M. Oumarou Hassan
À quelques semaines des examens de fin d’année, l’ensemble des acteurs du système éducatif de la région de Tillabéri se mobilise pour assurer un bon déroulement des épreuves du Brevet d’Études du Premier Cycle (BEPC) et du Certificat de Fin d’Études du Premier Degré (CFEPD). Ces examens constituent une étape décisive dans le parcours scolaire de milliers de jeunes Nigériens et représentent, pour les autorités éducatives, un défi organisationnel majeur. Dans une région confrontée depuis plusieurs années à des défis sécuritaires et logistiques, l’organisation des examens nationaux nécessite une préparation minutieuse impliquant les services de l’éducation, les autorités administratives, les Forces de Défense et de Sécurité ainsi que les communautés locales. Malgré ce contexte particulier, les responsables de l’éducation affichent leur confiance quant au bon déroulement des épreuves. Ainsi, pour faire le point sur les préparatifs en cours, nous avons rencontré le directeur régional de l’Éducation Nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues de Tillabéri.
Monsieur le directeur régional, comment s’est déroulée l’année scolaire dans la région de Tillabéri ?
C’est pour moi un honneur de m’adresser à nos concitoyens et de partager les efforts déployés par les plus hautes autorités, au premier rang desquelles le Président de la République, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, et le Premier ministre, M. Ali Mahaman Lamine Zeine, afin d’assurer la continuité pédagogique dans un contexte parfois difficile. Cette responsabilité est certes lourde, mais elle demeure porteuse d’espoir, car l’éducation reste le socle du développement et de la cohésion sociale. Je tiens à exprimer ma gratitude à Madame la Ministre de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues, Dr Elisabeth Shérif, pour la confiance placée en nous et pour son engagement constant à soutenir les régions confrontées à des défis sécuritaires et logistiques. Son appui traduit une volonté claire : faire de l’école un espace de résilience et de progrès, même dans les zones les plus vulnérables. Notre mission est de garantir que chaque enfant, où qu’il se trouve, puisse bénéficier d’une éducation de qualité et passer ses examens dans des conditions sereines. C’est un défi collectif qui mobilise enseignants, parents, autorités locales et partenaires.
Pour répondre à votre question, aujourd’hui, à l’instar des autres régions du pays, l’année scolaire s’est déroulée dans de bonnes conditions à Tillabéri. Malgré les contraintes sécuritaires, nous sommes prêts à aborder les examens. Cette année a été relativement calme, sans perturbations majeures, ce qui a permis une bonne exécution des programmes. Même si ceux-ci ne sont pas encore totalement achevés, nous sommes convaincus qu’ils seront bouclés d’ici le 15 juin. Pour le BEPC, la région de Tillabéri enregistre cette année 11 546 candidats, dont 6 694 filles et 4 présentant des problèmes visuels. Ces candidats proviennent de 244 établissements et composeront dans 40 centres d’examen. Nous avons également prévu 39 jurys de correction, dont deux jurys spéciaux à Bankilaré et Banibangou en raison des contraintes sécuritaires. L’un des principaux défis concerne le déplacement des candidats. Cette année, 4 441 élèves devront être transférés de leurs établissements vers d’autres centres d’examen. Toutefois, les moyens financiers nécessaires à l’organisation des examens sont déjà disponibles depuis le 20 mai. Les dispositions relatives à l’hébergement, à la restauration et à la prise en charge des candidats ont été prévues aussi bien pour le BEPC que pour le CFEPD.
Concernant le Certificat de Fin d’Études du Premier Degré (CFEPD), la région compte 36 329 candidats, dont 20 689 filles. Ces élèves sont répartis dans 1 372 écoles et composeront dans 156 centres d’examen. Quarante-huit centres de correction ont également été retenus.
Les feuilles de composition ont déjà été acheminées dans tous les centres d’examen et nous attendons la réception des sujets dans les prochains jours. À ce stade, nous pouvons affirmer que les préparatifs évoluent normalement. Je saisis cette occasion pour remercier les enseignants qui, malgré les difficultés et les défis sécuritaires, ont assuré la continuité pédagogique tout au long de l’année. Leur engagement a largement contribué au bon déroulement de l’année scolaire.
Monsieur le directeur, avec le développement des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle, quelles sont les mesures prises pour lutter contre la fraude lors de ces examens ?
Des dispositions strictes ont déjà été mises en place afin de préserver la crédibilité des examens. Conscients que les téléphones portables et autres appareils électroniques peuvent être utilisés pour accéder à des contenus en ligne ou communiquer discrètement, nous avons décidé d’interdire formellement leur présence dans les salles d’examen. Cette mesure vise non seulement à garantir l’égalité des chances entre tous les candidats, mais aussi à éviter que certains ne bénéficient d’un avantage indu grâce aux outils numériques. Par ailleurs, ces dernières années, les plus hautes autorités ont engagé des réformes qui traduisent une volonté claire de renforcer la valeur des diplômes. Parmi ces réformes, nous avons l’abandon du repêchage, qui est très illustratif. À travers cette orientation désormais, chaque candidat doit démontrer ses compétences et réussir par ses propres efforts. Cette décision, parfois perçue comme exigeante, contribue à rehausser le niveau général et à redonner toute sa légitimité aux certifications scolaires.
Nous continuerons dans cette dynamique afin de garantir des examens crédibles et transparents. Il faut comprendre que la lutte contre la fraude ne se limite pas seulement à des interdictions matérielles. Elle s’inscrit dans une démarche globale de responsabilisation des élèves, de sensibilisation des enseignants et de mobilisation des encadreurs. C’est à travers cette approche intégrée que nous pourrons consolider la confiance de la société dans le système éducatif et assurer que les diplômes reflètent réellement le mérite et les compétences des apprenants.
Quels sont les principaux défis rencontrés dans le déroulement de l’année scolaire qui s’achève ? Cette situation peut-elle impacter les résultats pour les différents examens ?
Le principal défi auquel nous faisons face dans le déroulement de l’année scolaire qui s’achève demeure la sécurisation et le transport des candidats, en particulier ceux venant des zones affectées par l’insécurité. Dans un contexte marqué par des menaces persistantes, il est essentiel de garantir que chaque élève puisse rejoindre son centre d’examen en toute sécurité et dans la sérénité. Cela nécessite non seulement des dispositifs de transport adaptés, mais aussi une coordination logistique rigoureuse afin d’éviter tout retard ou incident. Cette responsabilité engage directement la crédibilité de notre institution et la confiance que les familles placent en elle. Pour y parvenir, nous avons mis en place une synergie entre les autorités administratives et sécuritaires de la région, mobilisant les moyens humains et matériels nécessaires, qu’il s’agisse d’escortes, de véhicules ou de points de contrôle. L’implication personnelle du gouverneur de Tillabéri, le Colonel Maina Boukar, témoigne de la volonté des autorités locales de faire de l’éducation une priorité, même dans un environnement difficile. Grâce à cette mobilisation, nous restons confiants quant au bon déroulement des épreuves. Il faut rappeler que la sécurité des candidats n’est pas seulement une condition matérielle, mais également un facteur psychologique déterminant. Un élève qui se rend à l’examen dans un climat serein est plus disposé à donner le meilleur de lui-même. En assurant des examens crédibles et transparents, nous envoyons un signal fort : malgré les défis sécuritaires, l’école reste et demeure un espace de résilience et d’espoir pour les jeunes. Ainsi, loin d’affaiblir les résultats, cette organisation rigoureuse et cette solidarité institutionnelle contribuent à créer les conditions favorables à une session réussie et à des performances à la hauteur des attentes.
Quel message souhaitez-vous adresser aux candidats, aux enseignants, aux parents d’élèves ainsi qu’à l’ensemble des acteurs du système éducatif de la région de Tillabéri à la veille des examens de fin d’année scolaire ?
À la veille des examens de fin d’année scolaire dans la région de Tillabéri, il est important de rappeler à chacun son rôle et sa responsabilité. Nous tenons d’abord à exprimer notre profonde gratitude aux enseignants pour les sacrifices consentis tout au long de l’année scolaire ; malgré les difficultés, ils ont su maintenir leur mission avec professionnalisme et dévouement. Aux candidats, nous demandons de rester concentrés sur leurs révisions et de compter uniquement sur leurs propres efforts, car la réussite est le fruit du travail, de la discipline et de la persévérance, et il n’y a aucune place pour la fraude qui compromet l’avenir. Aux parents, nous lançons un appel à continuer d’accompagner leurs enfants durant cette période cruciale, en leur apportant soutien moral et encouragements. Enfin, à l’ensemble des acteurs du système éducatif, nous rappelons que la réussite de cette session dépend de l’engagement collectif : chacun doit jouer pleinement son rôle afin de garantir des examens crédibles, transparents et équitables. Avec l’implication de tous, nous sommes convaincus que cette session se déroulera dans de bonnes conditions et que les résultats seront à la hauteur des attentes, contribuant ainsi à renforcer la confiance dans notre système éducatif et à préparer une génération capable de relever les défis de demain.
Interview réalisée par Adamou I. Nazirou
ONEP-Tillabéri
