivent respecter le rythme et les horaires de visites souhaités par les médecins et l’échéance à laquelle celui-ci souhaite les revoir. Ils s’attachent à ne pas perturber le bon fonctionnement du cabinet médical ou de l’établissement de santé visités. Vous voyez, nous avons aussi une déontologie et nous tenons à la respecter.

Concernant les patients par exemple, le délégué médical est soumis au secret professionnel et ne doit rien révéler de ce qu’il a pu voir ou entendre dans les locaux du cabinet médical ou de l’établissement de santé lors de la visite médicale. Il doit observer un comportement discret dans la salle d’attente et respecter le médecin et les patients ainsi que la relation du médecin avec les patients. Nous ne sommes pas là pour déranger mais bien au contraire pour apporter notre contribution dans la guérison des malades en faisant la promotion de nouveaux produits encore plus efficaces.

Il semble que les produits que vous recevez des grandes firmes pharmaceutiques servent de test ?

Les produits que nous recevons des laboratoires sont des échantillons sous diverses orientations. Nous avons des échantillons destinés à l’enregistrement afin d’avoir ce qu’on appelle une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) que délivre le Ministère de la santé publique. Ils sont transmis aux services de l’Homologation à la Direction de la Pharmacie et de la Médecine Traditionnelle (DPH/MT) pour être analysés par les experts afin de confirmer leur conformité ou non aux normes requises par les textes en vigueur au Niger et les textes communautaires. Par ailleurs, dans le respect de la règlementation, des échantillons gratuits de certains médicaments peuvent être fournis aux prescripteurs pour leur permettre de se familiariser avec les produits.

Qu’attendez- vous des autorités et de tous vos partenaires ?

Comme vous pouvez le constater, le délégué médical est aujourd’hui au cœur du secteur de la santé. Voilà pourquoi l’ANDM sollicite la compréhension et la bienveillance de tous les partenaires afin d’atteindre ses objectifs. Nous attendons en particulier de notre Ministère de tutelle, plus de diligence dans la gestion et le traitement des dossiers soumis dans le cadre de l’enregistrement des produits médicaux. Plus de facilités dans la fourniture d’informations par rapport aux dossiers nous permettront d’aller de l’avant. En effet, il y a des dossiers dont nous attendons les autorisations de mise sur le marché (AMM) depuis 2017.

Nous souhaitons par conséquent que le processus d’homologation des médicaments soit revu et allégé afin de permettre la disponibilité de nouveaux médicaments. Nous comprenons la vigilance de l’Etat qui est garant de la mise à disposition de médicaments dont la qualité, la sécurité et l’efficacité ne doivent faire l’objet d’aucun doute. Mais nous sollicitons la promptitude dans l’examen de nos dossiers et plus de communication avec les délégués médicaux.

Par  Aïchatou Hamma Wakasso(onep)